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    <doctitle>Le Patriarche</doctitle>
<trititle>Le Deuxième Monde</trititle>
<booktitle>Menocha</booktitle>

    <author>
      <firstname>Florent</firstname>
      <lastname>Villard</lastname>
      <surname>Warly</surname> 
    </author>
    <date>Fra 11333 (63 avant Jésus-Christ) - Terre septembre
2003</date>
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    <version>0.4.7</version>
<last_change>23 novembre 2006</last_change>
<unit>2</unit>
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    <copyright>
      <year>2003,2004,2005,2006</year>
      <holder>Florent Villard</holder>
    </copyright>
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<front>6.225in</front>
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</cover>
<cc></cc>

<synopsis>
<width>5in</width>
<para>Le patriarche regroupe les récits de témoins d'une grande
révolution. L'histoire débute par un fait divers, en 2002, à Paris, en
France, mais au gré des récits de nombreuses époques et événements
seront relatés. L'un des témoins et acteurs principaux sera Ylraw,
jeune défenseur des logiciels libres, qui, à son insu, fut le
déclencheur du bouleversement.</para>
</synopsis>

<book_synopsis>
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<left>1.7in</left>
<top>1.5in</top>
<para>Dans le tome 4 du Patriarche.</para>
</book_synopsis>
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  <body>

    <acknowledgments>
           <para>À personne pour l'instant.</para>
    </acknowledgments>
    
    <preface>

      <para>Tocman est un jeune gars impétueux, plein de vie et au
verbe facile. Deborah est une fille qui est en train de devenir
une femme. Ylraw n'est plus qu'une ombre, Sarah grandit, Thomas
court toujours, Carole le suit.</para>
    
</preface>

    <chapter>
<mark>Deborah</mark>
      <title>Carte</title>
      
<para>Your father arrived, He is fine and is happy. He is alive and
kicking ! And he feels good. I must admit when we return back from
Paris to Texas to leave France, by that time I thought he really need
you and all your attention and your help all the time.</para>

<para>Love, N.</para>

<para>Deborah lut distraitement la carte postale, pensa à une erreur
et la passa, tout en marchant vers la maison, derrière les autres
lettres qu'elle venait de récupérer dans la boîte. La plupart étaient
des lettres concernant l'exploitation, factures, comptes-rendus de
compte bancaire ou résultats divers. Rien qui ne la passionna et elle
remit à plus tard leur ouverture, cette journée du 3 août resterait
banale et chaude.</para>

<para>Elle posa le courrier sur la table de la salle à manger et
retourna dans le bureau pour terminer la saisie fastidieuse des
références des produits pour le suivi de la production. C'était elle
qui avait convaincu son père de s'informatiser et de gérer leur
exploitation ainsi, mais elle reconnaissait que c'était bien moins
amusant que de parcourir le domaine à dos de cheval pour vérifier que
tout se passait bien.</para>

<para>Elle avait augmenté la température de l'air conditionné à trente
degrés, pas vraiment dans l'objectif de faire des économies, plus pour,
un peu, participer à la préservation des ressources d'énergie. Mais
elle avait chaud et elle décida finalement de baisser la température
de deux degrés, et de faire plus d'efforts le lendemain.</para>

<para>Il lui fallut encore deux heures pour terminer la saisie,
entrecoupée de deux pauses où elle but une canette de coca. Après tout
si elle avait cédé sur la clim elle pouvait bien le faire aussi sur la
boisson. Son père arriva cinq minutes après qu'elle eut terminée, elle
était encore dans le bureau, ayant renoncé à préparer quelque chose à
manger et jetant un oeil à ses courriers électroniques.</para>

<para>Son père vint la trouver dans le bureau et lui tendit la carte
postale :</para>

<para>- Tiens, tu ne récupères pas la carte, c'est pour toi.</para>

<para>Elle ne se retourna pas vers lui, elle était énervée, sans doute
parce qu'elle savait que son père allait la réprimander de ne pas
avoir préparé à manger.</para>

<para>- Non, c'est une erreur.</para>

<para>Son père regarda de nouveau la carte</para>

<para>- Une erreur ? C'est pas la fille de Melbourne ? Celle que tu
avais vu en France ? Elle s'appelait Naoma, non ? "N.", c'est ça ?</para>

<para>Deborah se leva subitement et alla prendre la carte dans les
mains de son père, elle la regarda attentivement.</para>

<para>- Oui tu as raison, ça vient de Melbourne, c'est sans doute
elle. Mais je ne comprends pas, elle dit que tu es allé à Melbourne et
que tu allais bien...</para>

<para>- Melbourne ? Jamais mis les pieds chez ces bagnards ! Ça l'a
rendu folle, ta copine, la mort du Français.</para>

<para>Deborah resta silencieuse, elle se dit que peut-être Naoma
voulait lui dire quelque chose. Son père... Qui Naoma considérait-elle
comme son père ? Ylraw ? Non... Elles avaient beaucoup parlé, lors de
son enterrement, en France, et elle savait très bien ce que faisait
son père...</para>

<para>Son père la tira de ses réflexions pour le repas du midi. Elle
le rejoignit dans la cuisine. Elle ne voyait vraiment pas où Naoma
voulait en venir et se demanda si elle n'avait effectivement pas perdu
la tête comme son père le suggérait. Ils mangèrent en silence deux
hamburgers faits à la va-vite. Deborah pensa plus à ce qu'elle devait
faire dans l'après-midi qu'à la carte, et son père aimait, après les
matinées fastidieuses, manger tranquillement sans penser à
rien.</para>

<para>- Tu vois Billy ce soir ?</para>

<para>- Théoriquement.</para>

<para>Elle se leva pour débarrasser les deux assiettes. Son père resta
pensif un instant.</para>

<para>- Tu sais si tu ne veux pas faire ta vie avec lui... Enfin... On
peut s'arranger autrement avec Ted... Et... Après tout on s'en sort
déjà pas si mal aujourd'hui...</para>

<para>Deborah détestait souvent son père, mais si elle l'aimait
finalement tellement, c'était à cause de moments comme celui-ci, ou
comme quand il avait renvoyé Ted avec son fusil alors que celui-ci
tentait de lever la main sur elle. Elle se rapprocha de lui, se pencha
sur sa chaise par derrière et enlaça ses bras autour de son coup pour
l'embrasser sur la joue.</para>

<para>- Je sais papa, mais ne t'inquiète pas, moi aussi j'ai un peu
d'ambition. Tu sais ce que je pense de Billy, c'est juste que je dois
rencontrer les gars pour le maïs cette après-midi et qu'à chaque fois
ils me prennent la tête. En plus après j'ai dit à John que j'irai lui
montrer pour le réservoir.</para>

<para>- Tu peux voir Billy un autre jour.</para>

<para>Elle se releva.</para>

<para>- Oh, il ne vaut mieux pas, voilà déjà deux semaines que je ne
l'ai pas vu, il me ferait sans doute une crise si je reportais
encore.</para>

<para>Son père se leva aussi :</para>

<para>- Je vais ramener le Ford à Bryan cette après-midi, ça fait
trois mois que je dois le faire, et l'automne approche, autant que ce
soit fait, j'irai voir pour l'enclos des chevaux demain, ça ne presse
pas tant que ça.</para>

<para>- Oui, de toute façon il est parti pour faire beau pendant
encore pas mal de jours. D'ailleurs il faudrait plutôt qu'on s'occupe
de trouver pourquoi le débit de la pompe est si faible du côté
Sud.</para>

<para>- Ah oui, ben je peux y passer cette après-midi et... Non non je
vais vraiment mener le Ford, j'irai voir pour la pompe demain matin ;
ou je demanderai à quelqu'un d'y aller.</para>

<para>- Le mieux serait que tu y ailles avec Pedro, c'est lui qui
avait réparé l'ancienne, il y a trois ans.</para>

<para>Ils parlèrent encore un moment du travail leur restant à
effectuer. Pas tellement qu'ils avaient des choses à mettre au point,
plus qu'ils trouvaient là un moyen de rester un peu ensemble,
attendant patiemment le moment où ils pourraient avoir la chance de
dire ce qu'ils avaient sur le coeur ; dire qu'ils s'aimaient, dire,
aussi, que finalement ils étaient heureux et qu'ils n'avaient pas
forcément envie que la situation changeât. Même si elle avait
déjà changée, depuis qu'il était venu troublé leur équilibre...</para>

<para>Deborah jeta encore un coup d'oeil à la carte, intriguée de ce
qu'avait bien voulu lui dire son amie Naoma, dans l'hypothèse où ce fut
bien elle qui lui avait écrit, ce dont elle doutait encore.</para>

<para>L'après-midi fut comme elle l'avait prévue, fastidieuse, et elle
rentra à 19 heures 30 exténuée, avec une seule envie, celle de se
coucher. Mais Billy l'avait déjà appelé deux fois dans la journée,
pour être bien sûr qu'ils se verraient, habitué sans doute à ses
défilement de dernière minute. Il allait passer à 20 heures, elle
avait juste le temps de prendre une douche et de s'habiller.</para>

<para>Elle fit durer la douche et Billy sonna alors qu'elle y était
toujours, mais après tout c'est le propre des femmes de se faire
désirer. Elle ne se sentait pas femme toutefois, pas encore
vraiment. Elle ne le voulait peut-être pas, préférant l'insouciance de
la petite fille qu'elle avait toujours été vivant encore avec son
père. Sa mère était partie il y a bien longtemps, Deborah n'avait que
cinq ans alors. Elle la revoyait une fois tous les un ou deux ans,
quand l'une ou l'autre faisait l'effort de se déplacer. Sa mère était
partie avec son nouveau mari dans le Winsconsin, pas la porte à
côté.</para>

<para>Elle ne connaissait pas vraiment sa mère, mais elle savait
qu'elle lui en voulait d'avoir quitté son père, même si elle aurait
sans doute fait pareil, vu son caractère. Elle ne connaissait pas sa
mère et n'avait pas envie de la connaître, sans doute pour pouvoir ne
pas l'aimer sans se poser de question ; sans doute pour ne pas avoir de
remord de rester avec son père. Elle avait passé deux ans, jusqu'à
l'âge de sept ans, avec sa mère alors qu'elle habitait encore à
Austin, mais quand sa mère était partie pour le Winsonsin, elle était
revenue dans le ranch de son père.</para>

<para>Sa mère était pourtant presqu'aussi belle qu'elle, malgré ses
quarante-trois ans. Elles avaient pile vingt ans de différence, à deux
jours près, Deborah était née le 23 février, sa mère le 25. C'était
sans doute aussi une des raisons pour laquelle elle n'aimait pas voir
sa mère, elle se voyait trop en elle, et elle ne voulait surtout pas
finir sa vie comme elle, entretenu par un riche médecin, à s'occuper
de la maison et du chien. Elle ne voulait pas forcément d'enfant, même
si quelques instincts maternels frétillaient passablement en elle, et
se réveillaient chaque fois que Billy lui parlait de grande maison et
d'une ribambelle de gamins. Ses allures de père de famille nombreuse
en souffrance n'étaient sûrement pas étrangères au fait qu'elle fut
toujours avec lui, malgré tout ce qu'elle s'était dit après le départ
d'Ylraw de chez elle, et surtout après sa mort.</para>

<para>L'envie de se faire belle l'avait motivé, mais maintenant que
Billy attendait déjà depuis vingt minutes, elle se contenta d'enfiler
un string noir tout simple, pour pas qu'on voit de marque sur les
jeans moulants qu'elle mit par dessus. Elle aurait été tentée par son
nouvel ensemble en dentelle rouge, mais elle se dit que ce serait un
peu trop pour Billy et qu'il pourrait prendre ça comme un déclaration,
elle qui se baladait généralement plutôt en boxer, histoire de pouvoir
retirer ses pantalons en plein champs quand elle les
trempaient.</para>

</chapter>

<chapter>
<mark>Sarah</mark>
  <title>Naissance</title>

<para>Nous étions le douzième du troisième du premier sixième de
l'année 11333 du calendrier d'Adama (62 avant
Jésus-Christ). Melinawahaza marchait doucement dans le blizzard
glacial de Fra, enveloppée sous son épaisse combinaison pour regagner
sa maison. Elle avait ses deux mains qui tenaient son ventre rond
comme si elle avait peur de perdre son bébé, sa fille, qui allait
naître aujourd'hui. Elle espérait que Teegoosh serait arrivé avant
qu'elle ne naquît, elle voulait tellement partager avec lui ce moment
formidable. La naissance de leur fille, la naissance de Sarah.</para>

<para>Elle traversa les innombrables sas et le long conduit qui
l'amena un peu plus au creux de la terre, là où le sol garde un peu de
chaleur, dans sa demeure principale où elle vivait seule depuis si
longtemps.</para>

<para>Les points où la communication fonctionnait sur Fra étaient
assez rares, principalement du fait de la forte teneur en minerai
métallique de la croûte superficielle de la planète, ainsi que du
puissant champ magnétique en résultant un peu partout. Seul des
émetteurs récepteurs très directionnels et de forte puissance
permettait à Mélinawahaza et aux habitants de Fra de garder le contact
les uns avec les autres. Mais rares n'étaient pas les fois où certains
d'entre eux disparaissaient loin de tout point de communication et
n'étaient jamais retrouvés.</para>

<para>Teegoosh n'avait pas laissé de message, il n'était sans doute
pas encore arrivé à la station de téléportation en orbite, l'unique de
Fra, si faible était les mouvements démographiques en provenance ou à
destination de cette planète au glorieux passé.</para>

<para>Mélinawahaza n'en fut pas désappointée. Elle avait confiance en
Teegoosh et savait qu'il ferait son possible pour arriver à temps,
mais que son emploi du temps chargé primait souvent sur sa vie
personnelle.</para>

<para>Son bracelet lui indiqua l'imminence de contractions, elle
s'assit alors et souffla en les laissant passer. Sarah n'allait pas
tarder, Melinawahaza déposa sa lourde combinaison protectrice et se
rendit dans la chambre. Elle déposa à portée de main une
barre-trousse-à-outils, se déshabilla, enfila une nouvelle combinaison
et s'allongea sur son lit, ouvrit son bracelet et regarda avec
enthousiasme l'ensemble des indicateurs la concernant elle et
Sarah. elle pouvait voir un holographe de la position de Sarah dans
son ventre. Sarah avait la tête en bas, et ne tarderait sans doute pas
à vouloir montrer le bout de son nez.</para>

<para>Elle eut de nouveau une série de contractions, se cambra un peu,
souffla à fond, la combinaison envoya une décharge d'ultra-son pour
détendre ses muscles et elle se rallongea. Le rythme cardiaque de
Sarah avait augmenté un peu, se stabilisant à cent quarante
pulsation par minute ; son col utérin avait à peine commencé son
raccourcissement et l'estimation lui donnait encore trois heures avant
la naissance. Il aurait sans doute fallut quatre fois plus de temps si
elle n'avait pas eu de combinaison pour l'assister.</para>

<para>Elle resta encore une demi-heure à attendre, espérant que
Teegoosh pourrait arriver encore à temps, puis, deux séries de
contractions plus tard, elle se résolut à commencer
l'accouchement. La combinaison se morpha pour lui écarter les jambes
en enveloppant fermement son ventre rond.</para>

<para>À la prochaine série de contraction, le bracelet commanda une
sécrétion d'adrénaline, la combinaison amplifia les contractions, et
déjà son col utérin commença son raccourcissement. Quinze minutes plus
tard le bracelet déclencha une nouvelle séries de contractions, appuyé
par la combinaison, et toujours une petite dose d'adrénaline pour
limiter la douleur et donner du courage à Mélinawahaza. Elle poussa
néanmoins un petit soufflement de douleur et diminua les commandes de
sécrétion d'adrénaline, de quoi garder des réserves pour la
suite.</para>

<para>Elle commanda la combinaison pour qu'elle lui fasse une
perfusion et augmente un peu son taux de glycémie. Quinze minutes plus
tard, elle cria en jurant quand elle voulut en faire un peu trop. Elle
s'assagit et se donna trente minutes de repos. Après sa première heure
d'effort, elle entrepris une nouvelle avec une série de contraction
contrôlées toutes les dix minutes. C'était déjà beaucoup et le rythme
cardiaque de Sarah avoisinait les cent soixante-dix, elle s'octroya
dix minutes de pause quand son canal utérin fut dilaté et prêt pour
s'ouvrir et laisser passer la tête de Sarah.</para>

<para>Le bracelet déclencha une micro-injection d'un équivalent de la
morphine et la combinaison se morpha pour participer à l'écartement de
son vagin, et préparer la réception de la tête de Sarah. Les
contractions furent fortes et la combinaison les fit durer cinq
minutes au lieu des une minute trente naturelles. Mélinawahaza serra
les poings en haletant et cria de rage en poussant et se cabrant. Elle
retomba en soufflant et la combinaison laissa retomber la
tension pendant cinq minutes.</para>

<para>Vingt minutes plus tard elle finit par laisser la combinaison en
mode automatique, trop craintive de faire une bêtise si elle
continuait à tout superviser, et elle s'abandonna, laissant le
bracelet la diriger complètement. Il lui laissa tout de même le
contrôle de sa voix, et elle ne se priva pas de pousser des cris de
douleur lors des contractions de plus en plus fréquentes et
fortes.</para>

<para>La tête de Sarah était déjà dans les pinces morphées de la
combinaison quand au milieu d'un cri elle sentit quelqu'un la prendre
par la main. Elle ouvrit les yeux et Teegoosh lui sourit. Elle lui
répondit, transpirante et haletante, mais toujours avec une pointe
d'humour, qu'il arrivait pile poil au bon moment et qu'elle aurait eu
du mal à la retenir plus longtemps.</para>

<para>Vingt minutes plus tard Teegoosh déposait Sarah sur le ventre de
sa mère, et la combinaison se chargeait de superviser l'évacuation du
placenta et le nettoyage du tout. Teegoosh, guidé par son bracelet,
qui était en concertation avec celui de Mélinawahaza, prit la
barre-trousse-à-outils pour couper et cautériser le cordon
ombilical. Il nettoya ensuite le corps de sa fille du vernix caseosa
la recouvrant, cette matière sébacée blanchâtre, puis il enfila le
premier bracelet élastique au petit poignet de Sarah, qui ne servira
que de relais à celui de Mélinawahasa pour qu'elle puisse garder un
oeil sur elle, où qu'elle soit.</para>

<para>Teegoosh embrassa Mélinawahasa, il embrassa Sarah, puis se
déshabilla et s'allongea au côté d'elle et de sa fille, sa première,
avant que le lit ne se morphât en un petit cocon moelleux et chaud pour
leur première nuit tous les trois.</para>

<para>L'artificiel réveilla Mélinawahasa pour nourrir Sarah, après que
celle-ci ait reçu pendant la nuit les premières attention de
l'artificiel pour s'assurer que tout allait bien. À cette époque
c'était déjà les artificiels qui donnaient la première nourriture aux
bébés. Melinawahasa le regretta un petit peu quand elle frissonna alors
son jeune bébé lui serra doucement son téton avec ses petites
gencives. Elle se dit qu'elle voudrait un autre enfant, et peut-être
encore un autre après. Puis elle se dit qu'elle n'aurait sans doute
pas le temps, et toutes ses préoccupations lui revinrent, mais elle
les balaya rapidement en ce disant qu'elle respecterait
scrupuleusement les presque cinq ans (trois années d'Adama) de congé sabbatique
qu'elle avait prévu.</para>

<para>Teegoosh sourit quand il se réveilla devant l'allaitement de sa
fille. Son premier enfant ! Il espérait secrètement en avoir une
autre, une autre fille, mais il pensait que Mélinawahasa ne serait
sans doute pas d'accord, et il ne voulait pas s'imaginer pouvoir aimer
une autre femme qu'elle. Il avait tout juste 48 ans (30 ans d'Adama)
et Mélinawahasa 74 ans (46 ans d'Adama), il avait beaucoup d'ambition,
Mélinawahasa tout autant. Elle était déjà beaucoup plus que lui, il
n'était rien. Lui n'avait pas prit de congé sabbatique, car personne
ne savait rien de leur union, personne ne le saurait, et surtout il
pensait avoir trop à faire pour prendre le temps de partager ces cinq
ans avec Melinawahasa et Sarah.</para>

<para>Melinawahasa sourit à Teegoosh quand elle s'aperçut qu'il la
regardait. Elle regrettait qu'il ne restât que quelques jours, avant de
retourner sur Ève. Elle regretta un peu qu'il fût si jeune, qu'il fût
si ambitieux, si prêt à tout sacrifier pour satisfaire sa soif de
pouvoir. Elle avait cru être capable de le convaincre de rester ces
cinq ans avec elle, mais elle s'était trompée.</para>

<para>Teegoosh se dit qu'il pourrait peut-être rester un peu plus que
les quelques jours prévus, puis il se rappela son rendez-vous avec son
ami Gurantasanove, et admit qu'il ne pouvait pas le repousser. Il
s'approcha de Melinawahasa, effleura Sarah de la main, de peur de la
blesser, et se blottit contre son aimée. Il se rendormit.</para>

<para>Sarah sentait le goût un peu sucré du lait maternel dans sa
bouche, elle aimait et en voulait encore.</para>

</chapter>

      <chapter>
<mark>Ylraw 2</mark>
      <title>Orbite</title>

<para>Il me faut bien vingt minutes avant de reprendre mes esprits et
de mettre un peu d'ordre dans ma tête. La station, la fuite, le
vaisseau, le pote au géant vert, l'explosion, le vide, Sarah, Adam et
Ève... J'ai une faim de loup.</para>

<para>Je me redresse doucement, Sarah et à-côté de moi, assise dans sa
capsule.</para>

<para>- Moy.</para>

<para>- Oto</para>

<para>- On a pioncé combien de temps ?</para>

<para>- Deux sixièmes pile en ce qui te concerne.</para>

<para>- Pourquoi, vous vous êtes réveillée avant ?</para>

<para>- Tous les petits sixièmes pour contrôler notre trajectoire.</para>

<para>- Tous les petites sixièmes ! Ça fait déjà douze fois que vous
vous êtes levée !</para>

<para>- Il faut bien vérifier que tout va bien, je n'avais pas envie
de finir crashé sur une géante gazeuse, le vaisseau n'est pas dans sa
meilleure forme, je préférais éviter une erreur de trajectoire de sa part.</para>

<para>- Ah, et... Ou sommes nous ? Les étoiles semblent beaucoup plus
proche, vous avez rendu les vitres plus opaques. Elles sont vraiment
très grosses, ces deux étoiles !</para>

<para>- Le système est très complexe, il est composé de trois étoiles,
chacune ayant son système planétaire propre, sachant qu'il semble que
ceux de la géante rouge et de la géante bleu rentre en conflit là ou
l'influence gravitationnelle des deux étoiles est en
équilibre. D'autre part la géante rouge et la géante bleu on aussi un
système planétaire commun, principalement des supergéantes gazeuses
ainsi que des nuages d'astéroïdes, qui peuvent être les résidus de
planètes telluriques éclatées sous les marées gravitationnelles des
deux étoiles. Nous avons dérivé dans un premier temps vers une de ces
géantes gazeuses dont nous nous sommes servi de la force
gravitationnelle pour nous propulser vers le centre du système de la
géante rouge, qui semblait contenir plus de planète tellurique que la
géante bleu. Après deux bons supplémentaires, nous sommes arrivés dans
une zone beaucoup plus éclairée. Le vaisseau a pu recharger ses
réserves et faire des premières estimations des planètes
telluriques.</para>

<para>- Alors, qu'est-ce qu'il a trouvé de beau ?</para>

<para>- Quelque chose de vraiment extraordinaire, une supergéante
tellurique, je n'avais jamais vu une chose pareille. C'est une planète
tellurique qui a la masse d'une géante gazeuse. Bien sûr elle est
beaucoup plus petite car beaucoup plus dense, mais c'est tout de même
très étonnant, d'autant que le système comporte un nombre
impressionnant de géantes gazeuses qui auraient dû rendre très
difficile la création d'une telle planète.</para>

<img>
<src>img/menocha</src>
<caption>Schéma des système ménochéen</caption>
<index>Système ménochéen</index>
<scale>1</scale>
<label>menocha</label>
</img>

<para>- Quelle taille fait-elle ?</para>

<para>- Pas loin de vingt-cinq bi-quadri, en rayon.</para>

<para>Whaou ! Ça fait de l'ordre de trente-trois mille kilomètres de
rayon, cinq fois la taille de la Terre, c'est énorme !</para>

<para>- C'est gigantesque !</para>

<para>- Oui mais le plus extraordinaire, c'est qu'elle possède douze
grosses lunes, dont cinq étaient vraisemblablement des planètes qu'elle a
capturées lors de la collision des trois systèmes. Quatre de ses lunes
ont un rayon supérieur à trois bi quadri.</para>

<para>Ce qui fait quatre mille kilomètres, la taille de Mars.</para>

<para>- Pour terminer sur le système, il semblerait a posteriori que
le choix de la géante rouge soit judicieux, car si la géante bleue
possède aussi plusieurs planètes telluriques en orbite compatible avec
l'apparition de la vie, celles-ci sont beaucoup trop jeunes pour que
nous puissions espérer y trouver un environnement stable. En ce qui
concerne la supergéante rouge, c'est un peu l'opposé, son système se
meurt, et s'il est lui aussi considérablement fourni, les planètes
telluriques dignes d'intérêt ont sans doute déjà été happées par
l'étoile ou sont en passe de le devenir.</para>

<para>- Et il y a des planètes qui appartiennent au trois systèmes à
la fois ?</para>

<para>- Sans doute, mais elles seraient dans ce cas très éloignées du
centre et sans doute complètement en deça de tout seuil
d'ensoleillement permettant une atmosphère viable. D'autre part il est
à noter que les planètes périphériques subissent des perturbations
gravitationnelle très importantes, par exemple les deux géantes
gazeuses ici et là...</para>

<para>Sarah me montre sur la carte holographique où elle détaillait
les différentes planètes.</para>

<para>- ... sont tellement perturbées qu'elles "changent" d'étoiles de
temps en temps, passant de la géante bleue à la géante rouge, et si
l'ordinateur calcule encore correctement, ce phénomène semble aussi se
produire pour ces trois géantes gazeuses là et là, et dans une moindre
mesure pour les nuages d'astéroïdes qui marque la frontières des
différentes régions d'influence.</para>

<para>- Et certaines planètes semblent avoir une atmosphère viable ?
Elle dort toujours, Énavila ?</para>

<para>- Oui, oui, elle est un peu excitée, je préfère ne la réveiller
qu'au dernier moment. En plus je ne sais pas trop si sa capsule a des
problèmes, mais son activité biologique n'est pas très stable, j'ai
peur qu'elle ne se réveille d'elle même. Si sa capsule tombe en panne,
nous sommes fichus. Pourtant tout a l'air en ordre, je ne sais pas
si...</para>

<para>- Et pour les planètes viables ?</para>

<para>- Oui, euh, et bien quoi qu'il en soit il semble que six
planètes comportent une atmosphère compatible avec l'apparition de la
vie, et deux en auraient une proche d'une composition compatible avec
l'homme, l'une d'elle est en orbite éloignée de la supergéante
tellurique, l'autre orbite plus près de la géante rouge. Actuellement
nous sommes en orbite très éloignée de la supergéante tellurique,
suffisamment loin pour ne pas nécessiter beaucoup d'énergie si nous
devons repartir.</para>

<para>- Repartir ? Est-ce que le vaisseau aurait maintenant assez
d'énergie pour repartir vers la Congrégation.</para>

<para>- Je ne crois pas. Enfin techniquement il pourrait sans doute,
mais j'ai peur que ce serait sans nous. La zone de confinement où nous
nous trouvons a aussi subit des dégâts, et j'ai peur qu'une forte
accélération ne l'endommage irréversiblement. Un autre espoir serait
de tenter de réparer notre émetteur pour envoyer nos bracelet et
permettre notre clonage dans la Congrégation. Je ne crois pas trop à
un voyage retour, il prendrait des millénaires et les chances que le
vaisseau tombe en rade sont trop importantes...</para>

<para>C'est marrant comme désormais leur éternité n'est plus vraiment
lié à une conscience. Nous cloner dans la congrégation reste une mort
pour nous, même avec toute notre mémoire... J'avoue que j'ai un peu
du mal à accepter l'idée. Pourtant je suis déjà mort, une fois,
peut-être deux...</para>

<para>- Mais... Euh... Alors, qu'est-ce qu'on peut faire ? Il faut
absolument que nous tentions de réparer cet émetteur, c'est notre
seule chance ?</para>

<para>- J'ai bien peur que nous n'ayons pas de chance du tout, je ne
sais pas comment réparer cet émetteur, je ne suis même pas sûre qu'il
soit cassé. Nous ne recevons rien, d'après le vaisseau l'emetteur
n'a été que faiblement touché, il devrait fonctionner, mais j'ai
l'impression que le récepteur est cassé.</para>

<para>- Et donc, on fait quoi alors ? On se laisse mourir ? On tente
quand même de lancer le vaisseau dans la direction de la Congrégation,
même si ça peut nous prendre des millénaires ? On tente d'émettre un
truc au cas où ?</para>

<para>- Le vaisseau est censé émettre en permanence des messages de
détresse avec nos coordonnées, mais si notre récepteur ne fonctionne
pas, nous n'avons aucun moyen de savoir si le message a été reçu ou
non...</para>

<para>Je suis complètement perdu, j'ai l'impression qu'on est coincé
dans cette petite capsule pour l'éternité. Heureusement que je ne suis
pas trop claustrophobe. Le pire c'est de se dire que la moindre
ouverture nous serait fatale, aucun échappatoire, pas d'air pur au
dehors, pas de cloison à détruire, juste cette petite bulle au milieu
de rien...</para>

<para>- On peut peut-être tenter de se poser sur une de ces planètes à
l'atmosphère accueillante, peut-être que nous trouverons de quoi
réparer le vaisseau, ou au moins de quoi manger, ou attendre, ou je
sais pas...</para>

<para>- Vivre une vie de sauvage en attendant de se faire dévorer par
une bête féroce, je me demande si je ne préfère pas rester endormie
ici pour l'éternité... Et puis si certaines planètes répondent aux
critères d'habitabilité humaine, rien ne dit que le climat ou les
éventuelles formes de vie à la surface seraient favorables. Nous
n'avons pas de quoi nous défendre, juste nos bracelets, s'ils
fonctionnent encore.</para>

<para>- Mais on ne va tout de même pas rester là à attendre que les
choses se passent ?</para>

<para>- Tu as une meilleure idée ?</para>

<para>- Ben, on pourrait choisir la planète la plus accueillante et
aller voir ?</para>

<para>- Ah oui, et j'espère que tu te rends compte que déjà il faut
arriver à se poser, ce qui ce sera pas une mince affaire avec ce
vaisseau, et qu'en plus aucune chance une fois à la surface de pouvoir
repartir avec.</para>

<para>- Et ben, quoi ? On va crever dans cette capsule ? Si c'est ça
je préfère encore me crashé à la surface d'une belle petite planète.</para>

<para>- C'est ridicule !</para>

<para>Sarah me regarde méchamment, elle est furieuse. Je ne comprends
pas pourquoi elle s'énerve de cette façon, je ne fais que donner mon
avis.</para>

<para>- Pas la peine de s'énerver, je dis juste que ce que je pense,
et puis on devrait réveiller Énavila pour prendre cette décision, elle
nous concerne tous les trois.</para>

<para>Sarah crie presque en réponse :</para>

<para>- Non !</para>

<para>- Comment ça non ? Ben, on va pas décider sans elle, c'est quand
même pas très sympa de la laisser hors du débat, et puis à trois se
sera plus simple pour voter.</para>

<para>Sarah me regarde avec des yeux plein de colère :</para>

<para>- Hors de question qu'on la réveille, et c'est moi qui dirige ce
vaisseau !</para>

<para>- OK, et qu'est-ce qu'on fait, alors ?</para>

<para>- On attend que le vaisseau récupère le maximum de ses
capacités, et on voit ce qu'on peut faire.</para>

<para>- Ça prendra combien de temps ?</para>

<para>Elle ne répond pas. Je répète :</para>

<para>- Ça prendra combien de temps ?</para>

<para>Elle s'énerve, je ne comprends vraiment pas pourquoi :</para>

<para>- Deux secondes, je cherche !</para>

<para>Je reste silencieux un instant, elle répond finalement :</para>

<para>- Je pense qu'en un petit sixième nous aurons une vision plus
complète de ce qui est envisageable de faire.</para>

<para>Un petit sixième, ça va encore, mais je la sens tellement
énervée que je ne préfère même pas commenter.</para>

<para>- Nous nous recouchons, alors ?</para>

<para>- Oui.</para>

<para>Je m'allonge dans mon tube, il se referme. J'aurais bien tenté
de la convaincre d'aller atterrir sur l'une de ces planètes, mais je
n'y connais rien en vaisseau pas plus qu'en atterrissage et encore
moins en interrogation de l'ordinateur de bord pour trouver la plus
accueillante... Sarah ne me donne même pas cinq minutes d'éveil et je
m'endors presqu'immédiatement...</para>

<para>C'est un mal au crane terrible qui me réveille, je suffoque ! Je
manque d'air ! Je tape sur le tube, toujours fermé. Rien, je tape plus
fort, tente de crier. J'accélère ma respiration, pourtant j'ai
toujours autant l'impression de manquer d'oxygène.</para>

<para>Finalement le tube s'ouvre, Sarah et Énavila sont debout, elles
se crient dessus. Il y a un vacarme terrible, le vaisseau semble
tourner dans tous les sens, nous sommes secoué et je tente de
m'accrocher tant bien que mal.</para>

<para>- Qu'est-ce qu'il se passe !</para>

<para>- Retourne dans ton tube ! Retourne dans ton tube !</para>

<para>Sarah me pousse, Énavila retourne aussi dans le sien, je ne fais
pas plus d'histoires et me cale à l'intérieur, il se referme. Le
vacarme s'amplifie, nous sommes secoués de toute part. Nous avons sans
doute percuter quelque chose, à moins que le vaisseau n'ait perdu sa
trajectoire et n'ait été attiré par une des lunes.</para>

<para>Tout tremble de plus en plus, le vacarme s'amplifie, j'ai bien
peur que nous ne soyons effectivement entrés dans l'atmosphère d'une
des lunes. Nous allons nous écraser ! Mince ! C'est trop bête ! Je me
cogne de tous les côtés, je tente de me retenir aux parois, mais rien
n'y fait, le vaisseau est secoué beaucoup trop violemment. J'ai
l'impression qu'il va se disloqué ! Le bruit augmente encore ! Un
sifflement assourdissant me donne l'impression que mes tympans vont
exploser. Les parois du tube deviennent brûlantes. Je hurle, tout ne
fait que s'amplifier, ça semble durer des heures ! Est-ce la mort ?
Est-ce qu'on revit pour l'éternité nos derniers instants ?</para>

<para>Le choc ! Une pression extraordinaire m'écrase !</para>

</chapter>

<chapter>
<mark>Thomas</mark>
  <title>Promenade des Anglais</title>

<para>Carole ne put s'empécher de briser le silence après que la
vieille dame ait terminé son histoire :</para>

<para>- Mais, Seth ne vous connaissait pas ? Comment vous a-t-elle
trouvé ?</para>

<para>- Étienne lui avait parlé de moi, je pense que c'est la raison
pour laquelle elle est venue nous unir.</para>

<para>- Mais ensuite ? Qu'est devenue Seth ? Avez-vous eu des
nouvelles, gardé le contact ?</para>

<para>- Étienne lui écrivit de temps en temps, à une adresse rue
Mouffetard, elle répondit jusque dans les années 30, puis il n'eut
plus de nouvelle. J'écrivis simplement une dernière lettre, en 1997,
après la mort d'Étienne.</para>

<para>Soudain Thomas se redressa :</para>

<para>- Mais oui ! Je l'ai lue !</para>

<para>Carole regarda Thomas sans réellement le prendre au sérieux.</para>

<para>- Comment ça tu l'as lue ?</para>

<para>- Oui, quand Stéphane a suivi Mathieu Tournalet, dans Paris,
celui-ci est allé à une petite maison dans le cinquième. Il m'a
recommandé ensuite d'y aller jeter un oeil. Et c'est là que j'ai
trouvé des tas de lettres, et justement une des dernières non ouverte
parlait d'une personne morte à l'âge de 99 ans, la lettre venait de
Nice, c'était sans doute la votre, Madame. </para>

<para>La vieille dame ne dit rien. Carole réfléchit un instant.</para>

<para>- Mais alors, ça voudrait dire qu'il y a bien un lien entre la
Seth qui a rencontré Étienne, Mathieu Tournalet et notre Seth à nous ?</para>

<para>Elisabeth répète calmement, le sourire au coin des lèvres :</para>

<para>- Je vous ai déjà dit que je pensais que c'était la même.</para>

<para>Thomas refusa de croire à une telle hypothèse, tellement qu'il
trouva une explication :</para>

<para>- Mais c'est impossible, Seth aurait eu alors presque le même
âge que vous, alors qu'elle n'avait que 30 ans, ou 35 au plus. Non
c'est plutôt que Mathieu recherchait des informations sur Seth, et qu'il
s'est lui-aussi trompé en trouvant la trace de celle que vous avez
connu, mais qui n'a sans doute rien à voir avec celle qui nous
intéresse.</para>

<para>Carole fit la moue :</para>

<para>- Oui, en tout ça cette explication semble plus crédible que de
penser que tu sois sorti avec une personne de presque cent ans qui en
paraissait trente...</para>

<para>Ils restèrent tous trois silencieux quelques instants. Il
restait encore quelques biscuits, mais Thomas n'avait vraiment plus
faim, le repas avait été succulent autant qu'abondant. Il se donna
encore dix secondes, et si personne ne parlait, il en prendrait
un. Mais il ne compta que jusqu'à huit, Carole prit la parole :</para>

<para>- Vous ne voyez toutefois aucun lien entre vous et ce Monsieur
Mathieu Tournalet, ou Fabrice Montgloméris ?</para>

<para>Thomas la regarda avec des yeux méchants, Carole le vit et ne
comprit pas ce qu'elle avait fait de mal.</para>

<para>- Non, pas du tout. Peut-être que ce Monsieur Tournalet eut
affaire à Étienne, mais il ne m'en a jamais parlé. Je pourrai
toutefois regarder dans ses affaires, mais ça me paraît toutefois bien
improbable, rare furent les choses que nous ne partageâmes pas Étienne
et moi.</para>

<para>Thomas se pencha pour prendre un biscuit et répondit :</para>

<para>- Le lien c'est Seth.</para>

<para>Carole fut agacée par sa remarque, parfois elle ne le supporter
plus.</para>

<para>- Bien sûr que le lien c'est Seth, mais si Mathieu Tournalet n'a
jamais eu affaire à Madame, et qu'elle n'a pas vu Seth depuis 1919,
comment Fabrice Montgloméris a-t-il fait le lien ? Et même, si Seth
était la maîtresse de Mathieu, Pourquoi s'intéresser à Élisabeth ?</para>

<para>Thomas trouva Carole stupide, pour une fois :</para>

<para>- Ben, Fabrice voulait savoir dans quoi trempait son cousin, il
a été suspecté du meurtre de Seth, Fabrice veut savoir qui est
Seth. Peut-être même que Mathieu avait simplement ramené votre adresse
le soir où il est allé rue Mouffetard...</para>

<para>Carole se réprimanda de l'avoir contesté uniquement par
énervement.</para>

<para>- Oui tu as raison, Fabrice n'a peut-être pas beaucoup plus
d'information. Ils nous a juste donné l'adresse, après tout. Il ne
sait peut-être pas ce qu'il veut trouver.</para>

<para>Carole descella un signe de fatigue d'Élisabeth et se dit qu'il
vaudrait mieux qu'ils partissent.</para>

<para>- Bien, nous n'allons pas vous déranger plus longtemps, nous
avons déjà largement abuser de votre temps.</para>

<para>Élisabeth fit mine d'être plus alerte, même si sa sieste
habituelle lui manquait un peu :</para>

<para>- Je vous en prie, vous ne me dérangez pas, loin de là. Mais
comprenez-moi, avec l'âge je perds un peu de mes bonnes manières, je
laisse parfois les inviter s'occuper de la conversation.</para>

<para>Carole fut gênée :</para>

<para>- Je suis confuse, j'avoue que je ne sais trop que penser de
cette histoire.</para>

<para>Thomas se demanda combien de fois elles allaient se renvoyer la
balle. Il se redressa sur son siège :</para>

<para>- Bon, on n'y va ?</para>

<para>Élisabeth sourit :</para>

<para>- Finalement ce sont encore peut-être les hommes qui décident,
aujourd'hui, leur manque de sensibilité restera sans doute une énigme.</para>

<para>Thomas ne sut trop comment il devait prendre la remarque, il se
leva en espérant que Carole fît de même.</para>

<para>Carole soupira intérieurement, elle sourit à Élisabeth et se
leva à son tour.</para>

<para>- Nous vous remercions de tout coeur pour votre temps, tout
comme le succulent dîner. Peut-être puis-je vous laisser notre numéro
de téléphone, si vous trouviez des informations sur le lien éventuel
entre ce Mathieu et Étienne, ou Seth ?</para>

<para>Élisabeth resta assise, elle sortit un petit appareil et appuya
sur son unique bouton :</para>

<para>- Oui, pardonnez-moi de ne pas vous raccompagner, Émile prendra
votre numéro.</para>

<para>Émile apparut dans la seconde et écouta Thomas donner son numéro
de téléphone, ensuite, quelques salutations supplémentaires plus tard,
il raccompagna Carole et Thomas jusqu'à l'entrée, et attendit qu'ils
s'éloignassent pour refermer la lourde porte.</para>

<para>Carole resta silencieuse un instant, ils marchaient en direction
du parking. Elle proposa :</para>

<para>- Si nous tentions de repasser à la première adresse ?</para>

<para>- Oui, pourquoi pas, nous ne sommes pas pressé, on pourrait
aussi aller faire un tour sur la plage, non ?</para>

<para>- Après, oui.</para>

<para>- Tu te rappelles le nom de la rue où elle achète ses biscuits ?</para>

<para>- Non, mais ils étaient vraiment délicieux.</para>

<para>- C'est un nom en 'a', mince, j'aurais dû lui redemander.</para>

<para>- Après tout ce que tu as mangé ! Tu penses encore à la bouffe !
Tu vas mal finir !</para>

<para>- Bah, avec tout le sport que je fais !</para>

<para>- Tu n'en fait pas tant que ça, ces derniers temps.</para>

<para>"Ce n'est pas l'envie qui m'en manque", pensa Thomas en
regardant la poitrine de Carole. Mais il ne dit rien. Carole vit son
regard et s'imagina ce qu'il avait pensé. Elle le trouva puéril mais
d'un autre côté elle ne dirait pas non à quelques galipettes. Elle se
resaisit en se promettant de ne jamais faire quoi que ce soit avec
Thomas, et qu'il valait mieux mille fois rester seule que de
s'embarquer dans une histoire complexe avec un mec pareil. Elle décida
de changer de conversation :</para>

<para>- Cette histoire est vraiment bizarre, elle a vraiment l'air de
penser que la Seth qu'elle a connue est la même personne que la Seth
que tu connais.</para>

<para>- C'est impossible.</para>

<para>- Impossible, impossible, avant l'invention du train les
gens pensaient que l'on devenait fou si on dépasser une certaine
vitesse.</para>

<para>- Les gens pensaient aussi que la Terre était plate, mais c'est
pas pareil.</para>

<para>- Pourquoi c'est pas pareil ?</para>

<para>- Parce que ce n'est pas un truc qu'on invente ou qu'on
découvre d'un coup. S'il y avait des gens qui restent jeunes, on s'en
serait aperçu avant, une personne qui ne vieillit pas, ça se
remarque.</para>

<para>- Si c'est une personne comme Seth, sans famille, sans histoire,
qui passe deux années d'un côtés, trois de l'autre, puis qui
disparaît, comme savoir ? Peut-être qu'elle n'est pas morte, après
tout.</para>

<para>- J'ai vu son corps !</para>

<para>- Et après, elle fait peut-être ça à chaque fois, peut-être
qu'elle fait croire qu'elle est morte, puis elle réapparaît ailleurs,
chez quelqu'un d'autre.</para>

<para>- C'est impossible, elle était morte !</para>

<para>- Impossible, impossible ! Tu ne fais que nier ! Il y a bien une
explication ! Comment expliques-tu qu'Élisabeth ait reconnu Seth sur
la photo, que personne ne sache rien sur le passé de Seth.</para>

<para>- Elle s'est sans doute trompée, elle n'a vue Seth qu'une seule
fois, après tout, quand elle est revenue avec Thomas à Nice, elle peut
très bien la confondre. On pourrait lui rapporter une meilleure photo,
mais même, c'est un truc qui s'est passé il y a plus de quatre-vingts
ans, comment veux-tu qu'elle s'en rappelle correctement !</para>

<para>Carole acquiesça sur le fait qu'Élisabeth avait pu se tromper,
effectivement elle n'avait jamais vraiment connu Seth, hormis de ce
qu'Étienne lui en avait dit. Mais elle trouvait tout de même cette
histoire trop étrange pour ne pas cacher quelque chose d'hors du
commun.</para>

<para>- Et comment expliques-tu qu'Ylraw soit mort et que tu l'ais
croisé ? C'est tout de même étonnant, que lui aussi, comme par hasard,
il revive.</para>

<para>- Il n'est sans doute pas vraiment mort, c'était une astuce, un
truc pour le faire disparaître. Et puis peut-être que je me suis
trompé, peut-être que ce n'était pas lui, peut-être qu'il n'avait
aucun lien avec...</para>

<para>"Seth...", Thomas frissonna, son attirance vers Seth, cette
sensation quand il a vu Ylraw... Mon Dieu, c'était impossible... Ça ne
pouvait pas être ça, ça ne pouvait pas être vrai... Carole se demanda ce qui
l'avait coupé :</para>

<para>- Avec quoi ? Tu te rappelles de quelque chose ?</para>

<para>Thomas voulut effacer cette pensée de son esprit, il voulut
oublier tout ça, il voulut retourner au Soleil, c'est tout ce qui
l'importait. Ils étaient arrivés devant la première adresse, mais la
porte était toujours fermée.</para>

<para>- Non, rien... Bon, on va faire un petit tour sur la plage ?</para>

<para>Carole avait plus envie de ne pas perdre de temps.</para>

<para>- Tu ne préfères pas qu'on rentre, les documents de Fabrice
doivent être arrivés, maintenant.</para>

<para>- Il fait tellement beau, ce serait bête de ne pas faire juste
un tour, non ?</para>

<para>Carole en avait envie, même si elle était aussi impatiente d'en
découvrir plus sur cette histoire :</para>

<para>- Bon, OK, ça me laissera le temps de prendre mes notes, je n'ai
pas voulu trop écrire devant Élisabeth, et puis j'étais tellement
passionnée par son histoire.</para>

<para>- Oui, l'histoire d'Étienne est vraiment bizarre, cette histoire
de guerre, c'est dingue.</para>

<para>- Surtout d'imaginer que cette Seth a vraiment participé aux
mutineries, et le fait qu'Étienne ensuite soit allé à Paris. C'est des
trucs comme ça qui me font penser que ce n'est pas banal, il y a trop
de choses pas normale pour que ce soient juste des
coïncidences.</para>

<para>Thomas et Carole se dirigèrent vers la plage, demandant à un
passant le chemin le plus court vers la promenade des Anglais. Il y
avait un peu de vent mais il faisait très beau, et même chaud. Thomas
ne put résister à s'acheter une glace, et Carole insista pour qu'ils
s'arrêtassent un moment, de façon à ce qu'elle pût prendre des
notes. Ils s'assirent sur l'un des nombreux bancs en face de la plage,
à deux pas d'un groupe de jeune qui s'exerçait aux rollers en sautant
avec un petit tremplin une barre déjà au moins aussi haute que Carole.</para>

<para>- Tu as vu ça, les gamins n'ont pas dix ans et ils sont déjà
capable de faire des trucs dingues !</para>

<para>- Oui, bah, ils font ça toute la journée, rien d'étonnant, avec
un peu d'entraînement on devient vite balaize, d'autant qu'ils sont
jeunes, ils apprennent vite.</para>

<para>- Oui, c'est d'autant plus dommage que cela ne leur servira
probablement à rien, et qu'ils seront peut-être nuls à l'école pour
finir dans un métier minable, alors qu'ils sont capables de
prouesses.</para>

<para>- C'est clair, mais on a pas vraiment besoin de millions de
champions de roller.</para>

<para>- C'est sûr, mais ce que je veux dire c'est que si l'École
fournissait à ces gamins de quoi s'éclater, ils pourraient se donner à
fond et faire des choses géantes plutôt qu'à être considérer comme des
cancres et des minables.</para>

<para>Thomas s'était allongé sur le banc, il était si bien sous le
soleil.</para>

<para>- Qui te dit qu'ils sont des cancres ou des minables ?</para>

<para>- Oui, j'en sais rien, mais c'est plus l'image que donne l'école
aujourd'hui, soit tu rentres dans le moule, soit tu n'es qu'un bon à
rien. Alors que je suis persuadée que la plupart des gamins
pourraient être extrêmement doué si on prenait le temps de comprendre
ce qui les motive et ce dans quoi ils excellent.</para>

<para>Carole resta pensive un instant...</para>

<para>- Tu étais bon, en cours, toi ?</para>

<para>- Moyen, disons que je me débrouillais pour passer dans la
classe supérieure.</para>

<para>- Passer dans la classe supérieure, c'est tout ce qui importe,
en effet, comme si nous étions tous identiques dans le gentil troupeau
qui doit suivre la voie toute tracée...</para>

<para>- Tu étais bonne, toi ?</para>

<para>- Oui, j'étais bonne, très bonne même, j'étais toujours
première, sauf en prépa, mais je me débrouillais quand même. J'ai
bossé, bossé, bossé en espérant que ça me mènerait quelque part, et
finalement je fais un métier que j'aurais pu commencer à 16 ans. J'ai
passé huit ans à apprendre des trucs dont je me souviens à peine pour
arriver dans un monde qui ne me convient pas avec des métiers
inhumains qui ne me plaisent pas à n'entendre que des trucs bidons sur
la réussite et le bien et le mal et ma mère qui n'arrête pas de me
dire que je perds mon temps...</para>

<para>- Le monde est compliqué, c'est pas évident de trouver sa
place.</para>

<para>- Il est mal foutu, oui, on se rejette tous la faute, c'est la
faute aux politiciens, c'est la faute aux immigrés, c'est la faute à
la Chine, c'est la faute aux État-Unis, aux riches, aux pauvres... En
fait personne ne maîtrise rien et se contente de prendre sa part du
gâteau quand il le peut, et tant pis pour les autres...</para>

<para>Thomas soupira, Carole soupira. Elle vit un beau jeune-homme
torse nu passer, qui lui donna envie, et elle se dit qu'elle ferait
mieux d'écrire ses notes avant des les oublier, plutôt que de penser à
des choses pareilles. Il ne fallut pas longtemps à Thomas pour
s'endormir, il était si bien, là. La sensation de chaleur et de soleil
lui faisait tout oublier, oublier cette histoire, Carole, ses envies,
ses questions. Il n'avait plus envie que d'une chose, rester là pour
toujours, il se moquait du reste.</para>

<para>Carole passa plus d'une heure à transcrire l'histoire d'Étienne,
et une autre à regarder les jeunes faire leur figure, ou à inscrire
questions sur questions sur ses notes, ou encore tenter de mettre en
place une théorie ou une autre. Puis elle finit par en avoir marre
d'entendre Thomas ronflouner, elle se leva pour faire quelques pas,
aller voir d'un peu plus près la mer, avec les baigneurs, encore bien
nombreux sous un si beau soleil. Elle revint vers le banc et poussa
Thomas du pied.</para>

<para>- Allez, debout !</para>

<para>Thomas s'était profondément endormi, il ronchonna.</para>

<para>- Allez ! Ça fait au moins deux heures que tu dors, debout !</para>

<para>- Deux heures ! Tu déconnes, ça fait dix minutes qu'on est là !</para>

<para>- Dix minutes ! Et puis quoi encore, regarde l'heure, il est
presque quatre heures !</para>

<para>Thomas regarda sa montre en plissant les yeux pour ne pas être
ébloui.</para>

<para>- Quatre heures ! Non ? Mince, oui.</para>

<para>- C'est vraiment le monde à l'envers, c'est toi le détective et
c'est moi qui fait tout ! Bon j'ai réfléchi, et je pense que tu as raison.</para>

<para>- Ah, bien. Tu vois, j'ai bien fait de dormir.</para>

<para>- Non, j'ai tenté de trouver une explication logique, et une
explication pas logique. Le problème de la pas logique, c'est qu'il
n'y a pas de limites, je peux dire que Seth est immortelle, mais aussi
que Ylraw l'est, ou même que Seth et Ylraw sont la même
personne... Alors que c'est plus intelligent, je pense, de se baser
sur une hypothèse crédible et de tenter de la valider.</para>

<para>- C'est ce que j'ai toujours dit.</para>

<para>- Ce qui me gène dans ce cas, c'est qu'alors le récit
d'Élisabeth ne nous sert à rien, c'est une fausse piste, pourtant
Mathieu Tournalet est allé dans la maison de la Seth dont elle a
parlée, puisque tu as vu toi même la lettre qu'elle a écrite. Si on
considère que ces deux Seth sont différentes, alors Mathieu Tournalet
et Fabrice se trompent sur la Seth qu'ils ont trouvée, et je trouve ça
bizarre.</para>

<para>- Il suffit que Mathieu se soit trompé, ensuite moi, Fabrice,
puis nous, nous n'avons fait que suivre.</para>

<para>- C'est vrai, mais est-ce que ça veut dire que c'est une fausse
piste ? Et alors, qu'est-ce qu'on peut faire maintenant, si on laisse
tomber cette Seth ?</para>

<para>- J'en sais rien. Qu'est-ce qu'on cherche, après tout ?</para>

<para>Carole se demanda si Thomas serait près à laisser tomber.</para>

<para>- Tu ne cherches rien, toi ? Tu serais près à oublier cette
histoire, rentrer à Paris et reprendre ta petite vie ?</para>

<para>- J'aimerais bien oublier cette histoire. Quant à ma petite vie,
elle sera sans doute bien différente, maintenant que Seth n'est plus
là. Mais je ne sais pas trop si j'ai envie de savoir... Après tout
pour moi tout est assez clair. Mathieu était l'amant de Seth, Stéphane
n'a pas supporté qu'il use de son influence pour se sortir de cette
histoire, et Fabrice veut juste ne pas avoir de doute sur la fortune
qu'il récupère.</para>

<para>- Tu crois vraiment que ton copain l'a tué ? Tu penses qu'il
était capable de faire ça ? Il était policier, quand même, il savait
se maîtriser, non ?</para>

<para>- Ça me surprend beaucoup de la part de Stéphane, mais qui
l'aurait fait, sinon ? Déguiser le meurtre de Mathieu Tournalet par
Stéphane, c'est quand même un peu gros, et pour qu'elle raison ?</para>

<para>- Pas si gros que ça. Qui te paye, en ce moment ?</para>

<para>- Fabrice ? Tu penses que c'est Fabrice ?</para>

<para>- Qui est le bénéficiaire dans l'histoire, si ce n'est lui ?</para>

<para>- Mais comment aurait-il pu savoir que Stéphane allait venir ?</para>

<para>- Il ne le savait sans doute pas, il a simplement sauté sur
l'occasion. Stéphane était là, les choses ont mal tourné, et Fabrice
en a profité.</para>

<para>- Mais le majordome, il a été témoin.</para>

<para>- Témoin, témoin, Fabrice t'as bien filé cinq mille euros cash
sans discuter et un week-end de rêve sur la côte, ça ne doit pas être
trop cher, un majordome.</para>

<para>- Mais pourquoi faire appel à moi, c'est risqué, quand même.</para>

<para>- C'est risqué mais c'est aussi un moyen super efficace de ne
pas attirer les doutes sur lui. Il te graisse la patte, se charge de
bonne intention, crache un pourcentage infime de la fortune qu'il a
ramassé, et en plus il t'éloigne de Paris pour aller à l'autre bout de
la France chercher un fantôme, c'est plutôt malin comme technique.</para>

<para>Thomas restait allongé au soleil, profitant de sa chaleur
réconfortante. La théorie de Carole était assez séduisante, même si un
peu trop rocambolesque.</para>

<para>- Malin, oui, mais après, tu veux tenter de prouver que c'est
lui qui a tué Mathieu ? Ça n'a pas vraiment de rapport avec Seth.</para>

<para>Carole soupira, elle se tourna vers la mer, puis revint
s'asseoir près de Thomas.</para>

<para>- Je sais, ça n'a pas de rapport mais en même temps tout a un
rapport. Toi, Seth, Stéphane, Mathieu, Fabrice, Élisabeth. Toute cette
histoire est tellement formidable, j'ai vraiment envie de savoir, de
découvrir si c'est juste un amoncellement de coïncidences, ou s'il y a
un lien, un liant. Si cet Ylraw ne serait pas le lien...</para>

<para>Carole se tut un instant. Thomas espérait qu'elle décide de
faire un peu une pause et de prendre du bon temps. Elle lui demanda
finalement.</para>

<para>- Tu ne pourrais pas tenter d'en savoir un peu plus sur lui, sur
Ylraw, tenter au moins d'élucider sa mort mystérieuse ?</para>

<para>- Qu'est-ce que tu veux dire ?</para>

<para>- Ben je sais pas, demander à tes collègues, vous devez bien
avoir des relations entre vos services, non ? Savoir les causes
exactes de sa mort, tenter de remuer un peu, et de voir si quelqu'un
réagit.</para>

<para>- Oui, je pourrai demander, mais le plus simple est encore de
lui demander à lui.</para>

<para>- Il faudrait qu'on le retrouve pour ça. Quoi qu'on pourrait
retourner voir ses parents, ce n'est pas très loin, d'ici, non ?</para>

<para>- Je ne me rend pas compte, mais ça ne doit pas être très très
loin, non.</para>

<para>- Bon, tu te bouges, on rentre ?</para>

<para>- Tu veux pas rester encore un peu ? On est bien à discuter, là,
non ?</para>

<para>- Tu ne fais que dormir !</para>

<para>- Pfff... Je dors tellement mal la nuit, pour une fois que je me
repose un peu.</para>

<para>- Tu fais toujours des cauchemars ?</para>

<para>- Oui.</para>

<para>- Toutes les nuits ?</para>

<para>- Oui.</para>

<para>- Mon pauvre...</para>

<para>Carole se retourna et regarda la mer, Thomas constata une fois
de plus son bien être sous les rayons chaud du soleil. Il avait trop
chaud mais il était si bien, il aurait presque voulu avoir encore plus
chaud. Il ne sentait plus du tout sa brûlure, au contraire, il sentait
comme une impression de calme, de douceur. Carole pensa quelques
minutes à sa vie, à ce qu'elle faisait là, ce qu'elle voulait. Elle se
sentit seule. Elle se sentit fatiguée. Trouver le fin mot de cet
histoire, mais après ? L'écrire ? Oui, l'écrire, le raconter, le dire
à tous. Voulait-elle le succès, être célèbre ? Sans doute, elle
aimerait avoir un peu plus de temps de parole pour les remettre à leur
place, pour leur rappeler que leur monde n'était pas le vrai monde, mais
qui l'écoutera ? Ylraw, elle aimerait le rencontrer. Plus encore que
pour comprendre, elle voudrait le rencontrer car, pour le peu qu'elle
avait pu lire de lui, il pensait comme elle. Mais était-ce vraiment sa
vie ? Elle se voulait écrivain, pas détective. C'était plus un jeu
pour elle, ce ne devait sans doute pas l'être pour Thomas, il avait
perdu sa bien-aimée et découvert qu'elle le trompait sans doute, qu'il
ne savait rien d'elle, et qu'elle côtoyait sans doute des gens peu
recommandables.</para>

<para>Elle se tourna vers lui, il avait l'air de s'être rendormi sur
le banc. Elle se demandait vraiment parfois comment il avait fait pour
devenir policier, il avait l'air tellement fainéant et peu alerte. Peu
être que cette épreuve l'avait vraiment affecté, après tout. Il y
avait des gens qui perdaient tout leur moyens si leur équilibre était
rompu. Mais que cherchait-il, lui ? Il n'avait pas l'air de chercher
grand chose, voulait-il simplement profiter de ces quelques jours ici,
de cette aubaine ? Pourquoi l'avait-il invitée s'il se moquait de
l'enquête ? Avait-il juste envie de coucher avec elle ? Était-il
amoureux d'elle ? Voulait-il oublier Seth dans ses bras ? Pouvait-on
oublier Seth ?</para>

<para>Et elle, que voulait-elle ? Ne cherchait-elle pas un homme,
aussi ? Depuis quand n'avait-elle pas fait l'amour ? Depuis combien de
nuit n'avait-elle pas rêver qu'un bel inconnu la surprenait dans son
lit pour lui faire passer une envolée torride ? Ah saleté d'hormones !
Pourquoi aurait-on encore besoin de ça ! Qu'importait en 2003 que nous
eussions des enfants ou pas ? La vie ne pouvait-elle comprendre que
c'était l'intellect et la raison dont dépendait la survie de l'homme,
plus le sexe et la reproduction ! Elle se trouva bien faible. Elle eut
envie d'écrire, elle eut envie d'écrire une scène d'amour, de sexe,
une scène ou elle pourrait exulter ses fantasmes, et retrouver sa
raison.</para>

<para>Elle secoua la tête pour oublier toutes ses pensées, elle
retourna vers Thomas et le secoua vivement. Il ronchonna, elle
continua jusqu'à ce qu'il ouvrît les yeux.</para>

<para>- Allez, debout, on y va !</para>

<para>- Encore cinq minutes !</para>

<para>- Non, non, non, pas encore cinq minutes, on se lève, allez !</para>

<para>Thomas se remit en position assise et bailla longuement. Il
regarda sa montre et leva les sourcils, cinq heures moins le quart,
bonne sieste, il était fier de lui, voilà longtemps qu'il n'avait pas
aussi bien dormi. Et il avait bien envie de rester encore un peu au
soleil.</para>

<para>- On marche un peu le long de la plage ?</para>

<para>- T'exagères ! Tu viens de pioncer pendant presque trois heures
et tu veux encore glander !</para>

<para>- On a pas tant de chose à faire que ça ! Et puis il fait si beau...</para>

<para>- Non ! On rentre, j'en ai marre, écoute, tu iras te balader à
Cannes si tu veux, moi j'ai envie d'avancer un peu, j'ai envie de voir
ces documents, on est toujours autant dans le flou !</para>

<para>Thomas eut presqu'envie de faire un caprice pour rester tant que
le soleil était là, mais il savait que ce n'était pas raisonnable et
que s'il passait pour un flemmard fini il n'aurait jamais aucune
chance avec Carole. Il se leva alors, s'étira, et ils repartirent en
direction de la voiture, en repassant par l'adresse indiquée où ils
n'avaient pour l'instant encore trouvé personne, mais ils n'eurent pas
plus de chance.</para>

<para>Thomas se sentit mal à l'aise de quitter la plage. Il se demanda
s'il n'avait pas trop dormi. Dans la voiture il ne dit rien, et Carole
ne sut trop que raconter. Thomas n'avait alors qu'une envie, retourner
s'allonger sur la terrasse de l'hôtel. Se pouvait-il qu'il soit si
fatigué ? Pourtant il n'avait pas vraiment sommeil. Serait-il malade ?
Pourtant il n'avait pas vraiment froid. Il avait juste comme un
malaise, comme l'envie irrésistible de ne pas bouger, de s'allonger et
d'attendre. Peut-être juste un peu de flemme, après tout, il fallait
qu'il se bougeât un peu !</para>

<para>Ils arrivèrent à l'hôtel tranquillement, après presque une heure
trente d'embouteillage, ou ils passèrent en revue l'ensemble des CD du
chargeur de la TT. À l'hôtel, un voiturier récupéra la TT et ils
montèrent directement dans leur suite, en espérant trouver les
documents promis par Fabrice. Mais non, rien, pas de courrier, pas
plus dans leur suite qu'à l'accueil. Carole en fut très déçue :</para>

<para>- Tu crois qu'il se moque de nous ?</para>

<para>- Il nous paye quand même une suite à je ne sais pas combien
dans un hôtel cinq étoiles, la location d'une TT et cinq mille euros
en cash, j'appelle pas ça vraiment se moquer des gens...</para>

<para>- Oui mais s'il est vraiment très riche, ça ne représente rien
pour lui. Si ça se trouve cette suite lui est réservée en permanence,
ça ne lui revient peut-être pas plus cher, peut-être que la TT est
aussi sa voiture, et puis cinq mille euros ne sont peut-être pas cher
payé pour avoir certaines informations.</para>

<para>- Quelles informations ? Qu'une vieille a connu une nana qui
s'appelait Seth il y a 80 ans...</para>

<para>- Il ne savait peut-être pas ce que nous allions trouvé, ou
peut-être qu'il voulait vraiment t'éloigner de Paris, mais pourquoi ?</para>

<para>- Il n'y a plus d'affaire ! C'est inutile, je n'aurai pas
cherché sur lui, si j'étais resté à Paris, je ne savais même pas qu'il
existait.</para>

<para>- Comment pouvait-il le savoir ? Son cousin a mis ton collègue
en prison, il pouvait se méfier. Quand on est criminel on est aussi
parano. S'il a vraiment orchestré le meurtre de son cousin il doit
avoir très peur qu'on le découvre, et s'il a vraiment hérité d'une
fortune colossale, un week-end cinq étoiles et cinq mille euros ne
sont pas trop cher payé pour ça.</para>

<para>- Oui c'est vrai... Et dans ce cas c'est normal que nous n'ayons
rien trouvé d'intéressant à Nice, c'est juste qu'il voulait qu'on
aille voir ailleurs, il a juste eu la chance de retrouver la trace de
la vieille qui aurait connu une Seth, et nous a attiré avec ça. Si ça
se trouve l'autre adresse était vraiment bidon.</para>

<para>- Ça se tient. Le problème c'est qu'on est tellement dans le
flou que tout se tient. Peut-être que Fabrice est de bonne foi, après
tout, comment savoir ? Si on conserve l'idée de ne pas trop partir
dans des délires en permanence, alors on devrait plutôt considérer
qu'il ne nous mène pas en bateau et être franc avec lui.</para>

<para>- On pourrait peut-être juste lui dire que nous n'avons
absolument rien trouvé à Nice et voir s'il insiste. S'il ne nous
demande pas d'y retourner c'est qu'il s'en moque.</para>

<para>- Oui c'est une bonne idée, au pire on pourra toujours lui dire
que nous n'y sommes allé que demain. Mais s'il veut vraiment nous
éloigner, c'est que nous perdons notre...</para>

<para>Carole fut interrompue par la sonnerie du téléphone. Thomas
répondit. C'était Fabrice, il le lui fit comprendre. Il demanda des
nouvelles de la visite à Nice. Thomas bafouilla qu'il n'avait rien
trouvé d'intéressant. Fabrice insista, Thomas dit finalement qu'il
avait juste vu une vieille dame qui radotait. Carole fronça les sourcils
et lui fila une tape sur l'épaule en mettant son doigt devant la
bouche pour lui dire de se taire. Fabrice voulut en savoir
plus. Thomas résista et dit simplement que la vieille dame ne savait
plus ce qu'elle disait et qu'elle semblait croire avoir connu une Seth
dans les années vingt, qu'elle était sans doute sénile ou qu'elle se
trompait. Fabrice posa de nombreuses questions, Thomas se contenta de
répondre qu'il pensait que c'était une erreur et qu'il n'avait pas
cherché plus loin, que ce n'était sans doute pas la Seth qui les
intéressait. Fabrice s'énerva un petit peu, qu'il ne fallait négliger
aucune piste, et que c'était peut-être une personne de la famille de
Seth, et qu'il était préférable de ne pas éliminer d'hypothèse avant
d'avoir vraiment tous les éléments en main. Il recommanda à Thomas de
retourner voir la vieille dame. Thomas acquiesça et lui demanda pour
les documents. Fabrice parut surpris qu'ils ne les eussent toujours pas
reçu. Il maudit la poste et se dit qu'il aurait mieux fait d'utiliser
un transporteur, puis souhaita bonne chance à Thomas et raccrocha sans
attendre.</para>

<para>Thomas avait mis le haut-parleur de façon à ce que Carole puisse
entendre. Celle-ci resta silencieuse après que Thomas eut
raccroché. Il alla au bar se servir un coca, elle se contenta d'un
Perrier, elle aimait bien cette eau gazeuse un peu piquante. Ils
s'assirent tous deux dans les confortables fauteuils, puis analysèrent
finalement la conversation. Carole ne démordit pas de son hypothèse
principale.</para>

<para>- Peut-être qu'il insiste simplement parce qu'il n'a que ça
comme piste et qu'il veut que nous restions encore ici.</para>

<para>- Pourtant il m'a posé beaucoup de question, ça avait vraiment
l'air de l'intéresser.</para>

<para>- Oui mais comment savoir, il peut très bien jouer la comédie,
en fait qu'il pose des questions, ça ne veut rien dire. Nous ne sommes
pas plus avancé, et pour ses documents, nous sommes obligés d'attendre
un jour de plus... C'est vraiment du temps perdu.</para>

<para>- Pas complètement perdu, on va pouvoir faire encore un superbe
repas, on pourrait même prendre la voiture et aller manger quelque
part.</para>

<para>- Il est encore un peu tôt, il n'est que 19 heures, et puis le
repas de midi était déjà bien bon.</para>

<para>- On pourrait aller faire un peu de shopping en ville, non ? On
a cinq mille euros qu'on a presque pas touché.</para>

<para>- Bof, je serais plutôt d'avis de nous coucher tôt, et de demain
matin partir pour tenter de trouver Ylraw.</para>

<para>- Tenter de trouver Ylraw ?</para>

<para>- Ben oui, nous ne sommes pas très loin, non ? Et en plus on a
une voiture.</para>

<para>- Oui, on est pas très loin de chez ses parents, mais ce n'est
pas sûr qu'il y soit, et s'il se cache vraiment ils ne nous diront
rien, comment veux-tu le trouver ?</para>

<para>Carole soupira. Elle avait envie d'avancer, mais elle ne savait
pas trop comment. Elle ne voulait pas rester là, elle voulait partir
de cet endroit, elle voulait se sentir libre, elle se sentait
enfermée, prisonnière de Fabrice Montgloméris. Elle aurait voulu
sortir de l'immeuble partir... Elle réfléchit un instant puis se dit,
que, finalement, elle n'était pas tellement retenue qu'elle en avait
l'impression, elle pouvait quitter Thomas, Cannes, repartir chez
elle. Pourtant elle ne se sentait pas très bien, la fatigue peut-être
? Le fait de rester inactive, le fait d'avoir cette amère impression
de perdre du temps, de ne pas être productive... Elle détestait cette
impression, elle avait peur de mourir dans ces moments, elle avait
peur de mourir avant d'avoir fait tout ce qu'elle voulait faire, même
si elle ne savait pas très bien ce qu'elle voulait faire... Mais elle
voulait que le monde eut changé, même un tout petit peu, avant qu'elle
ne partît. L'écriture pourrait peut-être aider un peu le monde à
changer, si elle arrivait à exprimer tout ce mal qu'elle voulait en
dire, qu'elle voulait dire de la société, de la consommation, de
l'égoïsme... L'histoire d'Ylraw était, elle l'espérait, ce qui lui
permettrait de faire passer son message, d'avoir à la fois l'histoire
qui faisait rêver et l'opportunité de déballer tout ce qu'elle avait
sur le coeur, ce jeune qui ne supportait plus ce monde, et qui
partait, on ne savait trop où, pour finir en Australie, puis
revenir. Cette fille qui le suivait, qui le suivait depuis toujours,
était-ce l'amour qui la poussait à le suivre. Oui ! Sans doute, que
pourrait bien pousser une femme à suivre un homme depuis toujours ? 
L'amour, bien sûr. Carole voulait y croire, voulait croire à cette
histoire incroyable, car c'était ce qu'elle voulait dire, c'était ce
qu'elle voulait faire comprendre aux gens, l'absurdité du monde, et la
beauté de l'amour...</para>

<para>Thomas restait, lui-aussi, silencieux. Sa brûlure lui faisait
mal. Chaque fois qu'il la croyait disparue, vaincue, chaque fois elle
revenait, elle revenait de plus belle, plus forte, plus
insidieuse. Il l'a sentait pénétrer en lui, il la sentait chercher son
âme. Il la sentait s'emparer de lui. Il tenta d'en faire abstraction,
mais elle était tellement présente. Il pensait à Seth... Seth, mon
Dieu ! Où étais-tu ? Étais-tu vraiment immortelle ? Allais-tu
réellement revenir ? Quelle absurdité, il aurait voulu que Carole ne
dît jamais une chose pareille, il savait désormais qu'il allait y
croire, qu'il allait croire qu'elle pouvait revenir, qu'elle allait
revenir. Et il avait peur.</para>

<para>Cette pensée l'effraya tellement qu'il se releva, presque comme
s'il avait vu son fantôme.</para>

<para>- Tu crois qu'ils ont un accès internet ?</para>

<para>Carole sortit de ses pensées et le regarda, elle n'avait même pas
fait attention qu'il s'était relevé.</para>

<para>- Sans doute, mais il faut sûrement avoir un portable pour s'y
brancher. Pourquoi ? Je regarderais bien mes mails, c'est vrai.</para>

<para>- Pour un itinéraire pour aller chez Ylraw. Je ne suis pas sûr
de trouver, d'ici.</para>

<para>- C'est vers Gap, non ? Un fois là-bas tu sauras te retrouver ?
Ce ne doit pas être trop dur d'aller jusqu'à Gap d'ici. Et puis on
pourra toujours acheter une carte, on a cinq mille euros, après tout.</para>

<para>Thomas eut presqu'envie de la rectifier, "j'ai cinq mille
euros", mais il se retient.</para>

<para>- Oui c'est vrai...</para>

<para>- J'irais quand même bien voir mes mails.</para>

<para>- On peut demander s'ils ont un accès, sinon il doit bien y
avoir un cybercafé en ville.</para>

<para>- Je suis pour aller en ville, on peut peut-être y aller à pied,
j'ai envie de marcher.</para>

<para>Carole se leva en disant sa dernière phrase et se dirigea vers
la porte de la suite. Thomas la suivit sans hésitation, il avait aussi
besoin d'air, il avait l'impression d'étouffer. Ils demandèrent à
l'accueil, qui leur confirma la présence d'accès réseau dans les
chambres, et chercha pour eux un accès proche de l'hôtel. L'adresse en
main, ils partirent d'un pas rapide vers le cybercafé. Carole avait
besoin de bouger, Thomas aussi. Carole eut presqu'envie de faire un
petit footing, elle courrait de temps en temps, trop rarement, mais
elle avait besoin de se défouler, sans qu'elle ne comprenne trop
pourquoi. Mais le cybercafé n'était pas très loin, et elle garda sa
frustration de mouvements.</para>

<para>Elle commanda une eau gazeuse, Thomas un coca, et ils
s'installèrent côte à côte dans un recoin de la salle. Carole alla
voir ses mails, Thomas lui se rendit compte qu'il ne savait pas trop
ce qu'il pouvait faire. Il regarda d'abord les sites de jeux vidéos,
puis les sites de matériel informatique, les sites d'appareils photos
numériques, puis les sites d'ordinateurs portables. Carole regarda son
écran à ce moment là, après avoir regardé tous ses mails sans en avoir
un seul d'intéressant :</para>

<para>- Eh ! On pourrait s'acheter un portable, avec cinq mille euros,
pour prendre des notes, ou pour l'hôtel ?</para>

<para>Thomas se dit qu'effectivement, il pourrait se trouver un petit
ordinateur ultra-portable. Mais il se dit aussi que s'ils s'en
achetait un, Carole en voudrait aussi sûrement un, et qu'alors il
risquait de ne plus rester grand chose des cinq mille euros.</para>

<para>- Mouais... On en a pas vraiment besoin, si ? On peut venir au
cyber café, c'est pas si loin de l'hôtel.</para>

<para>Carole fut surprise de sa remarque. Elle aurait cru qu'il serait
emballé par l'idée d'avoir une opportunité d'acheter un truc
pareil. Elle se demanda ce qui pouvait bien le retenir, mais elle ne
trouva pas. Et elle était plutôt d'accord que c'était peut-être un peu
gâcher que de dépenser deux mille euros pour s'acheter un ordinateur
pour deux jours. Quoi que Thomas aurait pu en avoir l'utilité par la
suite. Elle se retourna vers son écran et se demanda ce qu'elle
pourrait bien chercher sur google.</para>

<para>Machinalement elle tapa Ylraw, et retrouve son site. Elle
l'avait déjà parcouru des dizaines de fois, cherchant dans les coins
de nouveaux éléments, tentant de trouver des répertoires cachés. Elle
avait même passé un temps fou à regarder le code source HTML de chaque
page, au cas ou certaines parties seraient cachées.</para>

<para>Thomas la regarda un instant, puis il se dit qu'il pourrait
tenter d'appeler un collègue pour avoir plus d'information sur cette
mystérieuse réapparition d'Ylraw. Il rechignait à le faire de peur
qu'on ne lui reprochât de continuer d'enquêter sur cette affaire, quoi
qu'il avait tout sauf envie d'enquêter sur cette affaire. Il aurait
voulu l'oublier, recommencer une autre vie. C'était aussi un peu pour
cette raison qu'il était là, élucider pour de bon ces mystères et
pouvoir passer à autre chose. Carole était belle, après tout, ils ne
s'entendaient pas si mal, il pourrait bien mettre un peu d'eau dans
son vin pour elle, acheter un peu moins de marques, faire un peu plus
d'efforts pour l'environnement.</para>

<para>Après tout Ylraw n'avait pas de lien officiel avec l'enquête, et
il avait déjà appelé plusieurs fois son collègue aux Renseignements
quand il avait un doute sur quelqu'un. Il se leva et fit mine d'aller
aux toilettes. Il était plus de 19 heures mais il espérait bien
trouver Xavier encore au travail. Il s'y trouvait en effet, Thomas lui
demanda deux ou trois nouvelles puis, sans laisser transparaître son
stress, lui dit qu'il aimerait avoir quelques informations
supplémentaires sur Ylraw. Xavier ne pût lui en dire plus que la
première fois. Il lui expliqua qu'il avait cherché un peu plus
d'information, quand après leur première conversation il avait trouvé
étrange que si peu de renseignements fussent indiqués sur la nature de
la mort d'Ylraw, mais que sa mort restait complètement
mystérieuse. Thomas lui demanda tout de même s'il était possible que
la mort d'Ylraw fût déguisée pour une raison ou pour une autre, mais
Xavier l'assura que c'était impossible, qu'il y avait bien eu
constatation de la mort clinique par quelqu'un de chez eux, et que si
une mesure de protection avait était mise en place pour isoler cette
personne, l'information serait indiquée dans le dossier. François
Aulleri était bien mort, il n'y avait pas de doute là-dessus. Thomas
ne posa pas plus de questions, il avait peur d'en dire trop et que
Xavier ne se doutât de quelque chose, même s'il était persuadé qu'il
se doutait déjà de quelque chose. Ce simple coup de fil avait fait
presque suer Thomas, tellement il en avait le ventre noué. Il se dit
que même s'il n'avait pas vraiment eut d'information nouvelle, cette
confirmation qu'il y avait bien quelque chose d'incompréhensible dans
le retour d'Ylraw suffirait à enchanter Carole.</para>

<para>Il revint s'asseoir à côté d'elle, elle relisait une n-ième fois
le texte d'Ylraw.</para>

<para>- J'ai appelé mon collègue aux renseignements.</para>

<para>Carole cessa toute de suite de lire et se tourna vers Thomas,
avide d'une nouvelle information. Carole devint toute excitée, son
rythme cardiaque s'accéléra</para>

<para>- Il ne m'a rien dit de spécial, mais il m'a assuré que si Ylraw
avait une forme de protection, ce serait indiqué. Il m'a aussi dit que
la mort clinique avait été bien constatée par quelqu'un de chez nous.</para>

<para>- Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'il est vraiment mort ?</para>

<para>- Oui, pour nous ça ne fait pas de doute, il est bien mort.</para>

<para>- Mais comment as-tu pu le voir, alors ?</para>

<para>- Je ne sais pas, mais il y a sans doute quelque chose de louche
là-dessous.</para>

<para>Carole resta silencieuse un instant. Ylraw était bien mort !</para>

<para>- Mais alors, es-tu bien sûr que c'est lui que tu as vu, est-ce
que tu es sûr que tu ne peux pas te tromper ?</para>

<para>- Je me suis peut-être planté, si, mais il lui ressemblait comme
deux gouttes d'eau. C'est vrai que j'ai un doute, maintenant, mais
c'est quand même bizarre, une personne qui lui ressemble énormément
justement sur sa tombe, c'est trop étrange pour que ce soit une
coïncidence.</para>

<para>- Ou au contraire peut-être logique. C'est peut-être un cousin,
un demi-frère, ou un frère caché, qui sait ? C'est possible, non ?</para>

<para>- Oui, de toute façon tout est plus possible que le fait qu'il
ait ressuscité.</para>

<para>- Comment pourrait-on savoir ? On peut vérifier ce genre de
choses ?</para>

<para>- C'est difficile de savoir, c'est peut-être un demi-frère, oui,
après tout. Il faudrait interroger ses parents, pour savoir, à
condition qu'ils acceptent de dire la vérité. Peut-être en les
interrogeant chacun seul, ils seraient près à avouer.</para>

<para>- Si c'est un demi-frère, il y a plus de chance que ce soit un
enfant du père que de la mère, non ?</para>

<para>- Oui c'est vrai, c'est plus dur pour la mère de cacher la
naissance d'un enfant. Il faudrait interroger son père, si jamais on a
la chance de retrouver Ylraw, ou la personne qui lui ressemble, on
peut aussi tenter de faire des prélèvements, c'est ce qu'il y a de
plus sûr.</para>

<para>- Vérifier l'ADN ?</para>

<para>- Oui. En plus ça pourra aussi nous renseigner pour savoir si
c'est un fils illégitime.</para>

<para>- Tu l'as touché ?</para>

<para>- Qui ?</para>

<para>- Ylraw, enfin le jeune dans le cimetière, tu lui a serré la
main, tu n'aurais pas un moyen de trouver des cellules de lui ?</para>

<para>- Non je ne l'ai pas touché. On peut tenter de retrouver des
cheveux par contre, même si depuis le temps, c'est pas gagné, il a dû
pleuvoir, et puis il doit y avoir un paquet de cheveux différents.</para>

<para>- Bah, les cimetières ce n'est pas tant fréquenté que ça.</para>

<para>- Il n'est pas mort depuis si longtemps...</para>

<para>- C'est vrai.</para>

<para>Carole reste silencieuse un moment, réfléchissant à
l'implication d'une réelle mort de Ylraw.</para>

<para>- Il nous faudrait vraiment avoir le coeur net. Il faudrait
retrouver cet Ylraw que tu as vu et alors, nous saurons si une
explication logique existe ou pas. Mais comment le retrouver ?</para>

<para>- C'est assez dur de retrouver quelqu'un juste avec sa photo,
sauf s'il a déjà un casier, sinon, c'est pratiquement
impossible. Peut-être interroger de nouveaux les parents d'Ylraw pour
savoir s'ils connaissent un cousin qui ressemble à Ylraw ou pas.</para>

<para>- Ce n'est pas sûr qu'ils répondent, parce que si Ylraw est
vraiment revenu, et qu'ils veulent le protéger, on ne pourra pas leur
faire confiance.</para>

<para>- Qu'est-ce qu'on peut faire, alors ?</para>

<para>- On pourrait passer quelques jours dans son village, en restant
discret, et en espérant le croiser. De toutes façon où peut-il aller ?</para>

<para>- Il peut aller n'importe où !</para>

<para>- Pas n'importe où s'il ne veut pas qu'on le reconnaisse.</para>

<para>- Dans ce cas il ne restera pas dans son village, tout le monde
doit le connaître, c'est trop risqué.</para>

<para>- C'est vrai... Mais s'il est vraiment parti on ne le retrouvera
jamais comme ça, il nous faut une piste ou un indice.</para>

<para>- Oui, mais je vois pas trop comment on pourrait en trouver, si
on ne peut pas interroger ses parents.</para>

<para>- On peut tenter de les interroger quand même on peut tenter de
voir leur réactions, cela pourrait nous donner des indices pour savoir
s'il est vraiment revenu ou pas. Je pense qu'on doit pouvoir trouver
des questions qui nous permettraient de les tester.</para>

<para>- C'est pas évident, et puis s'ils ne disent rien. En plus
peut-être qu'ils ne savent rien, et on pourrait mal interpréter ce
qu'ils disent.</para>

<para>- Oui mais bon, c'est déjà un moyen. Je ne vois pas trop ce
qu'on peut faire d'autre.</para>

<para>- C'est vrai... Il faudrait peut-être retrouver ses amis, s'il
est revenu il ira peut-être les voir ?</para>

<para>- Oui, c'est une bonne idée, ceux avec qui il est allé à l'île
de Ré, mais c'est un peu pareil, si jamais ils savent qu'ils est
revenu mais qu'il se cache, ils ne diront rien.</para>

<para>- Il faudra bien qu'il soit quelque part ! Il faudra bien qu'il
mange ! S'il se cache, c'est forcément chez quelqu'un.</para>

<para>- Pas forcément, ses parents peuvent très bien lui fournir de
l'argent pour qu'il reste caché dans un bled paumé au fin fond de la
France.</para>

<para>- Il faudrait suivre le courrier et les virements de sa famille.</para>

<para>- Oui, on peut faire ça ?</para>

<para>- Pas sans autorisation. C'est plus facile pour les coups de fils.</para>

<para>- Et les mails ?</para>

<para>- Non, c'est très dur, il peut avoir une adresse n'importe où.</para>

<para>- Vous n'avez pas accès aux archives des fournisseurs internet ?</para>

<para>- Si, c'est vrai...</para>

<para>- Il faudrait voir pour ses anciens comptes internet, s'ils ont
bougé depuis sa mort, et aussi pour les comptes de ses parents, ou de
son frère, de ses potes, chercher les mails qui partent ou arrivent de
personnes qu'il connait.</para>

<para>- On peut faire ça facilement ?</para>

<para>- Pas vraiment, il faut une autorisation pour que le
fournisseur d'accès donne accès aux données. On peut voir si parmi les
gens que je connais certains ont un accès direct, mais à force ça
risque de se voir.</para>

<para>- Mais qu'est-ce que tu risques ?</para>

<para>- Bah, pfff, ça dépend... Pas grand chose si Ylraw n'est
personne, s'il a des relations je pourrai me faire virer.</para>

<para>- Genre s'il a des potes de la même veine que Mathieu Tournalet.</para>

<para>- Ouais... Si ça se trouve ils étaient tous ensemble, Seth,
Mathieu, Ylraw...</para>

<para>- Et peut-être même Fabrice.</para>

<para>- Yep...</para>

<para>- Bon... En tous cas on peut déjà allez chez lui demain. Au pire
on interrogera les parents, et on pourra déjà voir ce qu'il en est.</para>

<para>- S'il est vraiment revenu ils vont se méfier en me voyant.</para>

<para>- Hum... Peut-être que je pourrai les voir toute seule, je
pourrai me faire passer pour une de ses copines. Une de ses anciennes
copines, après tout, les parents ne savent pas tout de sa vie... Je
pourrai faire croire que j'avais rencontré Ylraw sur l'île de Ré, et
que nous avions eu une aventure, que j'étais tombé follement amoureuse
de lui, puis qu'il avait disparu, et que je n'avais réussi à retrouver
sa trace que récemment, pour m'apercevoir qu'il était mort !</para>

<para>- Mouais, c'est pas mal, si ça se trouve les parents
compatiront et ils te mettront en relation avec lui.</para>

<para>- Ou au moins ils tenteront de lui faire savoir que je suis
passé. En fait ce qu'il faudrait c'est que nous les écoutions juste
après... Ça ne serait pas possible de les avoir sur écoute juste une
heure ou deux après mon passage ?</para>

<para>- Une heure ou dix jours c'est pareil, c'est la mise en place
qui n'est pas évidente. Une fois que quelqu'un a été sur écoute, c'est
assez simple de redemander.</para>

<para>- Peut-être comme sa mort a été très mystérieuse ils les ont
déjà écouté ?</para>

<para>- Je ne suis pas sûr que les parents avaient quelque chose à y
faire, il est mort en Australie, quand même.</para>

<para>- Ça ne coûte rien de demander. Tu peux peut-être juste passer
un coup de fil aux flics du coin. Pendant ce temps je peux faire
l'itinéraire pour demain.</para>

<para>Thomas se releva, sans grande conviction, il m'aimait pas
enfreindre les interdictions. Il savait que ce n'était même pas
répréhensible, juste demander à des collègues si une ligne avait été
sur écoute, il l'avait déjà fait, et ce n'était même pas interdit.
Et puis Ylraw était mort de manière étrange, après tout il était
policier, il ne faisait pas quelque chose contre la Police ou l'État,
il enquêter sur une histoire très étrange, pouvant expliquer la mort
d'un ressortissant Français à l'étranger, voire une conspiration à
grande échelle ou des personnes se faisaient passer pour
mortes... Fort de ces arguments, il retourna dans les toilettes et
appela le SRPJ de Versailles pour avoir le numéro de Gap.</para>

<para>Il retourna rapidement voir Carole après son coup de fil de plus
d'une demi-heure. Carole, le voyant pressé, eut les yeux qui
brillèrent.</para>

<para>- Alors ?</para>

<para>- Tu as les plans ?</para>

<para>- Non. Enfin il n'y a pas d'imprimante, alors j'ai juste marqué
sur mon bloc note les principales étapes, mais il n'y a pas trente-six
route de toute façon, regarde, c'est assez simple, il suffit de
prendre la N85 et de la suivre, elle part de Cannes et elle passe par
Gap, c'est direct.</para>

<para>- Il n'y a pas d'autoroute ?</para>

<para>- Non, enfin il y en a une si on va à Aix, mais regarde ça fait
quand même un gros détour. Et puis il n'y a qu'un peu plus de deux
cents kilomètres par la N85, il ne nous faudra qu'un peu plus de trois
heures je pense.</para>

<para>- On sort, j'ai pas mal de trucs à te dire.</para>

<para>Carole sentit que Thomas avait appris des choses par son coup de
fil, elle s'empressa de fermer sa session et de récupérer ses
affaires, puis ils sortirent et repartirent vers l'hôtel.</para>

<para>- Alors ?</para>

<para>- Les parents d'Ylraw étaient déjà sur écoute, ainsi que son
frère, ses deux grand-mères, et plusieurs membres de sa famille ainsi
que des amis dans les environs de Gap.</para>

<para>- Wouhaou !</para>

<para>- Tu l'as dit. Apparemment ils sont sur écoute depuis presqu'un
an.</para>

<para>- Ils sont toujours sur écoute ?</para>

<para>- Oui</para>

<para>- C'est dingue, toute la famille ?</para>

<para>- Oui, mais je n'ai pas eu tous les détails. La personne qui
s'occupe du cas n'était pas là. Ça va que je connaissais le gars qui
m'a répondu, c'est le même que celui avec qui j'étais en contact au
début de l'enquête. Demain on pourra passer sur place pour avoir plus
d'info.</para>

<para>- Mais il ne t'a rien dit d'autre ?</para>

<para>- J'ai tenté d'en savoir plus, mais le gars semblait dire qu'il
y avait quelque chose de bizarre. Ils ont eu un ordre de les mettre
tous sur écoute, un ordre de Paris, d'une personne importante, mais
ils n'en savent presque pas plus. Ils doivent simplement retransmettre
tout ce qu'il se passe. D'après le gars il ne se passe pas grand
chose, et ils n'ont jamais trouvé rien de très intéressant à leur
yeux, mais Paris a continué à insister pour avoir l'intégralité des
écoutes.</para>

<para>- On peut avoir accès à ces écoutes ?</para>

<para>- Oui, demain on pourra voir.</para>

<para>- Peut-être, comme ils ne savent pas ce qu'ils cherchent, ils
n'ont pas fait attention, mais peut-être que Ylraw, Seth, Mathieu
Tournalet ou d'autre personnes ont pris contact.</para>

<para>- Oui c'est possible, suite au décès d'Ylraw il y a eu
énormément de contacts, mais comme ils ne savaient pas distingué ce qui
avaient de l'importance des autres, ils se sont contenté de tout faire
parvenir à Paris.</para>

<para>- Quand tu dis Paris, c'est qui ?</para>

<para>- Le ministère de l'Intérieur.</para>

<para>- Et ils n'ont jamais su ce qu'ils devaient chercher ?</para>

<para>- Non.</para>

<para>- Ils les ont suivi ?</para>

<para>- Passé un temps ils avaient des observateurs autour de la
maison des parents d'Ylraw, et ils ont suivi son frère aussi, mais
désormais ils ne le font plus.</para>

<para>- Et ils avaient découvert des choses ?</para>

<para>- Il n'en savait rien. Le problème c'est qu'ils ne savaient pas
pourquoi ils devaient le faire, alors ils n'avaient pas trop d'idée
des contacts importants. Mais normalement on pourra regarder tout ça
demain.</para>

<para>Carole était toute excitée :</para>

<para>- C'est cool ! On va peut-être enfin découvrir des trucs, c'est
trop cool !</para>

<para>L'espace d'un instant, elle eut presqu'envie de prendre Thomas
dans ses bras, mais elle se retint. Ne serait-ce que d'envisager enfin
pouvoir progresser dans leur petite enquête la rendait
euphorique. Ils arrivèrent à l'hôtel, et décidèrent d'aller
directement au restaurant pour dîner.</para>

<para>Carole était enchantée à l'idée de partir à la recherche d'Ylraw
le lendemain, et Thomas était enchanté d'enchanter Carole. Tout cet
enchantement leur fit prendre un bon apéro et un somptueux repas
déraisonnablement arrosé.</para>

</chapter>
      <chapter>
<mark>Ylraw</mark>
      <title>Sas</title>

<para>J'ouvre les yeux de nouveau, réveillé par la faible
température. Je dois sortir d'ici, ou je vais mourir de
froid. Difficilement je parviens à m'agenouiller. Je reste plusieurs
minutes ainsi, puis je tente de me relever. Je n'y arrive pas, ma
jambe me fait défaut et je roule au sol.</para>

<para>J'attends encore plusieurs minutes, je suis encore très
engourdi. je bouge doucement mes pieds, puis mes jambes, pour tenter
de rechauffer mon corps. Je me roule sur le ventre et rampe jusqu'aux
abords d'une table entourrée de chaises. Je m'aide de l'une d'elle et
me retrouve finalement assis appuyé contre la table. Je prends un peu
plus le temps de regarder autour de moi. La faible lumière me laisse
entrevoir une grande salle circulaire, avec des ordinateurs au fonds,
ainsi que les tubes dont celui dont je suis sorti. Il y a peut-être
des gens dans les autres, mais je n'aurai pas la force d'aller
voir.</para>

<para>Dix minutes passent, peut-être plus. Je me dis que si d'autres
persones sont enfermées dans ces tubes, je ne peux pas les laisser
là. Je parviens à me mettre debout en me tenant à la table. Je bouge
mes jambes pour me réchauffer. Je secoue les épaules. Je fais quelques
pas, j'ai du mal mais je tiens debout. Je prends alors une chaise, que
je traîne jusqu'à un tube, puis je la soulève et donne un grand coup
contre le tube. La chaise rebondi et tombe. Je tombe aussi,
déséquilibré.</para>

<para>Le tube n'a pas bronché. Je me relève et donne de nouveau un
grand coup, toujours rien. Deux coups supplémentaires sans
aucun résultat m'incitent à laisser tomber.</para>

<para>J'ai toujours aussi froid. Je cherche dans ma mémoire qu'est-ce
qui a bien pu m'amener ici, mais je n'y découvre que du noir. Rien ne
me revient. Je sors finalement de cette pièce. Le couloir est noir et
froid, sans signe de vie. Je retourne dans la grande pièce, je
m'approche des ordinateurs. J'ai su faire marcher des choses pareilles
dans le passé, j'en ai le sentiment. Mais maintenant je suis démuni.</para>

<para>Je reste encore quelques minutes pensif, cherchant vainement une
trace du passé. Mon corps commence à s'habituer au froid, même s'il
reste encore douloureux. Je me demande combien de temps je suis resté
dans ce tube, peut-être des mois, des années, peut-être que le monde a
changer de face depuis mon enfermement, peut-être que je ne pourrais
jamais sortir et que je vais simplement mourir de faim...</para>

<para>Je fais un tour plus méticuleux de la pièce, mais rien ne me
donne d'indication. Aucune inscription, aucune trace qui puisse me
donner une piste. Mais la lumière est trop faible, je ne distingue que
très partiellement les détails. Il me semble voir des tâches noires
sur le sol, comme des tâches de sang. Je me baisse pour en sentir
l'odeur, mais rien ne m'indique si c'est bien du sang ou non.</para>

<para>Je sautille sur place pour me réchauffer un peu, et je me donne
du courage avant de sortir une nouvelle fois de la pièce. Je reste
quelques minutes dans le noir, espérant que mes yeux puissent y
distinguer quelques choses, mais malheureusement la faible luminosité
émanant de la grande pièce ne me permet pas de distinguer quoi que ce
soit.</para>

<para>J'ai un peu peur, j'avoue, dans le noir, sans savoir où je suis
ni ce que je peux trouver. Toutefois il n'y a aucun bruit, et voilà
sans doute plusieurs heures que je suis sorti du tube, et je commence
à avoir faim et soif. Les parois sont froide comme la glace, j'en ai
un frisson dans le dos rien qu'à les toucher. Il fait vraiment très
froid. J'avance doucement dans le couloir, et rentre dans la première
pièce que je trouve. J'en suis les parois, pour tenter d'y trouver
quelques indices, peut-être un interrupteur. Mais rien. La pièce est
plus petite que celle où je suis arrivée, et je ne fait que me cogner
à une table et des chaises métalliques.</para>

<para>Aucune fenêtres, pas la moindre source de lumière, je suis dans
le noir complet. Je sors et avance dans l'autre direction. Je trouve
une nouvelle pièce, mais le constat est identique, elle est quasiment
vide. Je commence à me dire que je suis dans des sortes de caves
abandonnées, à moins qu'un feu nucléaire ait ravagé la terre, et que
l'hiver lui succédant à glacer le monde, des particules de poussières
masquant depuis des mois ou des années la lumière du Soleil...</para>

<para>Ah quelle plaie de ne se rappeler de rien ! J'en viens même à
jurer tout haut, frustré de ne rien comprendre. Qu'est-ce qu'il s'est
passé, bon sang !</para>

<para>Je m'appuie contre une paroi un instant, me prenant la tête
entre les mains comme pour tenter d'en sortir quelque chose, mais je
ne me souviens de rien, pas plus de mon nom que de mon passé...</para>

<para>Quoi qu'il en soit il me faut sortir d'ici, je ne sais pas ce
qu'il peut y avoir dehors, mais si je dois mourir autant tenter de
comprendre un peu plus. Je quitte la pièce ou je suis, et avance
encore un peu, je trouve une nouvelle pièce, en fait le tour
rapidement jusqu'à me blesser au pied en tapant dans un objet
tranchant. Je retiens un cri de douleur et un juron.</para>

<para>Je me concentre quelques minutes pour surmonter la douleur, puis
j'étudie avec plus d'attention ma découverte. De prime abord je trouve
une sorte de tas de couverture. J'en récupère déjà deux que je me
passe sur le dos avant de cherche plus en avant. Je reste tremblotant
cinq bonnes minutes puis je continue mon dépilement à l'aveuglette. En
dessous les couvertures se trouve des habits, des chemises. J'en
enfile deux. Je trouve aussi des shorts, et finalement une paire de
jeans et quelques caleçons. J'enfile ce que je trouve le plus à ma
taille. Les jeans sont presque à ma taille. Je trouve aussi des
tee-shirts. J'évite de sélectionné un qui m'a l'air déchiré et couvert
d'un liquide séché, peut-être du sang, encore. Finalement je trouve de
quoi m'habiller de la tête au pied. Je complète le tout en dénichant
après deux trois essais pour écarter des sandales bien trop grandes une
paire de chaussures à ma taille.</para>

<para>Je prends quelques minutes pour me réchauffer sous mon nouvel
accoutrement, qui se compose d'un caleçon, une paire de jeans, des
chaussures, je n'ai pas trouvé de chaussettes, un tee-shirt immense,
trois chemises, et deux des couvertures initiales. Je trouve dans les
poches de mon jeans un portefeuille, un carnet, deux mouchoirs, des
clés et des pièces de monnaies. Avant de retourner dans la pièce
principale et tenter d'observer mes trouvailles sous la faible
luminosité, je repasse en revue l'ensemble de la pile, trouve un autre
petit carnet et quelques babioles. Finalement sous la pile je découvre
le responsable de ma blessure initiale, un tas d'épée et de long
couteau. Je prends une des épées et une dague et je retourne,
dorénavant un peu plus équipé, dans la pièce principale.</para>

<para>Je dépose mon butin sur la table. Les pièces de monnaie sont des
dollars australien. Serai-je en Australie ? Cette première supposition
est confirmée par les diverses adresses inscrites sur le carnet que je
trouve dans la poche arrière des jeans. Le portefeuille quant à lui ne
contient aucun papier d'identité, je ne saurai donc pas si ces
affaires m'ont appartenu ou non. J'y trouve quelques cartes de
visites. La plupart des adresses se trouvent à Melbourne, laissant
supposer que c'est la ville ou je me trouve. Cette ville est en
Australie. Je sais où se trouve l'Australie, mais je ne sais pas où se
trouve mon pays. Mais je sais que ce n'est pas l'Australie.</para>

<para>Les deux autres petits bouts de papiers griffonnés ne
m'apprennent rien de plus, simplement deux numéros de téléphone. Je
sais ce qu'est un téléphone. Je sais que petit j'ai démonté des
téléphones. Mon père travaillait dans un endroit rempli de
téléphones...</para>

<para>J'ai toujours froid malgré les cinq ou six couches de vêtements,
et désormais armé j'ai beaucoup moins de ressentiments à me lancer à
l'aventure. Ne pouvant rien déduire d'autre de mon carnet, je rempoche
tous mes indices et ressort, la dague dans une main et l'épée dans
l'autre. Ne sachant si partir à gauche ou à droite, je me décide pour
la droite, c'est dans cette direction que j'avais trouvé les habits,
c'est peut-être par là que se trouve la sortie, dans l'espoir qu'il y
en ait encore bien une.</para>

<para>J'avance lentement, l'épée pointée en avant, la dague frôlant la
paroi. Le noir est complet, le froid toujours aussi présent. Je tente
de m'énumérer ce que je sais, et ce que je ne sais pas. Je ne connais
pas mon nom, mon âge... je ne sais même pas vraiment à quoi je
ressemble. J'ai l'image d'une femme, ma mère, peut-être, ou ma
femme. Elle est très belle. Je perçois une colère en moi, une tension,
une envie de vengeance, mais je ne sais pas de quoi ou de qui.</para>

<para>Je marche longtemps, très longtemps, beaucoup plus longtemps que
mes maigres souvenirs ne peuvent m'occuper. Je dois gravir plusieurs
escaliers, traverser de nombreuses portes. Je n'ai pas la notion du
temps qui passe, mais je dois marcher peut-être deux heures, ou le
double. Je suis bloqué une première fois par une lourde porte. Mais
avec de l'obstination je parviens à l'ouvrir. Une deuxième puis une
troisième m'arrêtent encore sans doute une vingtaine de minutes
chacune.</para>

<para>Jusqu'à ce que j'arrive à celle-ci. La porte précédente avait
tout l'air d'un sas, une lourde porte ronde avec un volant rouillé
pour l'ouvrir. Les deux qui avaient précédées étaient elle très
lourdes, rouillées et difficiles à ouvrir, mais celle-ci n'a aucune
prise. La faim et la soif commence à me tirailler avec insistance, et
je ne me fais pas à l'idée de devoir faire demi-tour.</para>

<para>J'ai mal à la tête. Le froid sans doute me donne la migraine. Je
m'assois contre la paroi un instant, après avoir tapé sans doute plus
d'une demi-heure contre cette satanée ouverture. C'est plus un sas
qu'une porte. Une porte blindée peut-être, condamnant l'accès à ces
couloirs. J'y casserai même la lame de ma dague, en tentant d'en
forcer l'ouverture par effet de levier dans le mince
interstice.</para>

<para>Mais rien, pas moyen d'ouvrir. Finalement résigné je reviens sur
mes pas en cherchant d'autres issues. Il me faut repasser les trois
portes, et marcher plus d'une demi-heure, avant de trouver la première
pièce. Mais elle est vide. J'inspecte par la suite quelques salles,
puis, sans le moindre signe d'autre ouverture, repars plus rapidement
de l'avant. Je repère plusieurs intersections qui m'avaient échappées
précédemment, mais de peur de me perdre complètement, je tente dans un
premier temps de revenir vers mon lieu d'arrivée. Il me faudra une
bonne heure sans doute, et je commence à fatiguer quand la faible
lumière s'échappant de la pièce circulaire me fait pousser un soupir
de soulagement..</para>

<para>Soulagement tout relatif car ceci n'est pas pour autant une
garantie de sortie. J'en profite pour remplacer ma dague cassée contre
une nouvelle. Il me faudra ensuite sans doute plus de deux heures
avant d'être de nouveau bloqué, non pas devant une porte, mais cette
fois-ci devant un mur en béton. Je suis enfermé ! Je me laisse glissé
le long de la paroi, découragé.</para>

<para>Je m'assoupis un instant, mais le froid me réveille, et je me
dis qu'attendre est la pire des choses, car je dois faire le tout pour
le tout tant qu'il me reste de l'énergie. Je tente alors de défoncer
le mur, mais rien n'y fait, c'est du solide. Il me faut sans doute
retourner de l'autre côté, qui doit être la seul issue de cet
endroit. Je ne perds pas plus de temps et me remets en route, au
passage je récupère les deux épées et la dague restantes, dans l'espoir
de pouvoir les utiliser pour ouvrir le sas.</para>

<para>Je commence à fatiguer, j'ai à la fois chaud et froid avec tous
mes habits, pour peu que je bouge ou que je m'arrête. Je dois faire
une pause à un moment, ma blessure au pied me fait souffrir à la
longue. Je finis par arriver de nouveau en face du sas, c'est d'autant
plus frustrant que dans le noir complet je ne peux même pas me rendre
compte de l'allure qu'il a, ni même d'éventuelles indications sur la
manière la plus adéquate pour l'ouvrir. Je passe de nouveau un long
moment à tâter méticuleusement le mur.</para>

<para>Je tape avec le manche d'une épée, mais je n'entends qu'un bruit
sourd, la paroi doit être très épaisse. Je commence à me dire que je
vais mourir enfermé ici. Mon mal de tête s'amplifie, tout comme ma
fatigue. Rester constamment dans le noir me mine. Je m'endors dans un
coin recroquevillé sous mes deux ponchos. J'arrive pendant quelques
temps à retrouver une température un peu plus clémente. Je ne saurai
dire combien de temps je dors, peut-être plusieurs heures. Je me
réveille dans le même noir et le même silence.</para>

<para>Pendant des heures, je tape sur ce sas, espérant peut-être
l'avoir à la longue. J'y casse une autre épée ainsi qu'une dague. Mon
mal de tête est revenu. Je dois sortir. Je ne veux pas mourir dans le
noir et le froid, non, je ne veux pas ça.</para>

<para>Je frappe avec mes poings, mes pieds, je me lance, je pousse,
mais tout ne fait que m'épuiser toujours un peu plus. Du temps passe,
des heures, j'équilibre mon temps entre des acharnements sur ce sas et
de courtes périodes de sommeil dans un coin. Mon mal de tête ne fait
que s'amplifier, et j'ai désormais une douleur persistante à la main
droite, sans doute me suis-je fait une fracture en frappant contre le
métal.</para>

<para>Je crie, je crie ma rage, frappant encore ce satané sas. Je n'ai
pas envie de mourir ici, Sas ! Tu m'entends ! Je n'ai pas envie de
mourir ici !</para>

<para>Des heures passent. Je dors encore, je n'ai même plus le courage
de retourner en arrière. Rien ne change, il fait toujours aussi froid,
et toujours aussi noir. Voilà sans doute plus d'une journée que je
suis en face de ce satanée sas, et peut-être deux jours que je me suis
réveillé dans ce tube. Je meurs de faim et de soif, mon ventre me
tiraille et ma gorge est douloureusement sèche. Je ne sais plus
désormais si ma migraine s'amplifie encore ou si elle a dorénavant
dépassé tous mes seuils maximum de douleur.</para>

<para>Je ne perds pas courage pour autant, je continue à m'acharner
sur ce maudit sas. Sans crainte de l'obscurité, je prends désormais
mon élan sur plusieurs mètres pour m'élancer contre lui. Si seulement
j'avais un bâton ou de quoi frapper.</para>

<para>Je sombre petit à petit dans une somnolence dangereuse. Je perds
la notion du temps, ne sachant plus les heures ou les jours qui
passent. Une seule chose obnubile mon esprit, sortir, écraser,
fracasser, détruire ce fichu sas pour quitter cet endroit. Je me moque
de ce que je trouverai derrière, tout ce qui m'importe, tout ce qui
occupe mon esprit, c'est la volonté de voir ce sas éventré.</para>

<para>Mes vêtements ne me protègent plus suffisamment du froid, et je
tremble et grelotte en permanence. La seule chose qui me fait tenir,
c'est de frapper contre cette porte en métal.</para>

<para>Voilà sans doute plusieurs jours que je suis là, trois, quatre
peut-être. Je ne maîtrise plus mon corps, il me brûle, ma tête est
comme dans un étau, mes poings ne sont que deux boules de nerfs à vif
à taper contre l'acier. Je suis mort de fatigue, de faim et par dessus
tout de soif, mais mon corps trouve encore la force de se lancer
contre le sas. Encore et encore. J'ai même le sentiment étrange que
mon énergie augmente avec les heures qui passent. Que je frappe de
plus en plus fort à mesure que mon esprit s'éteint.</para>

<para>Peut-être encore un jour s'écoule, je n'en peux plus, je ne dors
plus, je ne me rends pas vraiment compte de ce qui se passe, je
commence à voir, sans doute des hallucinations. Je vois ce satané sas,
je le vois devant moi comme un ennemi. Je vois mes mains en sang, je
vois les parois qui m'étouffent. Je ne sais plus vraiment ce que je
fais, et je ne prends conscience que de temps en temps, après un choc
violent contre le sas, ou quand je m'entends crier. Ma voix résonne
dans les ténèbres, une voix forte et grave, une voix comme si j'étais
déjà mort.</para>

<para>Je n'ai plus la notion du temps et je ne sais plus du tout
combien d'heures ou de jours s'écoulent. Je me rappelle voir le sas de
la porte précédente. Je me rappelle m'acharner dessus, le tirer, le
frapper. Je me rappelle parvenir à le démonter, ou l'arracher. Je me
rappelle le traîner au sol jusqu'à l'autre sas, le soulever et
l'envoyer contre celui-ci. Je me rappelle le prendre et l'envoyer
comme une vulgaire feuille. Je me rappelle prendre le sas par le
volant métallique et le projeter encore et encore, toujours plus
fort. Je me rappelle prendre mon élan et le propulser jusqu'à voir le
sas se plier. Je me rappelle de l'eau, de l'eau couler par le sas. Je
me rappelle voir la porte en métal qui me servait de projectile pliée,
vrillée. Je me rappelle l'eau couler de plus en plus, jaillir. Je me
rappelle parvenir à agripper le bord du sas et terminer de
l'ouvrir. Je me rappelle me glisser sous la pression et me tirer
d'autre côté. Je me rappelle le poids de l'eau, le manque d'air, mes
yeux qui brûle, mon corps qui brûle. Je me rappelle cette lumière
bleutée, puis je me rappelle me propulser vers la surface, nager et
nager encore.</para>

</chapter>

<chapter>
<mark>Deborah</mark>
<title>Billy</title>

<para>Billy s'était mis sur son trente-et-un, il emmena Deborah dans
le restaurant le plus cher de Bryan, ou presque, le mois d'août le
restaurant considéré comme le meilleur de Bryan fermait ses
portes. Presque le plus cher de Bryan mais restant néanmoins
abordable, les soixante cinq mille habitants de la ville texane ne
justifiant pas de la haute voltige culinaire. Elle regretta presque de
s'être habillée en jeans, puis se dit que c'était eux les clients et
que s'ils n'étaient pas contents, ils trouveraient bien un restaurant
plus enclin à accepter leurs dollars. Elle le regretta aussi un peu
aussi face à Billy, avec tous les efforts qu'il avait fait. Mais après
tout elle n'avait rien demandé à personne, et elle était grande et
libre de s'habiller comme bon lui semblait.</para>

<para>Elle était encore toute énervée en arrivant au restaurant, ils
n'avaient presque pas parlé dans la voiture. Billy, enjoué, avait
commencé à lui parler avec engouement de tout et de rien, mais elle
l'avait froidement remballé ; elle avait prétexté être fatiguée et
éprouvée de sa journée, mais ce n'était que partiellement vrai. Et
puis Billy s'était tu, et elle avait presque eu de la peine d'avoir
été si méchante. Elle s'était finalement convaincu que la journée
n'avait pas été si catastrophique, qu'elle n'était pas si fatiguée,
que Billy n'était pas si ennuyeux, et que de prendre le temps de
profiter d'un bon dîner n'était, après tout, pas une si mauvaise
idée.</para>

<para>Deborah se laissa emporter par la ferveur des serveurs tout à
eux, étant donné le faible nombre de clients, et elle en devint
souriante devant leur ballet. Billy était fier de la montrer, il était
fier que les serveurs la regarde avec envie et s'imaginer qu'ils
devaient être jaloux. On leur donna la table la plus au centre de la
pièce, comme s'ils allaient devenir le coeur même de la vie du
restaurant.</para>

<para>L'enchaînement fut parfait, les plats se succédaient avec vitesse
ou lenteur suivant leur consistance et leur goût, la saveur du vin,
qu'elle n'appréciait pas outre mesure d'habitude, lui sauta tout d'un
coup au visage, relevant les plats, devenant l'exhausteur
transfigurant la viande en un feu d'artifice pour les papilles. Billy
lui-même en devenait plus intéressant, plus vif, plus beau,
presque. Un peu de musique rehaussait encore l'ambiance envoûtante de
l'ensemble, Billy était aux anges, il voyait Deborah, sa Deborah,
sourire, il la voyait heureuse, il la voyait rire à son humour, il la
croyait amoureuse, à lui, il la croyait prête, tellement prête qu'il
n'attendit même pas le dessert. Il se leva, fit un discret signe au
serveur pour la musique, d'entraînante elle devint sensuelle, il
s'avança vers Deborah, se mit à genoux, lui prit la main, et la
demanda en mariage.</para>

<para>Deborah, qui riait sur son petit nuage, perdit le sourire,
comprit le but de la soirée et de la mise en scène, regretta d'avoir
bu, regretta d'être venue, et se concentra le plus qu'elle put pour
reprendre ses esprits et surtout ne pas dire de bêtise.</para>

<para>Elle pria Billy de se relever, de se rasseoir en face
d'elle. Elle se rapprocha de la table pour parler tout bas :</para>

<para>- J'ai passé une très bonne soirée, Billy, c'était très bien,
mais il ne vaut peut-être mieux pas trop s'emballer, non ?</para>

<para>Billy avait perdu le sourire, son ventre s'était noué, et malgré
ses un mètre quatre-vingt dix il se sentait petit et ridicule. Il
espérait de tout son coeur qu'aucun des serveurs n'avaient entendu. Il
prit la main de Deborah :</para>

<para>- Mais... Je... Tu... Tu ne veux pas qu'on se marie ?</para>

<para>- Tu sais très bien que si, mais c'est peut-être un peu tôt, je
t'avais dit qu'on pouvait attendre un peu.</para>

<para>Billy respira un grand coup et reprit confiance en lui :</para>

<para>- Tu m'avais dit qu'on pouvais attendre que tu ais 24 ans, que
ce soit à peu près stabilisé avec l'exploitation de ton père. Tu as 24
ans dans six mois, et un mariage se prépare quand même en avance, et
tout fonctionne bien maintenant pour ton père et toi. De plus Ted
commence à en avoir un peu marre, et ne serait pas contre te laisser
la place pour tout ce qui est gestion, tu te débrouilles bien mieux que
lui, d'ailleurs tu gères déjà une partie.</para>

<para>Deborah resta silencieuse... 24 ans... Elle aurait 24 ans dans
six mois. Elle n'avait pas vraiment encore réalisé. Pour elle cela
restait le futur, cela restait quand elle serait grande, quand elle
aurait assouvi tous ses rêves de jeune fille. Mais oui, Billy avait
raison, c'est bien la limite qu'elle s'était fixée. Mais était-elle
prête ? Était-elle prête pour cette vie ? Pour cette vie qu'elle avait
toujours prévue, mais la considérant presque comme un éternel futur,
qui n'arriverait que quand elle serait fatiguée d'être jeune, que
quand elle serait préparée. Mais elle n'était pas prête, pas du tout, et
elle n'avait pas envie de se marier dans six mois, de rejoindre sa vie
rangée, de devenir la respectable Deborah Kimbell, à la tête de la
plus grosse exploitation du coin.</para>

<para>Elle sentit la pression de la main de Billy sur la sienne. Elle
lui sourit et trouva une excuse :</para>

<para>- Excuse-moi Billy... J'ai passé une bonne soirée, et ne crois
pas que je revienne sur ce que je t'ai dit. C'est juste que j'ai pas
mal bu, et en plus je suis quand même fatiguée de ma journée... On
reparlera de tout ça à tête reposé demain matin, d'accord ? On termine
le repas tranquillement, on prend un dessert ?</para>

<para>Billy retrouva le sourire et appela un serveur. Deborah oublia
un temps ses préoccupations, mais elles revinrent de plus belle quand
elle monta dans la voiture. Elle avait envie de réfléchir à tout ça
elle n'avait pas envie de rentrer avec Billy, d'ailleurs elle n'aimait
pas se retrouver chez Ted, elle trouvait la maison sinistre. Elle ne
dit rien pendant le retour, se demandant comment Billy allait réagir
si elle lui demandait de la laisser chez elle. Elle chercha une excuse
mais n'en trouva pas. Elle avait peur que Billy s'énervât si elle ne
passait pas la nuit avec lui. Mais elle ne se sentait non plus pas la
force de dormir avec lui.</para>

<para>- Écoute, Billy, est-ce que tu peux me laisser chez moi,
je... Je ne me sens pas très bien, le vin... J'ai vraiment trop
mangé, je crois que j'ai un début de crise de foie.</para>

<para>- Mais, viens plutôt à la maison, nous avons tout ce qu'il faut,
je prendrai soin de toi, et puis ça fait plus de deux semaines que
nous n'avons pas dormi ensemble.</para>

<para>- Non vraiment, je suis pas bien, je préfère rentrer à la
maison. Et puis tu sais comment je suis quand je suis malade, je suis
vraiment très désagréable, je préfère passez une bonne nuit chez moi,
et je reviens te voir demain matin, d'accord ?</para>

<para>Billy accepta à contre-coeur, mais il ne voulait pas la
contrarier, il n'avait pas encore eu sa réponse, et il était prêt à
sacrifier cette nuit contre le gage d'avoir une bonne partie de celles
du reste de la vie de Deborah. Il la laissa donc à l'entrée du ranch,
Deborah insista pour qu'il ne la raccompagnât pas jusqu'à la maison,
il accepta.</para>

      </chapter>


<chapter>
<mark>Deborah</mark>
<title>Nuit</title>

<para>Deborah regarda le 4x4 de Billy s'éloigner dans le
noir, puis le calme de la nuit reprit le dessus avec les bruits
familiers. La nuit était claire, la lune était presque pleine en cette
nuit du 10 août 2003. Il était tout juste une heure du matin passée,
Deborah resta debout un moment, contemplant toutes ses terres qui
étaient siennes... Et après ?</para>

<para>Et après, qu'est-ce que cela voulait bien dire, posséder ces
terres ? Est-ce que c'est ça qu'elle voulait ? Augmenter sa propriété,
avoir toujours plus à gérer, devenir plus importante, plus puissante
? Est-ce qu'elle était prête à sacrifier sa vie personnelle pour ça,
est-ce qu'elle était prête à se donner à Billy pour ça ?</para>

<para>Elle n'était pas prête pour Billy, elle l'avait toujours cru,
parce qu'elle se l'imaginait seulement au futur, mais désormais
qu'elle se rendait compte que ce futur était demain, elle ne le
voulait pas, elle aurait voulu le repousser toujours. Pourtant son ambition
était toujours là, pourtant elle rêvait encore de diriger les deux
exploitations réunies, et elle savait que beaucoup dans la région ne
la croyait pas capable, beaucoup croyait que c'était encore son père
qui tirait les ficelles, alors que cela faisait longtemps qu'il lui
laissait tout faire. Elle était pressée de leur montrer qu'elle en
avait les capacités, elle était pressée de leur prouver qu'elle les
dépassait tous, qu'elle méritait leur respect et leur admiration.</para>

<para>Mais en dehors de cet orgueil basique, le désirait-elle vraiment
?</para>

<para>Elle ne savait pas. Elle s'assit sur un parpaing qui traînait
là, sur lequel elle pestait chaque fois qu'elle passait, se disant que
son père lui avait promis de le retirer mais ne l'avait toujours pas
fait. Elle convint finalement qu'il avait sa place, et qu'elle ne
dirait plus rien à son père.</para>

<para>De quoi avait-elle envie, réellement ? De rester là, de mener
cette vie bien établie ? De continuer à gérer son petit monde, de
continuer sa petite vie partagée entre son père, Billy, et les autres
?</para>

<para>Elle pouvait plus que ça, elle pouvait faire beaucoup plus, elle
en était persuadée, mais quoi ? Elle se rendait compte qu'elle avait
peur. Elle se rendait compte que si elle n'avait jamais vraiment
envisagé la vie avec Billy, le mariage, c'est qu'elle savait que
ce serait le moment pour elle de partir. Mais maintenant que le moment
était proche, maintenant qu'il lui faudrait vraiment passer à
l'action, elle avait peur. Elle avait peur de quitter son père, de
quitter son petit univers, elle avait peur de devoir apprendre à voler
de ses propres ailes, de quitter cet endroit.</para>

<para>Pourtant, en novembre dernier, quand Ylraw était venu, elle
l'aurait suivi au Mexique, elle l'aurait suivi en Australie, elle
aurait tant aimé le suivre. Elle l'aurait fait sans aucune hésitation,
sans même réfléchir. Elle ne comptait d'ailleurs pas vraiment rester,
elle pensait alors qu'au bout de quelques jours il aurait besoin
d'elle, et qu'elle le rejoindrait.</para>

<para>Mais désormais il était mort, depuis plus de six mois. Peut-être
qu'elle aurait pu l'aider, peut-être qu'elle aurait pu être heureuse
avec lui...</para>

<para>Ce n'était pourtant pas du tout son genre d'homme, du moins le
croyait-elle au premier abord, pourtant elle s'était attachée, en
quelques jours seulement. Elle n'avait jamais vraiment été amoureuse,
et avec Ylraw elle avait senti frétiller ce sentiment, elle s'était
dit qu'elle aurait pu tomber amoureuse de lui, elle l'avait sans doute
été un petit peu.</para>

<para>Mais il était mort, elle était seule, et toute l'action et les
aventures auxquelles elle avait rêvées quand il était venu n'étaient plus
qu'illusions.</para>

<para>Pourtant c'était bien de cela dont elle rêvait par moment, de
parcourir le monde, de courir à la recherche de buts inconnus, de
rencontrer des hommes dans tous ces ports, de devenir une baroudeuse
qui n'a peur de rien.</para>

<para>Mais elle avait peur.</para>

<para>Elle allait avoir 24 ans, et la vie à laquelle elle s'était
toujours persuadée mais jamais vraiment préparée était à deux
pas. Qu'allait-elle faire ? Que voulait-elle faire ? Elle aurait voulu
connaître un peu plus avant cette vie là.</para>

<para>Elle se leva et se dirigea lentement vers la maison. Elle ne
voulait pas répondre à Billy le lendemain. Mais elle ne voulait pas
non plus rester ainsi toute sa vie. En un sens elle ne s'imaginait pas
vieille sans enfants et petits-enfants. C'est peut-être
l'intermédiaire qui lui faisait peur, elle aurait voulu rester jeune
et effrontée toute sa vie, puis un jour devenir vieille et raisonnable
et raconter ses aventures à tous ses petits-enfants. Pourtant elle
avait besoin de quelqu'un, pas forcément tout le temps, mais parfois
elle se réconfortait dans les bras de Billy, quand elle était
fatiguée, quand elle avait trop bataillé, quand son honneur et son
orgueil l'avait menée un peu trop loin.</para>

<para>Elle aurait voulu que rien ne changeât, mais pourtant les choses
allaient changer. Elle savait aussi que si elle n'allait pas de
l'avant, elle perdrait le contrôle, et les choses changeraient pour
elle. Mais que faire ? Partir ? Partir où ? Elle ne pouvait pas
laisser son père.</para>

<para>Elle rentra et se dit que la nuit lui porterait conseil, elle
était exténuée. Elle monta doucement dans sa chambre, mais elle savait
que son père avait le sommeil léger et l'oreille fine, il lui
rappellerait sans doute le lendemain l'heure précise à laquelle elle
était rentrée.</para>

<para>Elle se coucha en regardant la carte qu'elle avait reçue, pour
penser un peu à autre chose, elle n'avait même pas vraiment fait
attention à la photo. Un galet, une petite pierre poli par la mer,
posée sur d'autres galets. Drôle d'idée pour une carte postale. Elle
relu une dernière fois le mot, ne le comprenant toujours pas, puis
s'endormit en se souvenant de Ylraw.</para>

</chapter>


<chapter>
<mark>Deborah</mark>
<title>Message</title>

<para>Elle rêva de lui, elle rêva de la folle poursuite qu'ils avaient
fait huit mois plus tôt, elle rêva qu'elle le retrouvait, elle rêva
qu'elle partait avec lui, qu'elle voulait lui faire l'amour, mais que
toujours ils devaient courir, fuir, sans jamais trouver de moment de
tranquillité.</para>

<para>Le galet !</para>

<para>Elle se réveilla en sursaut, alluma la lumière et reprit la
carte. Oui, le galet ! C'est le signe d'Ylraw, bien sûr ! Sa pierre, la
pierre qu'il avait toujours avec lui ! Le message, il était incohérent,
pourquoi, y avait-il un message caché ? 'When we return' Naoma
n'aurait pas fait une faute de temps aussi grossière. De même pour 'he
really needs'. Mais y-avait-il vraiment un message ? N'était-ce pas
son esprit qui cherchait un échappatoire ? Un moyen de repousser ce
choix qu'elle ne voulait pas faire.</para>

<para>Bah ! Qu'importait ! Elle n'avait plus sommeil. Elle chercha,
tenta de trouver des mots sur une ligne en diagonale, ou en prenant le
texte à l'envers, mais rien.</para>

<para>Elle chercha plus d'une heure puis ses yeux piquèrent et elle
s'endormit de nouveau.</para>

<para>Elle rêva encore d'Ylraw, et le matin à peine les yeux ouvert
elle reprit la carte et de quoi écrire. Elle copia le texte sur une
feuille et barra les mots qui n'avaient rien à faire là. Puis elle
trouva, et un large sourire illumina son visage, elle pleura
même. Elle était heureuse, tellement heureuse !</para>

<para>Le truc était tout bête, finalement, il suffisait de retirer
trois mots sur quatre :</para>

<para>"He is alive. He must return to France. I need your help."</para>

<para>Elle dansait presque au milieu de sa chambre quand elle se
demanda ce que tout cela voulait bien signifier. Est-ce qu'elle
rêvait ? Ylraw était mort, elle était allé à son enterrement, en
France, elle avait vu son corps mort. Est-ce que Naoma parlait de
quelqu'un d'autre ? C'était impossible, le galet sur la carte, le
retour en France. "Il est vivant", elle ne pouvait que parler de
lui. Pourquoi lui écrire à elle ? Elles ne s'étaient pas vraiment
trouvé d'affinité quand elles avaient passé du temps ensemble en
France.</para>

<para>Deborah se rassit sur son lit et réfléchit. Elle pourrait
simplement passer un coup de fil à Naoma et vérifier, mais si cette
dernière avait prit toutes ses précautions pour lui écrire, il y avait
sans doute des raisons. Mais comment faire ? Lui répondre aussi par
une carte ? Il faudrait des jours, et elle n'aurait jamais la patience
d'attendre. Mais que faire ? Se rendre à Melbourne ? Les billets
étaient chers, certes elle avait suffisamment d'économies pour ce
voyage, mais ce n'était sans doute pas le plus intelligent. Que
ferait-elle une fois sur place. Si Naoma lui avait écrit, c'était sans
doute qu'elle même ne pouvait rien faire.</para>

<para>Deborah se redressa et regarda par la fenêtre. Cette histoire
était dingue, Ylraw était mort, Naoma devait avoir perdu la tête,
simplement. Comment était-ce possible autrement ? Pourrait-il avoir
survécu ? Se pourrait-il que ces tubes dans lesquels ils avaient été
enfermés eussent permis de les cloner ? Était-ce un piège ? C'était
peu probable que ce fût un piège, même après le départ d'Ylraw en
Novembre elle n'avait pas été inquiétée, ce serait bien étonnant que
cette mystérieuse organisation s'intéressât à elle désormais.</para>

<para>Ce n'était peut-être vraiment qu'un délire de Naoma, après tout
c'était bien l'hypothèse qui restait la plus logique. Deborah resta un
instant les yeux dans le vide, elle repensa à Billy, elle se rappela
de la soirée, de la demande en mariage. Elle se dit qu'elle devrait
peut-être bien partir en Australie, après tout. Elle sourit en se
rendant compte que de penser à Billy et à la promesse qu'elle lui
avait faîte de reparler du mariage ce matin, tout d'un coup l'idée
d'un voyage en Australie ne semblait plus déraisonnable du tout. Elle
avait peut-être bien besoin de prendre des vacances, après
tout...</para>

<para>Elle prit sa douche en réfléchissant à un moyen de contacter
Naoma. Il n'y avait de toute façon pas trente-six solutions, courrier
électronique, lettre, téléphone ou aller directement la voir. Si Naoma
avait pris toutes ces précautions pour la joindre, elle devait
suspecter quelque chose. Aucun des moyens ne satisfaisaient
Deborah. Elle finit par descendre prendre son déjeuner et son père fut
surpris de la voir debout avant lui. Il lui demanda si tout aller
bien, si la soirée s'était bien passée avec Billy. Deborah savait
qu'il sous-entendait qu'elle était rentrée dormir ici alors que
d'habitude elle ne revenait que le lendemain matin.</para>

<para>Elle aimait sont père mais le détestait suffisamment pour ne
jamais rien lui raconter de sa vie, ou presque. Pourtant aujourd'hui
elle était perdue, à plus d'un titre. Elle était perdue face à Billy
et sa proposition, elle était perdue face à la carte de Naoma et
l'éventualité de la survie d'Ylraw, elle était aussi perdue car elle
se rendait compte que la vie qu'elle s'imaginait n'était pas forcément
celle qu'elle voulait.</para>

<para>- Billy m'a demandé en mariage.</para>

<para>Son père, qui ne s'attendait pas à une réponse, resta silencieux
un instant. Il s'assit finalement en face d'elle, le ventre noué.</para>

<para>- Que lui as-tu répondu ?</para>

<para>- Que j'avais bu et qu'il fallait mieux attendre ce matin que
j'ai les idées claires.</para>

<para>- Et qu'est-ce que tu en penses, ce matin ?</para>

<para>- Que je n'ai pas plus les idées claires, bien au
contraire.</para>

<para>Son père se tut un instant. Il se leva pour se servir un grand
verre de jus d'orange :</para>

<para>- Tu sais Billy est un brave gars, peut-être un peu bornée et
pas très malin, mais c'est un brave gars.</para>

<para>Deborah pensait à Ylraw.</para>

<para>- Je sais.</para>

<para>- Ta mère était une femme de caractère, je l'aimais
vraiment. Mais avec le recul je me dis que ce n'était pas la femme
qu'il me fallait... Je... Si j'avais voulu la garder il aurait fallu
qu'elle soit plus, enfin, qu'elle soit un peu comme Billy.</para>

<para>Deborah fut surprise. C'était la première fois que son père
parlait de sa mère. Le sujet avait toujours été tabou, et si Deborah
suspectait les raisons de leur séparation, elle n'avait jamais
vraiment entendu son père en parler.</para>

<para>- Tu aimais encore maman quand elle t'as quitté ?</para>

<para>Son père resta immobile un instant avant de répondre :</para>

<para>- Je l'aime toujours.</para>

<para>Subitement Deborah comprit son père, elle comprit ses rancoeurs,
elle comprit pourquoi il ne parlait pas de son ancienne femme, elle
comprit pourquoi il ne s'était jamais remarié, pourquoi il
travaillait autant, pourquoi il trouvait important qu'elle se mariât
avec Billy... Elle avait son caractère et il le savait, et il ne
voulait pas qu'elle souffre toute sa vie comme il a souffert lui. Elle
se leva et alla se blottir dans les bras de son père. Il fut surpris.</para>

<para>- Je t'aime papa.</para>

<para>Son père ne dit rien et retint ses larmes, Deborah aussi. Ils ne
parlèrent pas d'un moment, puis, sans doute effrayés de ce moment de
tendresse contrastant avec leurs engueulades habituelles, ils parlèrent
boulot.</para>

</chapter>

<chapter>
<mark>Ylraw</mark>
 <title>Australie</title>

<para>Je reprends conscience quand ma tête sort de l'eau et qu'une
immense inspiration rempli mes poumons d'air frais. Je suis au milieu
d'une sorte de port. Je me dirige tant bien que mal vers l'endroit que
je juge le plus adéquat pour me tirer hors de l'eau. Une sorte
d'échelle métallique me permet de me glisser sur la terre ferme, je
m'allonge, épuisé, et m'endors, ou m'évanouit, aussitôt.</para>

<para>Je me fais réveiller par un passant qui venait prendre l'air
frais du matin. Il me réveille et me demande si ça va. Il ne parle pas
ma langue mais je comprends ce qu'il me dit. Je connais cette langue,
je lui réponds que j'ai soif et faim. J'ai toujours une migraine
terrible. Il s'éloigne en me disant de rester là. Je fais de gros
efforts pour me mettre à genoux. Mes habits sont encore trempés. J'ai
toujours une migraine terrible. Je m'assoupis vaguement et je suis de
nouveau réveillé par ce même passant qui me temps une bouteille d'eau
et un sandwich. Je le remercie vivement. Je bois sans attendre. Lui me
fait la morale, qu'il ne faut pas boire d'alcool à ce point, que si je
ne vais pas bien il y a des centres d'accueils, que tout n'est pas
perdu, que je devrais reprendre mon courage à deux mains et tenter de
remonter la pente. J'hésite à lui raconter mon histoire, puis je me
ravise en estimant qu'il ne comprendrait pas et me prendrait pour
fou.</para>

<para>Il me laisse, une fois la bouteille bue et le sandwich avalé, et
que je sens un soupçon d'énergie revenir en moi, je m'assois sur un
banc et retire mes vêtements pour les essorer et tenter de les faire
un peu sécher au vent. Il fait frais mais rien de comparable à la
température qu'il y avait dans les couloirs. Je grelotte. Mon mal de
tête ne passe pas, j'ai toujours autant soif, et le sandwich m'a
ouvert l'appétit tout en me causant un désagréable mal au ventre, sans
doute parce que je n'ai rien mangé depuis plusieurs jours. Le Soleil
est désormais levé, et je me trouve un petit coin de Soleil pour me
réchauffer et faire sécher mes vêtements.</para>

<para>Je suis choqué par toutes les blessures sur mon corps. J'ai
notamment une énorme cicatrice sur le ventre, et en passant la main
dans mon dos je déduis que quelque chose ma traversé de part en part,
peut-être bien l'une des épées qui traînait dans les sous-sols... Ce
qui semblerait cohérent avec le tee-shirt déchiré que j'avais trouvé,
c'était sans doute la marque du coup d'épée. Les tâches sur le sol
étaient alors peut-être bien mon propre sang. J'ai d'autres marques,
sur le poignet, sur les jambes, les bras... Je me demande bien qu'elle
vie j'avais. Étais-je un criminel, un terroriste ? Qu'est-ce que je
faisais dans ce tube ? Est-ce que j'étais mort ?...</para>

<para>En plus de toutes ces questions, j'en profite aussi pur sortir
les papiers de mes poches et les faire un temps soit peu sécher. Le
carnet à tenu le choc, une partie des écritures ont été lavées par
l'eau de mer, mais il reste suffisamment d'adresses lisibles pour
m'occuper. Les billets de banque sont encore en bon état, et je compte
avec joie plus de cinq mille dollars australien. Je ne sais pas si
c'est beaucoup, mais j'ai tout de même le vague sentiment que cela
représente de quoi tenir bon quelques jours.</para>

<para>Je me laisse somnoler quelques instants au Soleil, c'est si
bon... Que vais-je faire ? Il n'est peut-être pas prudent de me rendre
dans un hôpital ou la police, si je suis vraiment un criminel, je ne
suis pas persuadé qu'ils croiront avec ferveur à mon amnésie. Avec un
peu de chance, je me trouve dans cette ville indiquée sur presque
toutes les adresses du carnet, Melbourne ; il y aura bien une personne
à l'une d'elles qui saura me dire qui j'étais, qui je suis.</para>

<para>Je reste plusieurs heures au Soleil. Je tente de me convaincre
que je ne dois pas rester là, que je perds peut-être un temps
précieux, mais je suis encore tellement fatigué. Je me paye deux mars
et une autre bouteille d'eau à un distributeur avec la monnaie que
j'avais dans ma poche. Une partie de mes habits commençant à être sec,
je les renfile, y compris les jeans même si ceux-ci sont encore
trempés, mais je ne fais pas très présentable autrement, et puis j'ai
