Le Patriarche GR 20 Florent (Warly) Villard Paris, mai 2005 - Gap, juin 2005 Version: 0.2.0 - 11 juin 2005 - 0 Copyright 2003 Florent Villard Remerciements ------------- Mon faste inconscient. GR 20 ----- Rêve ---- Tout commence toujours par un rêve. On dort tranquillement un soir, fatigué d'une longue journée peuplée de quelques kilomètres en roller et de pas moins de ligne de code à l'utilité variables, et, après un premier réveil, trop tôt, on boit un coup d'eau, et là, merveilleuse machinerie cervicale, on s'en va dans diverses aventures fabuleuses à travers l'espace. Non pas que je ne l'ai pas déjà assez parcouru, l'espace, difficile de dire combien j'ai d'années-lumières à mon actif, mais c'est toujours un peu plus extraordinaire que notre ordinaire, même si celui-ci dépasse déjà largement les bornes de tout ordinaire raisonnable, si tant est que ma raison tienne encore la route. Je ne me rappelle plus vraiment les détails, la seule certitude qu'il me reste, c'est qu'Énavila me demandait d'aller sur cette île chercher le 'téléporteur manquant', si je puis dire. Je pourrais ranger ce fantasme onirique rapidement dans le manque affectif chronique que je subis depuis notre séparation, mais voilà trois jours que, d'une forme où d'une autre, la belle me fait passer un message similaire. Dans les différentes occurrences du rêve, Énavila courrait au milieu de roches, sur des versants escarpés, presque toujours la mer au loin. Et toujours ces marques, un trait blanc au dessus d'un trait noir, les indications de GR. Depuis que Teegoosh a coupé tous les téléporteurs, nous n'avons plus aucun moyen de rejoindre la Congrégation, Énavila est bloquée sur Stycchia à la recherche de son initial, je n'ai aucune nouvelle de Pénoplée et Erik depuis l'attaque, les supposant morts ou asservis. Naoma combat farouchement aux côtés de son beau sur Éden 2, et Naoma 2 accompagne Deborah et Tocman dans la recherche de la pierre. Ylraw a disparu depuis plusieurs mois, et moi je fais le pingouin à Mandriva pour ne pas éveiller l'attention pendant que les gus de l'organisation me suivent jours et nuit. Pas tellement qu'un peu de répit ne me siée pas après cette période agitée, mais je suis bien inquiété de ne savoir où sont tous mes amis. Je retrouve toutefois avec plaisir les charmes d'une vie passée qui me manquait un peu. Mais les combats ne sont plus les mêmes, les enjeux ont changé... Enfin, qu'importe. Retrouver Énavila serait sans doute la chose qui me tient le plus à coeur, et continuer à élucider cette histoire. J'imagine que l'île en question est la Corse, ce qui serait assez logique vu l'emplacement des anciens téléporteurs du labo. D'autant qu'Énavila m'avait déjà parlé d'un autre accès quand Notre-Dame était encore trop contrôlé pour qu'elle puisse s'en servir, un accès dans une île du Sud de la France. Mais la Corse est grande, et c'est illusoire de trouver un accès directement, j'ai bien mon bracelet, mais suffira-t-il ? D'autant que l'accès est sans doute secret et difficilement détectable, sinon Teegoosh l'aurait bloqué depuis longtemps. Dans mes rêve Énavila semblait le retrouver avec un bracelet, la proximité permettant la détection des émissions du réacteur en fusion en sommeil, mais je n'arrive pas à me rappeler plus d'information pour sa localisation. Pourtant elle doit savoir assez précisément où il se trouve, mais comment savoir. J'aurais peut-être un peu plus de nouvelles la nuit prochaine, mais ces messages doivent l'épuiser, surtout à cette distance. J'ai d'ailleurs beaucoup de mal à comprendre comme elle peut faire une telle chose, même si je suis désormais persuadé qu'Énavila est beaucoup plus qu'humaine, beaucoup plus... Sac --- Si je dois partir en Corse, pour le renommé gr20, il me faut un peu réchauffer le matos, je dois pouvoir réutiliser la plupart du matériels que j'avais quand on partait en rando avec Guillaume et Pixel en 2002, complété par une tente, des crampons, piolet, parce que nous ne sommes que le 15 mai et il a neigé tard cette année. C'est d'ailleurs une chance qu'Énavila m'ait contacté maintenant, ce sera sans doute le meilleur moment pour partir là-bas, je n'ai pas envie de me retrouver dans les cars de randonneurs déboulant tout l'été sur ce boulevard à travers la Corse. Le GR est réputé dur, et les divers sites consultés sur internet le confirme, il me sera difficile de le faire au pas de course, surtout si je dois chercher ce fichu téléporteur, et d'autre part mon clone terrestre n'est pas très entraîné, c'est ce qui m'inquiète le plus. Ylraw n'aurait sans doute pas eu beaucoup de soucis à partir sur le champ, j'ai un peu plus d'appréhension. Mon sac tient encore la route, il en a connu d'autre depuis les 10 ou 15 ans que je le trimballe. Nous sommes le 15 mai, j'ai pris en catastrophe trois semaines de vacances, du 20 mai au 15 juin, pour être sûr d'avoir le temps de le faire tranquillement. D'autant qu'il me faudra peut-être faire des détours, il y a des variantes au GR je ne sais pas trop si je devrais les faire toutes. L'entraînement consiste à remplir mon sac de vieux CD et de vieilles roues de roller et d'aller de chez moi à Mandriva avec. 3 km le matin et le soir avec 20 kilogrammes sur le dos sont un premier échauffement, que je complète, sous le regard ébahi de mes collègues, de plusieurs dizaines d'aller-retour entre le rez-de-chaussée et le cinquième étage du 43 rue d'Aboukir, siège de Mandriva. La montée représente 20 mètres de dénivelée, je le ferai environ 120 fois dans mes 6 jours de préparations, soit 2400 mètres de montée et 2400 mètres de descente, ce qui représente déjà tout de même plus de vingt pourcent du dénivelée total du gr20, d'après les différents sites qui le mentionnent. Faire du dénivelée avant le départ, dans des conditions proches de celles de la randonnée, apporte l'avantage de chauffer les muscles et d'éviter les courbatures des premiers jours, bien sur monter des escaliers est sans doute plus simple que faire la grimpette au milieu des pierres, mais musculairement c'est très proche et j'aurais mes courbatures cette semaine et pas la semaine prochaine. Bien-sûr quand vos collègues de travail vous trouve à faire des aller-retour dans les escaliers avec un énorme sac, ils s'inquiètent un peu, mais après tout j'en ai fait d'autres, et ils ne sont plus à ça près. Mon bracelet me sera sans doute indispensable, pourtant c'est aussi le plus sur moyen de se faire suivre à la trace par Teegoosh, il n'est pas impossible qu'il ai mis en place de quoi tracer l'activité des bracelets, même si le mien ne m'assure d'aucune intrusion. Mais si Sarah m'avait assuré qu'ils étaient sûrs, je reste quand même un peu préoccupé par le fait qu'il vienne d'un téléporteur qui a été trouvé entre temps par l'organisation. À défaut, je ne l'utiliserai qu'au minimum, de toute façon Sarah et Énavila n'ont plus de moyen d'accès à la Terre, sauf y venir avec un vaisseau des hommes de l'Au-delà, et les chances sont faibles. Après coup je regrette un peu d'être revenu seul ici, mais je pense que c'est surtout Énavila qui me manque, et pas tellement le fait de ne pas être satisfait de retrouver un peu la Terre. Il me faut donc partir en touriste, vacances normales, pas de précipitation, même si je ne réserve mon avion pour la Corse que 6 jours à l'avance. Je me suis acheté un topo-guide de la FFRP (Fédération Française de Randonnée Pédestre) sur le GR 20, même si j'avais déjà une édition précédente. La nouvelle édition comporte des cartes au un vingt-cinq millième, ce qui double la précision de l'édition précédente, même si on perd le profil général du GR en début de guide, retiré pour une raison que je n'explique pas. Le nouveau guide a un peu plus de couleurs, le dénivelée cumulée affiché pour chaque étapes, quinze en tout, des adresses et des renseignements mis à jour sur les différents gîtes, liaisons, recommandations ou lieux de ravitaillements. La plupart des autres informations sont la reprise texto de l'ancienne édition, et comme je n'ai pas envie de me trimballer pour rien les 80 grammes d'un deuxième guide, je ne prends que le nouveau avec moi. Je me suis acheté un sac lombaire de 10 litres qui fait office de banane géante, et qui contiendra facilement appareil photo, papiers, barres de céréales, plan, repas, poncho pour la pluie ou autre, ainsi que deux petite gourde sur le côté. Il a l'avantage de récupérer 5 kilos qui aurait dû autrement se retrouver dans mon sac à dos, déjà bien rempli avec la tente, le duvet, le sac à viande, habits, crampons, piolet, pharmacie, et surtout un peu de nourriture. Je ne suis pas sûr de pouvoir faire à manger sur place, et je n'ai pas envie de me trimballer un réchaud, alors j'opte pour une cuisine maison, de la semoule. La semoule, et surtout la semoule couscous, a l'incommensurable avantage sur les pâtes de pouvoir gonfler dans l'eau froide, m'évitant ainsi toute préoccupation concernant la faisabilité de la transition liquide-vapeur du dihydroxyde d'oxygène. Par contre de la semoule pendant quinze jour ne couvrira sans doute pas les apports en minéraux et vitamines, d'autant plus nécessaire pendant cette période d'effort soutenu. J'opte donc pour le rayon muscu du magasin de sport où je trouve des protéïnes en poudre enrichi de diverses vitamines et minéraux, deux paquets de 500 grammes, un goût fromage blanc-citron que j'aurais dû évité, complété par un goût chocolat, plus appétissant. Bien sûr je bourrine en barre de céréales, un bon kilo, soit au total plus de 6,5 kilos de bouffe entre les trois kilos de semoule, un kilo de protéïnes en poudre, un kilo de barre de céréales, voire un peu plus, 500 grammes d'abricots, 500 grammes d'amandes, 500 grammes de raisins, quelques pilules vitamine C, Calcium et minéraux, et quelques tablettes énergétiques qu'un achat impulsif m'a rajouté au dernier moment. Départ ------ Je repasse par chez mes parents pour mon départ, c'est plus logique, et ça me permet d'aller à Nice en voiture avec eux et rendre la tâche de mes potentiels suiveurs un peu plus compliquée. Le lundi, départ à 7 heures 45 après une dernière vérification des mails. Route Napoléon jusqu'à Nice ; je pars le lundi 23 mai 2005 de Nice à 12 heures 15. L'avion, un ATR 72 ou un truc du genre, est un machin à hélice qui vole aux environs de 500 kilomètres par heure à 8000 mètres et des poussières (photo 4381). Je me suis fait rappeler à l'ordre sur la piste de l'aéroport de Nice comme quoi je n'avais pas droit de prendre des photos, c'est donc la seule que j'ai. Le passage en avion me permet d'avoir la confirmation des 18 kilos et demi de mon sac. Ma sacoche de 5 kilos s'y rajoutant, quatre litres d'eau supplémentaire me mèneront à 27 kilos. Si je rajoute le poids de mes chaussures (1 kilo 6), de mon pantalon (600 grammes) et de quelques autres attirails, me voilà à presque 30 kilos à trimballer, bien loin des 20 kilos tout compris que j'espérais atteindre. Par contre après un vol de 45 minutes agrémenté d'un verre de coca (c'est la classe sur Air France), je n'ai pas eu ce genre de problème sur l'aéroport de Sainte Catherine à Calvi. Il faut dire qu'il n'y avait pas grand monde, et c'est assez joli d'avoir directement les montagnes (photo 4382). La photo 4383 c'est une autre photo de l'avion, toujours le même, mais je ne peux m'empêcher de prendre des photos de blondes, alors il faut bien que je trouve des excuses. Sur ce type d'avion on monte derrière et les bagages sont devant, ce qui n'est pas plus mal vu qu'il parait que les chances de survie sont maximales à l'arrière des appareils (dommage pour les premières classes) Après l'arrivée à Sainte Catherine, à 13 heures, plusieurs possibilités, monter à pieds à Calenzana, c'est à 13 kilomètres, faire du stop, ou, impulsivement, claquer 25 euros dans un taxi et se retrouver à 13 heures 30 devant le panneau de départ du GR 20, gourde remplie au petit ruisseau qui passe par là (photo 4384). J'ai pris deux gourde souple (je crois qu'on appelle ça des 'camel'), dont une à le fond percé (le fond se retrouvant en haut une fois rempli ce n'est pas trop grave) ; j'ai bien tenté de la réparant en mettant de la colle, mais force est de constaté que j'ai lamentablement échoué, elle fuit toujours. Auprès du panneau, deux personnes se trouvant là se préparaient à faire le mare e monti Nord, un chemin plus simple que le GR, mais m'ont assuré avoir vu passer un peu plus tôt deux anglais qui faisaient le GR 20. Lundi 23 mai 2005, Calenzana, Orto di u Piobbu ---------------------------------------------- Le PAR de l'étape est de 6 heures 30. Démarrant à 13 heures 30 je devrais arriver au refuge vers 20 heures. Ce n'est pas super tôt d'autant que je ne voudrais pas aller trop vite pour cette première étape, c'est souvent au début qu'on se fait mal parce que l'organisme n'est pas encore rodé. Je commence donc à monté tranquillement, mais j'aime bien monter et souvent je vais plus vite sans faire attention. Assez rapidement on a une vue sur divers bleds qui traînent en contrebas (photo 4385 et 4386). La photo 4387 est une vue de Calenzana que je surplombe à un moment de la montée. Ce n'est pas un super grand village, mais de toute façon à l'intérieur des terres corses il n'y a pas beaucoup de ville, à part Corte peut-être. Le chemin est un petit sentier caillouteux, pas des masses de végétation. Je n'y connais rien en plante mais ça doit être des trucs typiques d'un climat méditérannéen assez sec. Toutes ces plantes ressemblent, pour peu que ma mémoire soit bonne (ce sur quoi je ne parierais pas vu les événements), un peu à ce que l'on trouve le long du GR 5 dans les Alpes du Sud. La montée est quand même assez rude, et deux heures après le départ je déchante un peu avec le poids de mes affaires. Il fait plein Soleil mais la chaleur est supportable. En tout cas rien comparé au GR 5 fin juin, et il fait froid comparé aux champs de lave de Grosquinoka. Je bois tout de même tous les quarts d'heures une petite gorgée ; je suis blindé en eau ce serait dommage de ne pas en profiter. Un truc sympa c'est qu'assez rapidement on trouve la mer à l'horizon, et c'est vrai que c'est assez joli. La mer rehausse pas mal le tableau, parce que le reste c'est plutôt de la rocaille. Le tout semble quand même extrêmement sec, je n'aimerais pas me retrouver là en plein mois d'août, ce doit être une vrai fournaise. Après une petite fatigue ça va mieux et j'adapte mon rythme. J'arrive en 3 heures 30 pour un PAR de 4 heures, mais ensuite je me calme et devient beaucoup plus lent. Je croise deux chèvres à un moment, qui ne semblent pas vraiment dérangé par mon passage, mais elles doivent être habituées à voir passer du monde. Il y a quand même quelques arbres, ce doit être des pins laricio, il y pas mal de ces trucs là en Corse, même si je ne sais pas vraiment comment les reconnaître. Au plus on monte au plus on a vue sur le littoral, c'est pas mal ça compense de la caillasse qu'on se paye sur le sentier. Je commence déjà à me dire que c'était une mauvaise idée et que je ne trouverai rien du tout dans ce désert de pierre. Dans mon rêve Énavila semblait trouver fastoche l'accès auprès d'une grosse pierre à la forme bizarre, mais il n'y a que ça, ici, des pierres au forme bizarre, et mon bracelet ne détecte rien que du vide... À un moment il me semble que je me paume, parce que je ne trouve plus que des vieux signes GR, alors que jusqu'à présent les marques étaient assez récentes. Je suis peut-être sur un ancien tracé. Quoi qu'il en soit les choses se compliquent un peu et j'en vient aux mains pour monter ces fichus rochers. Quelle galère ! Je me demande ce que je fiche ici... L'arrivée au refuge prend des plombes, d'autant qu'on le voit de loin, ce satané ! Manque de pôt plus on s'en rapproche plus on doit passer des tournants et des tournants et tout les recoins de ce flanc de montagne. Ça va que la vue du refuge n'est pas trop dégueu, enfin c'est encore de la roche, mais le ciel est bleu, c'est déjà ça. Au final je ne m'en sort quand même pas trop mal, 5 heures 36 pour un PAR de 6 heures 30. Par contre mon altimètre ne me donne pas vraiment les même chiffres que le topo, +1473 et -248 alors que le guide indique +1295 et -50. C'est assez étonnant il me semble me rappeler que mon altimètre n'était pas autant dans les choux auparavant, c'est sans doute quand je me suis trompé, si je me suis trompé. Il n'y a pas de gardien au refuge, et il n'y a pas foule, 3 français, deux allemands, deux anglais, deux autres qui ne sont pas français, et peut-être encore deux ou trois personnes qui dormait dans l'autre dortoir (il y a deux dortoirs). La douche et les WC se trouvent à l'extérieur, à une trentaine de mètres du refuge. Douche à l'eau froide et lessive de la journée, puis repas mérité de semoule et protéïnes en poudre, un délice. Je touche deux mots avec les randonneurs du coin, mais je ne m'attarde guère, et après une dernière photo du Soleil couchant... Soleil ! Je suis tellement content de t'avoir retrouver... Ah ! Quelle vie ! Mardi 24 mai 2005, Ortu di u Piobbu, Carruzu -------------------------------------------- Je ne passe pas la meilleure nuit de mon existence, mais plutôt que traîner au lit, dès que le jour se pointe je me lève, vers 5 heures 30. J'essaie de ne pas faire de bruit et de l'affaire je ne pars du refuge que vers 6 heures 20. Après le départ ça monte direct dans les caillasses et assez rapidement on a une vue sur le refuge d'Orto di u Piobbu. Après une première petite montée sympathique au milieu des pierres (mais est-il besoin de le préciser), on a vue sur Capu Ladruncellu, le truc en face qu'il va falloir monter. Toujours une belle vue sur la mer, le Soleil se lève à peine, ce qui fait un contre-jour énorme entre les zones éclairées et celles qui sont toujours à l'ombre. Avant de remonter de l'autre côté on a droit à une petite descente plutôt sympathique avec des arbres et des trucs du genre. On arrive à une sorte de bergerie en ruine, je ne sais plus trop ce que dit le topo, mais on voit bien que ce sont des ruines de toutes façon. D'ailleurs pour aller voir ce tas de caillasse j'ai failli paumé ce satané GR, je crois à ce sujet que 'il est où ce putain de GR' sera la phrase que j'aurai dit le plus souvent de toute cette randonnée. Pas qu'il soit franchement mal indiqué, mais dans la mesure où le tracée dépasse ma logique, ce n'est pas toujours évident de ne pas se planter à un tournant. Il faut reconnaître que jusqu'à présent il y a tout de même pas mal de marques. Je traverse mon premier névé un peu après les bergeries en commençant à remonter. Encore une vue du truc que je vais devoir monter. Ils ne seraient quand même pas aller mettre un téléport dans un endroit pareil, ça doit plutôt être dans un endroit plat. Remarque j'en ai pas croisé beaucoup des endroits plat pour l'instant. Dans la montée de l'autre côté on passe en plein milieu des caillasses. Mais pas des petites pierres qui roulent quand on marche dessus, des gros rochers où il faut sauter de l'un à l'autre, c'est vrai que c'est quand même plus fun que la montée tranquille sur un petit chemin sur la partie sans pierre qu'on voit à dix mètres. Enfin, il faut bien mériter son titre de GR le plus dur d'Europe. Mon cul ! Oui je fais des essais avec mon numérique pour la lumière, c'est un petit Ixus 500 qui, s'il a l'inconvénient d'avoir peu de réglages manuel (et encore), a l'avantage de ne peser que 220 grammes, de faire des photos d'extérieur pas trop mal, et d'avoir une autonomie supérieure à 350 photos. Avec la neige ça pète quand même un peu. Je ne sais pas trop si je vais monter ce truc en face, quoi qu'il en soit je vais sans doute me retrouver de l'autre côté d'une façon ou d'une autre. Mon sac est lourd et me casse bien le dos. Et cette banane géante, je ne sais pas trop si c'était une bonne idée, et puis je ne sens pas spécialement plus viril. Toujours la vue sur la mer, elle reste proche ; la Corse ne fait que 83,5 kilomètres au plus large (sur 183 kilomètres), pour un peu plus de deux cent soixante mille habitants. Quand on arrive au sommet il y a souvent des parties abruptes. La photo 4416 montre la vue sur la droite, mais le GR continue, lui, sur la gauche en suivant vaguement les crêtes. Je vous rassure ce n'est pas beaucoup moins abrupt sur la gauche. Voilà en gros où passe le GR, il me faut aller plus ou moins pile en face. Voilà un peu plus loin une vue d'où je viens. Une vue de la vallée que je surplombe. Le tout reste assez caillasseux. Souvent je dois escalader des petites parties un peu à pic, et j'avoue que d'avoir des båtons et une bananes géantes ne sont pas les meilleurs attribut pour ce fait. Il me faudrait peut-être acheter un nouveau sac un peu plus grand. Sac fait tout de même 65 litres, ce qui est déjà pas mal. Il commence à se faire un peu vieux, mais il est tellement solide, ça me ferait de la peine de le changer alors qu'il est encore en pleine forme. C'est un Karrimor, oui je fais de la pub et après, vive la société de consommation ! Il semble y avoir un peu des arbres dans la vallée, tout de même, des pins Laricios, sans doute. Je me suis toujours demandé comment se formaient les montagnes. J'imagine que ça doit dépendre du terrain, mais est-ce que c'est quelque chose de rapide, est-ce que c'est quelque chose qui se fait par à-coup ou continuellement, est-ce qu'il se passe la même chose de l'autre côté de la croûte terrestre, est-ce que la croûte se plisse dessous dans le manteau comme dessus dans l'air. Est-ce que la température de l'air peut avoir une influence sur la forme des montagnes, est-ce que les montagnes se dilatent en été ? Eden 2 avait très peu de montagnes, sur Stycchia je n'ai vu que les cratères des météores de glace, sur Adama on n'y voyait plus que dalle tout était construit, et sur Grosquinoka les marées gravitationnelles niquaient tellement tout qu'il est difficile de se faire une idée. Il n'y a pas vraiment de montagnes sur Mars ou la Lune. Sur Titan les photos de Cassini tenteraient à prouver que l'existence d'une tectonique engendre la création de montagnes similaires à celle de la Terre, quoi qu'il nous faudrait aller vérifier pour en avoir le coeur net... Ah ! Énavila, si tu pouvais te pointer avec un croiseur d'Éden 2, on pourrait aller y faire un tour... Quoi qu'on aurait sans doute mieux à faire, vu le bazar que ce doit-être là-haut ! Et dire que je suis bloqué ici ! Dans la descente je ne prends pratiquement aucune photos. Je me suis fait rattraper par deux slovènes, un gars et sans doute sa copine, qui vont beaucoup plus vite que moi. La descente sur Carruzu est terrible, j'en bave comme c'est pas permis, mon sac m'explose le dos grave et je n'ai qu'un envie, c'est de me barrer d'ici. Je pourrai peut-être retourner à Paris, me trouver femme et me ranger, après tout il y a plein de gens qui font ça. De toute façon je ne trouverai jamais ce fichu téléporteur de mes fesses, et je vais rester ici pour toujours... Je pourrais peut-être me marier avec Deborah, après tout elle n'est pas encore marier avec Billy. Ou avec Naoma, est-ce que c'est vraiment si important que ça d'avec qui on est marié ? Je partais confiant le matin de pouvoir doubler l'étape, c'est sans compter sur la nature rebelle de la Montagne Corse. Une crête puis une autre et encore une autre, ça n'en finit jamais. Mon sac est vraiment lourd, mon pantalon est lui trop large, j'utilise une sangle pour le tenir mais avec le sac par dessus la sangle frotte contre ma peau et m'a coupé au niveau de la taille. Cette étape est d'autant plus dure qu'il semble que le GR passe vraiment par des endroits hors de sens, pourquoi descendre tranquillement dans la vallée vers le refuge à côté du ruisseau à l'ombre des arbres quand on peut s'embêter dans la rocaille sur le versant en plein Soleil. En plus je me suis trimballer deux litres et demi d'eau pour rien que je ramène au refuge, demain j'en prendrais moins. Bref, j'en ai marre, mais une fois arrivé je plante quand même la tente, histoire de. Je me place à côté d'un jeune couple que je n'avais pas vu à Orto. Ils ont choisi de passer le premier refuge, il est possible en venant de Calenzana de passer par Bonifatu en un jour et ainsi d'éviter de commencer directement par les deux premières étapes du GR assez dure. Pour l'étape d'Orto à Asco, le topo donne +667 et -917, mon alti une fois de plus ne comptabilise pas les mêmes cumuls, +833 et -1140. 7 heures selon le topo, j'ai mis 7 heures 37, ce qui reste honnête, après réflexion. Le refuge de Carruzu est vraiment pourri, enfin tout du moins c'est ce que disent les gens qui sont dedans, moi je m'en moque, je campe. Je suis un peu fatigué, je me demande si tout ça sert vraiment à quelque chose, je devrais peut-être m'arrêter à Vizzavona et rentrer direct, après tout quelle chance j'ai ici. D'autant que je n'ai rien rêvé de bien intéressant la veille. J'ai utilisé mes crampons et mon piolet aujourd'hui, ce n'était pas franchement nécessaire mais comme j'étais le premier à passer je ne savais pas trop, et puis comme ça je ne les aurais pas amené pour rien. C'est la galère pour trouver les toilettes dans ce fichu refuge, c'est une cabane paumé au milieu des arbres, je mets au moins une demi-heure avant de la trouver. J'ai mal aux épaules, j'ai mal aux pieds, aux hanches, à la taille... Corps de merde ! Mercredi 25 mai, Carruzu, Ascu Stagnu ------------------------------------- J'ai un peu froid pendant ma nuit sous la tente malgré mon théoriquement superbe duvet. Je dors toutefois bien de 19 heures à 5 heures 30. Je traîne un peu trop pour déjeuner et ranger la tente et je ne pars qu'à 6 heures 20, suivi de près par Marie et Vincent, mes deux voisins de nuitée. En plus j'ai tordu un piquet dans le sol caillouteux, c'est signe d'une grande catastrophe. Juste après le refuge nous arrivons à une passerelle sympathique qui bouge bien quand on passe dessus, c'est marrant. C'est encore tôt la preuve on n'y voit que dalle quand on fait des photos. Je prends en photo Vincent qui travers puis Marie, ils sont aussi bien chargés tous les deux. Je ne prends pas trop de photos pendant la montée. Celle-ci est relativement agréable, je la fais en compagnie de Marie et Vincent qui montent à une bonne vitesse. Je pense que Vincent doit monter plus vite que moi, ils font plus de pause, toutefois. Nous arrivons à un premier replat d'où nous avons une vue plongeante sur la vallée, et toujours la mer à l'horizon. Un peu plus haut se trouve un petit lac, j'en profite pour jeter un oeil à mon mobile, Orange passe bien par ici. Vue d'en haut, ce n'est pas très différents de la veille. Vincent arrive un peu après moi après la montée dans la neige. Il y en a une bonne couche, heureusement les traces sont bonnes et la neige n'est ni trop dure ni trop molle. Après la montée il faut suivre un petit moment les crêtes, il faut un peu escalader comme le montre la marque GR en plein milieu du rocher sur la photo 4436. C'est assez usant toutes ces pierres, c'est néanmoins plus marrant que descendre en plein Soleil. Une vue de la vallée mais nous ne descendrons pas dans celle-là, après avoir suivi un peu les crête on passe dans la vallée suivante. On voit toujours des pierres et la mer, quelque soit la façon dont on prend les photos. La fin de l'étape est constituée d'une bonne descente. On voit cependant Asco d'assez haut. Au début je croyais que ce gros machin était un refuge, en fait c'est sans doute un futur gîte ou quelque chose dans ce genre. Asco est une station de ski. Une route y arrive c'est donc un point de ravitaillement possible. Le gîte existant est couplé à un restaurant qui fait épicerie. J'y achèterai d'ailleurs un pain avec un saucisson et deux pommes. La jeune serveuse aux yeux magnifiques gardera cette distance propre au corse, ce qui n'enlèvera rien à son charme, et me permettra d'élaborer une théorie sur l'attitude Corse. Je pense que pour recevoir le respect d'un Corse, il faut prendre une attitude supérieure de confrontation, éviter absolument tout sourire ou signe amical, ils sont marques d'infériorité et de soumission. J'aurais dû, d'ailleurs, appeler la gamine 'fille' pour bien montrer qu'elle n'est qu'à mes yeux un être inférieur voué à me servir. Je pense qu'ainsi j'aurais eu son plus profond respect, et accessoirement une chance avec elle. Le refuge d'Ascu Stagnu est en réparation. Tout le premier étage est en rénovation. Il n'est pas gardé mais le rez-de-chaussée est accessible à qui le veut. J'arrive tôt, il est à peine 11 heures 30, soit 4 heures cinquante d'étape pour un PAR de 6 heures 10, +875 -711 à mon alti, +790 -638 au topo, je me tâte pour continuer mais l'étape suivante étant réputée la plus dure du GR, je préfère la faire au petit matin. Je m'y installe avec Vincent et Marie. Plusieurs gars arrivent ensuite en venant du sud. Ils indiquent qu'il y a beaucoup de neige ensuite. La salle de bain, si elle existe, n'est pas dans un super état. Elle me permettra toutefois d'avoir une douche à l'eau presque tiède. La cuisine n'est pas trop mal fichue, même si elle doit être un peu juste quand le dortoir est plein. Comme un peu partout, même en haut des crêtes, on trouve des vaches qui traînent. Je ne sais pas trop si les vaches sont capables de rentrer chez elles, ou si elles errent définitivement dans les montagnes. Il y avait un petit étendage à côté du refuge, et une autre vache. En plus ces vaches ne font même pas de lait, je me demande bien à quoi elles servent. Ce sont peut-être des vaches sauvages. Qui dit sauvages dit potentiellement agressives et affamées, je ne m'en approche donc pas et les évite soigneusement. Voilà à quoi ressemble le refuge. Au premier se trouvent les ouvriers du parc naturel de Corse qui sont en train de rénover. Enfin présentement ils étaient plutôt en train de se taper la discussion autour d'un pique-nique. J'ai mis à sécher ma tente car la nuit précédente avait été fraîche et humide. Asco se trouve à 1422 mètres et donne rapidement sur les sommets encore bien enneigés. Je ne vais pas dans cette direction mais presque pour la prochaine étape, ça promet. Ça avait l'air pas mal par là aussi, peut-être qu'on pourrait faire un gr21 qui y passe. Je me demande où se trouve le GR 21, tiens, et comment sont numérotés ces trucs. Après un petit tour, mon déjeuner et quelques courses, je discute avec Sas (prononcer Zash), le gars de Slovénie. Il s'inquiète de ne pas trouver de ravitaillement jusqu'à Vizzavona. D'après mon topo il n'y a pas à s'inquiéter, mais nous sommes encore en début de saison et, comme les deux refuges non encore gardés que nous avons eu jusqu'à présent, il est à parier que tout n'est pas encore ouvert. Il m'invite à aller boire un café à leur tente. Après une petite sieste j'y vais vers les trois heures. Le bivouac est assez sympathique, un peu en dessus du refuge se trouvent plusieurs emplacement entre les arbres. J'accepte volontiers le café en poudre agrémenté d'un soupçon de lait en poudre, le tout dans de l'eau chaude préparée avec leur réchaud. Sas et Marusa sont tous deux docteurs. Après leur études ils ont fait un grand voyage en Nouvelle Zélande, Australie et Inde, et ils font encore aujourd'hui beaucoup de randonnée en Slovénie, ce qui ne m'étonne guère vue la vitesse à laquelle ils avancent. Il ne sont toutefois pas arrivés avant moi aujourd'hui, mais ils partent souvent assez tard le matin. Je leur raconte Mandriva, les logiciels libres et tout, puis je retourne au refuge où je parle encore un petit moment avec Marie et Vincent. Nous dînons ensemble, eux comme Marusa et Sash sont impressionnés par mon régime semoule/proteïnes en poudre. De toute façon après ce que j'ai bouffé sur Grosquinoka ou Éden 2 ça ne peux pas me faire de mal, quoi que ce n'était pas le même clone. Je complète toutefois mon régime sévère avec un peu de saucisson. Marie m'explique que la plupart de la charcuterie corse est faite avec des porc de Bretagne. Je leur raconte, aussi, Mandriva and co, à défaut d'autre chose... Jeudi 26 mai 2005, Ascu Stagnu, Tighjettu ----------------------------------------- Je me lève et sors tôt du refuge pour ne pas réveiller Marie et Vincent. Nous sommes les seuls dans le refuge, les personnes arrivées ensuite ont préféré aller au gîte, qui proposait des nuit à 7 euros, avec sans doute un confort un peu supérieur au couchage rudimentaire du matelas en mousse sur la planche de bois du refuge. Le Soleil va se lever Oui Bientôt. Si, regardez. Vous voyez. J'avais raison. Départ à 6 heures 5. La montée du matin est assez cool. Je croise Sas en train de se laver les dents dans la rivière, je ne doute pas qu'il me rattrape avant le soir. J'aimerais bien, toutefois, doubler l'étape aujourd'hui. J'aviserais au refuge de Tighjettu, après le cercle de la Solitude, mais l'étape suivant est censée ne durer que 4 heures. J'imagine qu'avec déjà une étape dans les pattes je mettrai un peu plus, mais même 5 heures ça peut le faire. La première montée est longue dans la 'Combe d'origine glaciaire' (j'adore dire ce truc). Le Soleil, nous sommes plein est, tape déjà bien et j'ai rapidement chaud. Je ne prends plus désormais que 3 litres d'eau, je laisse tomber mon camel percé, j'utilise en remplacement les deux petites gourdes que je place sur les côtés de ma banane géante, ça fait des réserves de secours. Là on voit bien que c'est une Combe d'origine glaciaire. Hum, de ce que j'en sais, une combe est un plit d'une couche de roche qui s'est fait bouffer (combe anticlinale) ou deux couches différentes l'une sur l'autre avec l'espace entre les deux érodé (combe monoclinale). Tout ça pour dire qu'une combe d'origine glaciaire n'est pas un vulgaire ravin et ne doit pas être considérée comme telle. À un moment j'ai cru voir un bestiau qui galopait dans la combe d'origine glaciare, alors j'ai pris plusieurs photos, mais les combes d'origine glaciaire qui on des pierres fournissent plusieurs endroits où se cacher, moralité, je ne sais pas ce qu'était cette bête. Sans doute un mouflon ou une chèvre. Quoi que les mouflons, de ce que je m'en rappelle, ne sont pas très peureux. Ils pensent, à tord face à l'homme, que leurs grandes cornes les protègent, ce qui leur a valu certains ennuis. Vers le haut de la combe d'origine glaciaire on trouve la neige et notamment un petit lac. Le lac est tout petit, je ne suis même pas sûr que l'on puisse le qualifier de lac. Je me demande s'il n'y a pas une histoire de profondeur supérieure à cinq mètres. Un petit lac est un étang, je pense donc qu'il est plus légitime de parler ici d'étang. Il y a quand même pas mal de neige. À bien y réfléchir, je me demande si cette vallée est vraiment une combe d'origine glaciaire, me voilà pris d'un doute. De nouveau nous apercevons la mer à l'horizon. On voit aussi des roches, mais bon. Voilà une vue plongeante sur E Cascettoni, ou cercle de la solitude. Ce qui tombe plutôt pas mal car je suis effectivement seul. Il va falloir que je descende dans ce machin et que je remonte en face. Le cordon de mon appareil photo est d'une beauté sublime. Après une 'petite' descente, vu sur de là où je viens, de tout là haut où se trouve le petit névé. C'est quand même assez en pente et les câbles ne sont pas de trop, quand ils ne sont pas sous la neige. Ce qui ne rend pas les choses très simple c'est toutes ces caillasses, plus d'une fois je manque de me mettre en l'air. Heureusement que j'ai des bâtons pour me sauver la vie. Sur les images 4472 et 4473 on voit Vincent et Marie. J'ai entendu Marie me criait si j'allais bien d'en haut, environ une bonne demi-heure après que j'y soit passé. Après un moment je me retrouve en face. Il m'a fallu passer sur le gros névé ; on voit encore de tout là-haut d'où je viens. Je continue à monter, l'autre côté est encore plus raide et beaucoup plus enneigé. Ce n'est pas forcément un mal car la neige est plutôt pas trop mauvaise. Le principal soucis c'est qu'elle masque les câbles et qu'on ne sait jamais trop où il faut aller. Je me suis même retrouver à tenter d'escalader une paroi à la recherche du chemin, avec espoir de pouvoir attraper un câble que je voyais un peu au-dessus. Manque de peau, ce naze de câble était cassé ! C'est à peu près à ce moment là que je me suis demandé qu'est-ce que je fichais ici. En plus avec ma banane géante c'est vraiment la galère. D'autant que l'escalade avec 25 kilos sur soi c'est sympa mais les trucs pas suicidaires c'est bien aussi. Encore j'ai de la chance il n'y a pas de champ de lave en dessous, et je ne suis pas poursuivi par une saloperie de dragon électrique. Surprise ! Une fois en haut on voit des pierre. Plus ou moins grosses, cela dit. Voilà la vallée dans laquelle je vais descendre. J'ai croisé un gars qui m'a dit qu'elle était assez piéreuse, j'avoue que j'ai eu un peu de mal à le croire. Il avait raison, le bougre, il y a bel et bien des pierres ! Incroyable ! Après une descente profondément inintéressante, je me retrouve à la proximité du refuge de Tighjettu. 6 heures 28 pour un PAR de 6 heures, ça reste correct vu le cirque de la Solitude, +1026 et -769 à mon altimètre, +999 -738 selon le topo, pour une fois ce n'est pas trop différent. Refuge qui a une forme pentagonale, c'est tout de même suffisamment rare pour être noté. Je ne suis pas rentré dans ce refuge je n'aime pas les pentagones, j'ai simplement déjeuné en dessous. J'ai d'ailleurs fini un paquet de semoule, ce qui m'a déchargé de l'emballage, joie extrême ! Jeudi 26 mai, Tighjettu, Ciottulu à i Mori ------------------------------------------ C'était tellement la fête que je suis reparti une demi-heure plus tard pour le refuge d'après. Un peu plus bas que le refuge de Tighjettu se trouve les bergeries d'U Vallone, où l'on peut bivouquer. Beaucoup de gens préfèrent s'arrêter là parce que d'une part le Lonely Planet note cet endroit comme arrêt, et d'autre part on n'y mange bien. Les deux slovènes me doublent entre Tighjettu et les bergeries et j'en profite pour faire quelques photos. Je ne suis pas sûr de les revoir car ils s'arrêtent ici alors que je vais continuer jusqu'au prochain refuge. Ils étaient cools. La lanière de mon appareil reste superbe. Les arbres à peine verts font pâle figure en comparaison. Quand ils ne sèchent pas spontanément de honte. Dans le chemin vers Ciottulu à i Mori, j'ai eu la preuve formelle de l'absurdité des dénivelées indiqués dans le topo. Le refuge de Tighjettu se trouve à 1683 mètres (selon le topo), et la première partie de l'étape consiste à descendre aux bergeries d'U Vallone, qui, toujours selon le topo, se trouvent à 1440 mètres. Or le dénivelée négatif cumulé selon le topo pour cette étape est de 78 mètres. Cette première descente représentant déjà 243 mètres, il est alors évident que les valeurs du topo ont été faites par un stagiaire privé de calculatrice, je peux donc sereinement ignorer ces valeurs loufoques et faire confiance à mon (presque) seul et unique amour, mon altimètre. Énavila ! Pourquoi est-ce que je ne rêve plus de toi ! Les arbres sèches immédiatement à ma vue. En montant vers Bocca di Fuciale, on a une bonne vue sur la vallée. D'ailleurs on voit en face un lac, à moins que ce ne soit de la neige bleue. C'est peut-être la mer, peut-être la chaleur caniculaire l'a-t-elle réduite à une petite flaque. La montée est assez rude, pour ne pas dire sérieusement déprimante. On ne m'y reprendra pas à deux fois à doubler les étapes. En haut, il y a des pierres et des rochers. Quoique je pense qu'on puisse parler d'étang. Arrivée à Bocca di Fuciale ne signifie pas la fin de mes peines, il me faut encore une bonne demi-heure avant d'avoir le refuge en vue. Le refuge est assez haut, 1991 mètres, je crois d'ailleurs que c'est le refuge le plus haut du GR 20. Ce qui est assez rassurant, c'est que le ciel est toujours aussi bleu. J'arrive au refuge à 18 heures trente, soit une bonne journée de 12 heures 25. L'étape entre Tighjettu et Ciottulu à i Mori était annoncée à 4 heures par le topo, j'aurais mis 5 heures 10. Je suis exténué, j'ai marché de 6 heures à 18 heures trente avec en tout et pour tout peut-être une heure de pause. C'est ma plus grosse journée, 1750 mètres de montées et 1179 mètres de descentes. L'arrivée au refuge est doublement glaciale, il ne fait pas chaud, et le gardien possède cette fierté corse qui lui empêche toute politesse. Je teste ma théorie en prenant moi aussi une attitude froide, hautaine et sèche. Ça a l'air de marcher. Je suis le seul au refuge. Il y a néanmoins avec le gardien une autre personne, plus âgée, qui lui tient compagnie. Rien d'étonnant s'il n'a pas plus de monde, il doit sérieusement trouver le temps long. Les toilettes et la douche sont assez neuf, j'y passe tout de même malgré l'heure tardive. Pour fêter ce premier doublement d'étape, j'agrémente ma semoule au saucisson avec une omelette au fromage corse commandée au gardien. Ce choix judicieux me permet d'avoir quelques tranches de pain en plus. L'omelette est à 7 euros, rien d'excessif comparé au prix parisien. Je n'ai pas de salade avec, toutefois. Je mange seul sur la terrasse. Finalement le vieux gardien craquera et me posera des questions pour savoir s'il y avait du monde en amont. D'une certaine façon, je crois que j'apprécie assez cette mentalité corse, après tout il vaut mieux une froideur de façade et un coeur chaud que l'inverse. C'est un peu moins hypocrite qu'une politesse de principe. Je tarde déjà trop et je ne vais au lit qu'à 8 heures et demi passées. Vendredi 27 mai 2005, Ciottulu à i Mori, Manganu. ------------------------------------------------- Je ne dors pas assez, déjeune peu et part à 6 heures et quart. Le Soleil n'est pas encore levé et la Lune est seule dans le ciel bleu matinal, encore une belle journée ! Une dernière petite photo du refuge avant mon départ. Direction refuge de Manganu. Cette étape est l'une des plus longue, indiquée en huit heures par le topo. Je suis déjà fatigué, c'est pas gagné. Le début de l'étape est assez sympathique, on suit les crête sur des sentiers pas trop mal, jusqu'à, de nouveau, arriver en vue du littoral. Il va falloir que je descende au milieu de ce machin. Après les crêtes il y a une petite descente de 300 mètres de dénivelée assez abrupte mais facile. Le chemin dans le fond de la vallée n'en finit par contre pas. Je crois une troupe de militaire avec des gros sacs qui montent au refuge de Ciottulu. Le chemin n'est pas trop pourri mais c'est long, je suis déjà en retard comparé au topo, ce qui ne présage rien de bon pour ma journée. J'en ai déjà un peu marre, je me demande bien qu'est-ce que je fiche là. Ils font quand même des passerelles de pas trop mauvaise qualité, les Corse. Je n'ai pas encore vu d'arbres, ils arrivent enfin quand on descend encore un peu. La vague baraque qu'on voit en face ce sont les bergeries d'E Radule. Je devais y être en 1 heure 20, j'y suis en 2 heures 20. Je savais bien que c'était pas un bon jour. Barrage hydro-électrique géant en construction. Après les bergeries d'E Radule, le sentier passe dans la forêt. Il est légitime d'imaginer un petit sentier tranquille à l'ombre des arbres, il n'en est rien. c'est un truc caillouteux, des arbres cassés de partout barrant la route, extrêmement mal indiqué comparé au reste du GR, et terriblement long. Je n'arriverais au Castel di Vergio, station de ski où se trouve un gîte, qu'en 4 heures comparées au 2 heures 20 du topo. Un panneau indique la montée vers Ciottulu en 3 heures, sans sac peut-être quand on connaît la route dans cette fichue forêt. Ce gîte propose des aires de bivouac. En fait ce gîte est marqué comme arrêt d'étape dans le Lonely Planet. Ce dernier prévoit une étape entre les bergeries d'U Vallone et Castel, sans arrêt à Ciottulu, puis l'étape suivante jusqu'à Manganu. Ce qui est loin d'être idiot car cela permet deux étapes de 6 heures plutôt qu'une de 4 suivie d'une de 8. Le gîte contient une petite épicerie où j'achète un pain, un saucisson, une pomme, et, comble du luxe couplé à ma gourmandise légendaire, une boîte de raviolis. Toutefois, cette boîte m'embête après coup car je réalise que je n'ai pas trop envie de la porter. Je décide alors unilatéralement (sac veut souvent continuer à avancer, il s'en fout lui des raviolis) de faire ma pause déjeuner ici. Le topo donne 5 heures 40 pour arriver à Manganu, mon refuge de destination, mais un panneau ici indique 6 heures 40. Bref, j'y serais difficilement en moins de 7 heures. Je repars néanmoins le ventre plein, ce qui me donne du courage. J'ai oublié de prendre de l'eau au gîte. J'avais prévu mais j'ai oublié, et, fierté Corse naissante, je ne vais tout de même pas y retourner pour lui demander, il me considèrerait alors comme la lie de l'humanité. Je décide alors de finir l'étape avec le peu d'eau qu'il me reste, en espérant trouver de l'eau d'ici à Manganu. Je retourne tout de même à proximité du gîte pour jeter ma boîte de raviolis vide. Pas de robinet en vue, sacrebleu ! La première partie après Castel est un parcours en courbe de niveau dans la forêt, qui est beaucoup plus agréable que celui du matin, le chemin étant plus praticable, et s'il y a toujours autant d'arbres cassés en plein milieu, j'avance plus vite et respecte à peu près le PAR pour cette première partie, jusqu'à un premier col Il y a des nuages dans le ciel. Il y a aussi des gros poteaux électriques dont on voit les fils qui traînent. Après le parcours en forêt c'est quasiment un parcours de crête. Dans une petite montée je me fais doubler par un allemand qui va à une vitesse folle. Il me dit venir de Tighjettu, c'est incroyable ! Ce gars aurait fait la montée à Ciottulu et la descente jusqu'ici alors que je ne n'arrive que de Ciottulu, il aurait gagné 4 à 5 heures sur moi ! En plus il n'est plus tout jeune ! Je pense qu'il est temps que je rentre et que je me trouve autre chose à faire. Les crêtes durent un temps, puis on passe une bocca pas trop dégueu et on redescend un peu. Manger à Castel m'a fait du bien, mais je recommence à me sentir faible, inutile, paria. Je décide alors de manger de nouveau. J'aimerais au moins atteindre le lac avant de manger, mais tout ce que je trouve, c'est des kairns géants. Finalement j'arrive en vue des prémices du lac. Je crois que cette forme d'herbe verte avec de l'eau qui coule forment des 'pozzines', le topo dit que c'est super fragile et qu'il ne faut pas marcher dessus. Pourtant il y a une vache en plein milieu ! Salope de vaches, elles ne respectent vraiment rien ! Voilà le lac. Dommage qu'il y ait autant de nuages, il n'est pas très bleu sur les photos. De l'autre côté aussi il y a un max de pozzines. Marcher près du lac et sur les pozzines est assez agréable, je comprends les vaches. Après le lac il y a un sentier bien fichu où l'on peut marcher assez vite, ça contraste un peu d'avec les caillasses habituelles. Le chemin se poursuit par une partie tout aussi agréable dans une pseudo-forêt de hêtres. Je me demande d'ailleurs si on peut vraiment appeler ça une forêt. Après la petite forêt, on arrive finalement à des bergeries, puis, après une petite descente, à un grand espace plat où se trouve pas mal de vaches. Une vue arrière sur les bergeries. À ce niveau là ce ne sont plus des pozzines, alors on peut y aller tranquille. Néanmoins le chemin est pas trop mal, alors ça ne sert à rien de se prendre la tête. Finalement, le refuge est en vue ! Par derrière le refuge là-haut c'est là où je serai demain, fichtre ! J'arrive finalement au refuge de Manganu, 17 heures 45 ! Sacré journée, une seule étape mais 11 heures 40 de marche au lieu des 8 heures de PAR, +816 -1203, ça reste quand même une bonne étape, qui est aussi très longue en distance. Pas de gardien au refuge de Manganu, il y a par contre pas mal de monde, j'imagine que ces gens viennent soit du sud, soit de Castel, parce que j'étais seul à Ciottulu. Sauf pour l'allemand que je retrouve, arrivée depuis une heure et demi. Il a dû mettre 9 heures là où moi j'ai mis plus de 17 heures ! Je n'en reviens toujours pas. Je trouve un couple d'autrichiens qui font le GR dans le même sens que moi, mais ils campent. Il y a aussi trois personnes dont une assez âgée, eux-aussi vont vers le Sud. Tous ces gens se sont donc sans doute arrêtés la veille à Castel. Je parle un peu avec l'allemand, il vient bien de Tighjettu la veille, il avait prévu de faire le GR complet en 8 jours, mais il m'explique qu'un jour, il n'a pas pu mangé parce que son coeur battait trop vite, et qu'il avait dû jeter son repas. Ensuite, sans repas, les jambes sont coupés et on n'avance plus. Discuter avec lui me donne pas mal à réfléchir, notamment sur mon alimentation, c'est vrai que des que je mange, une heure ou deux après j'ai un coup de fouet. Ma journée difficile pourrait dont bien être causée par une alimentation insuffisante. Je mange à ma fin, mais mes repas constitué exclusivement de semoule n'incite pas vraiment à manger plus, contrairement à un repas varié. Je décide donc de doubler ma ration pour mon dîner. Je lui demande jusqu'où il compte aller le lendemain, jusqu'à Petra Piana, qui est le prochain gîte, mais le jour d'après il ira jusqu'à Vizzavona sans s'arrêter à Onda. Samedi 28 mai 2005, Manganu, Petra Piana ---------------------------------------- Je rêve de mon ex, que je l'avais perdu en faisant les magasins avec elle, dans un Decathlon ou j'achetais des tuyaux immenses pour je ne sais trop quoi faire. J'aimais bien faire les magasins avec elle. Pas de rêves d'Énavila, je me demande si tout ça n'est pas qu'une pure fantaisie. Je me lève tôt mais une fois de plus je traîne et je ne pars qu'à 6 heures 45. L'allemand, levé après moi, pars 10 minutes avant. L'étape commence par une montée. De toute façon cette étape s'annonce comme étant courte avec un bon dénivelée. La montée est bien foutue, je n'ai toutefois aucune trace de l'allemand, pourtant je ne chaume pas. Au début je pensais qu'il me faudrait aller en-haut à gauche, mais c'est plutôt en haut à gauche, dans la neige. Comme quoi, parfois, on se trompe. De temps en temps, il y a un petit replat. En fait ce sont des pozzines ! Sacrebleu, ces saloperies se font plaindre dans les topos, et après on en retrouve de partout, c'est une vrai calamité. Je pense qu'il faut les détruire sans hésitation, d'ailleurs je marche dessus allègrement, piétinant avec vigueur. Malheureusement cette fureur passagère me fait perdre un temps précieux, je repars donc sans tarder, les pozzines auront leur compte plus tard. Sur le sol, il y a moult perce-neige, je fais bien attention de ne pas les écraser. C'est quand même marrant la nature, je me demande si les perce-neige sont une forme d'évolution pour être les premières fleurs à sortir et rafler les ressources avant les autres plantes. Vues les traces de pas, c'est par là qu'il va me falloir passer. C'est quand même un peu en pente. Les arbustes qui traînent, je crois que ce sont des aulnes, il y en a un peu partout, en haut ou en bas. Ceux du bas on des feuilles, ceux du milieu bourgeonnent, et ceux d'en haut sont encore en période végétative. Me voilà en haut après un sacré passage dans la neige. La brèche se trouve à 2225 mètres d'altitude, c'est le plus haut point du GR. On voit vaguement l'horizon à l'horizon. J'ai quand même un look d'enfer. De l'autre côté de la brèche, on a vue sur les lacs. Le premier m'a l'air gelé, le second est plus en forme. En face c'est le truc que je dois traverser. Le premier lac est bien gelé. Quelque soit la façon dont je tiens mon appareil, il reste gelé. Quelle puissance ! Rien à faire ! Même si je tente de le prendre de biais, il reste glacial. C'est bien un Corse ! Dépité, je décide de lui tourner le dos. Je viens de là-haut à droite. Oui oui, de là en haut, la brèche au milieu de la photo. Le lac. Voilà le truc qu'il me faut passer désormais, c'est moins impressionnant vue de près. Je croise les premières personnes qui viennent de l'autre sens à peu près à ce moment. La montée se fait assez bien, il faut pas mal marcher sur un truc vaguement plat, ensuite on se prend une bonne pente au milieu des aulnes. Je viens d'en face, on voit la brèche en haut un peu à gauche, ça en jette pas mal, ils sont pas bien de nous faire passer par des trucs pareils. En dessous du second lac il y en a un troisième. Ceux qui pensent que second ne se dit pas quand il y a un troisième se trompent. Mince, de l'autre côté on retrouve encore un lac gelé ! Ma parole ils se sont donnés le mot ! Toujours pas mal de neige. Et encore un ! Enfin c'est plutôt un étang celui-là. Il n'en reste cependant pas moins gelé. Ils ont tout de même des formes pas très normales ces rochers. Je me demande bien comment ils sont fichus pour se faire éroder de la sorte. Après une descente ma foi inintéressante, le refuge se montre enfin. Demain ! La descente vers le refuge se fait au milieu des aulnes parcourus par des ruisseaux. Le refuge a l'air pas trop mal, il a presque une forme pentagonale, cependant. Il est encore tôt j'hésite à simplement manger ici et continuer jusqu'à Onda. Onda doit se trouver derrière l'avant-dernière montagne, le GR passe dans la vallée à gauche. La maison du gardien est à côté, mais une fois de plus il y a pas de gardien. Décidément je n'en aurais pas vu beaucoup pour l'instant des gardiens. Bien sûr l'allemand est là depuis un bon moment, il a mis 5 heures pour l'étape, moi 5 heures 50. C'est mieux que les 6 heures 30 du PAR, mais je n'ai quand même pas chômer. +917 -692. Je m'installe à table avec l'allemand pour papoter. J'ai encore en tête l'idée d'aller jusqu'à Onda, mais il m'en dissuade en m'expliquant que le refuge d'Onda n'a pas d'eau directement, et que de plus la variante par les crêtes pour aller jusqu'à Onda permet de faire l'étape en trois heures, qu'on peu facilement compléter avec les 6 heures pour aller d'Onda à Vizzavona. Je majore bien sûr ces valeurs étant donné que ses références doivent être un peu optimistes pour moi. L'Allemand, Heiner, a longtemps travaillé dans l'informatique, on parle un peu de ce qu'on fait. Maintenant il est dans l'immobilier, il a déjà été marié deux fois, je ne sais pas s'il a des enfants. Il sort depuis 7 ans et demi avec une jeune et dans la nuit à Manganu, il s'est réveillé subitement en se disant qu'en rentrant il allait la demander en mariage. C'est marrant comment la rando en solitaire prédispose à ce genre d'idée, j'ai eu un peu la même dans les premiers jours. Il est né en 1951, ce qui lui fait 54 ans et tout mon respect. On discute un peu du referendum sur la constitution européenne. Il n'a pas l'air trop pour. Le vote se passe demain, je n'y participerai pas. Je lui demande un peu pour les étapes du sud. Il me dit qu'elle sont faciles, 'you can run in the south', je fais les gros yeux, 'you can race'. Je can race oui bon ben on verra en attendant j'ai quand même plus de vingt kilos à trimballer. Plusieurs groupes arrivent du Sud, généralement de Vizzavona, en ayant doubler d'étape. Ils sont tous passés par la variantes via les crêtes, et pas dans la vallées. Je ne voulais au début ne pas faire d'entorse au tracée GR officiel, mais il est vrai que cette variante par les crête est plus alléchante. Elle est simplement déconseillée en début de saison, mais les gens venant du sud assurent qu'il n'y a pratiquement pas de neige. J'accepte le café de l'allemand mais il m'empêche de faire ma sieste. Rapidement d'autre personne arrivent, et pour la première fois nous serons une petite tripotée au refuge. Je me fais encore mon appétissante semoule avec un peu de saucisson. Les trois personnes que j'ai vu hier au refuge de Manganu arrivent un peu tard, ce qui n'est guère étonnant vu que la plus âgé d'entre elles à 69 ans ! Ces deux compagnons ne sont autres que son fils et son neveu. Quoique l'on en dise, le GR reste fortement masculin, à part Marie, Marusa et la femme de l'autrichien, je n'ai vue que des hommes. D'ailleurs ce soir nous n'aurons qu'une (charmante) jeune fille avec nous, venant du sud. Dimanche 29 mai 2005, Petra Piana, Onda. ---------------------------------------- Je dors assez mal. Debout à 5 heures 40 quand je n'arrive plus à me rendormir et que le jour se lève. Je pars à 6 heures 30 avec pour objectif d'aller jusqu'à Vizzavona Ces deux photos montrent la dernière partie de la veille. Sur la photo 4565 on voit le refuge sur son petit replat. On voit plus ou moins la mer à l'horizon. Voilà une meilleure vue de la dernière partie d'hier. C'est un peu max à contre-jour, mais c'est la première fois que l'on peut voir simultanément la mer à l'est et à l'ouest. Le marquage sur cette variante est formé de deux bandes jaunes, on trouve toutefois des traces GR assez anciennes, laissant supposer que ce chemin était l'ancien tracé du GR. Derrière ce truc, Vizzavona. Vue sur la brèche de la veille. Je suis parti un peu avant l'allemand, ce dernier n'est pas encore en vue, pour combien de temps ? Il faut redescendre puis remonter tout là-haut avant de redescendre sur Vizzavona. Je me suis fait rattraper par l'allemand un peu avant, il ne me double toutefois pas et reste derrière moi, ça lui fera une balade tranquille. De toute façon ce sera pour lui sa dernière étape, comme il a foiré son début, il n'a plus le temps de finir et il restera les deux jours qui lui restent tranquillement à Vizzavona. Un peu sur la droite, on voit d'autres montagnes. La descente sur Onda est assez forte, mais elle est facile, pour une fois il n'y a pas trop de pierres. Je bourrine quand même pas mal, avec l'allemand derrière. Nous arrivons au niveau du refuge d'Onda en trois heures, le charclage à l'allemande paye. Le topo donnait 3 heures 30 pour cette variante. +389 -781, c'est déjà un bon morceau. Voilà la vallée par laquelle passe le GR, c'est vrai que la variante des crêtes est quand même plus jolie que se retrouver dans la vallée sous le couvert forestier. Quoi qu'on en a pas eu tant que ça, de la forêt, pour l'instant. Voilà Heiner qui fait une pause pour manger un bout avec Onda en fond. J'en profite pour manger quelques barres de céréales. Dimanche 29 mai 2005, Onda, Vizzavona ------------------------------------- Heiner avec la dernière montée qui nous attends dans le chemin vers Vizzavona. La montée est assez cool, nous faisons une petite pause pour boire. Je suis toujours devant Heiner insiste qu'aujourd'hui je suis le 'time maker'. Je ne sais pas trop si je doit bien le prendre. Je me demande si c'est la dernière fois que je vais marcher dans la neige. C'est toujours un peu pareil ces photos. Si j'avais un appareil avec trop trop de pixels, disons dans les 20 millions, je pense que je pourrais voir le refuge de Petra Piana sur cette photo, malheureusement 5 Mega pixels ne sont pas suffisants pour le distinguer. Je pense que ce truc qui dépasse c'est mon tee-shirt en train de sécher sur mon dos. Je fais ma lessive tous les jours et roule avec deux tee-shirts, deux caleçons et deux paires de chaussettes, et souvent la nuit n'est pas suffisante pour qu'ils soient sec (je les essore pas trop pour pas niquer les tissus (c)gc). J'ai un petit étendage sur mon dos qui permet à tout ce linge d'être sec à la fin de l'étape. Un dernier coup d'oeil de là d'où je viens. La descente sur Vizzavona est extrêmement longue, d'autant plus sous le Soleil. Heureusement après un bon bout nous arrivons sous les arbres. Nous décidons de faire une pause auprès de la rivière. De toute façon il n'est qu'une heure et demi et il ne nous reste pas plus d'une heure et demi avant d'arriver à Vizzavona. Nous nous sommes arrêtés sur une brosse pierre au bord de pierres plus petites. Nous mangeons un bout, et décidons d'une pause de 30 minutes, la classe. Il y a une passerelle en bois pour traverser le ruisseau juste après. Heiner, mon héros. Et voilà, après une longue marche dans la forêt où nous croisons bon nombre de promeneurs, voilà la fin du GR Nord. Je suis Heiner dans Vizzavona. Le gîte où nous passons la nuit. Il n'y a pas de refuge à Vizzavona, il faut donc trouver une alternative. Il y a un gîte un peu en dessus la gare qui propose la nuit et la demi-pension pour trente euros. D'autres personne m'ont aussi parlé d'un autre gîte un peu plus loin, à qui il faut passer un coup de fil de la gare pour que le gérant vienne vous chercher en voiture. Nous arrivons à Vizzavona un peu avant quatre heures, 9 heures 17 de marche, contre 9 heures 35 pour le topo, mais nous avons bien fait entre 45 minutes et une heure de pause. Charcler paye. Cette journée devient, en dénivelée cumulé, ma plus grosse journée depuis mon départ, avec 1090 mètres de montée et 1981 mètres de descente, soit plus de 3000 mètres de cumulée. Mes pauvres genoux... Arrivée à Vizzavona je passe un petit coup de fil à mes parents, je me contentais de sms jusqu'à présent, et je mets charger la batterie de mon Ixus. J'ai fait deux cents photos sur la partie Nord, j'aurais pu en faire 150 de plus, mais je n'étais pas sûr de pouvoir recharger à Vizzavona. Cette journée me redonne confiance de pouvoir un peu accélérer la cadence. Douche (vaguement chaude), lessive au lavoir à côté du dortoir du gîte (le gîte propose aussi des chambres, mais je ne connais pas le prix), sieste. Notre chambre comporte 5 lits qui seront tous occupés. Nous partageons notre nuit avec trois personnes venant du sud. La gare fait petite épicerie, j'y achète un kilo de semoule, une pomme, et, une fois de plus cédant à mes tendances consumméristes débridées, un tube de sauce tomate. Je me demande si je me suis fait avoir pour la semoule car jusqu'à présent je mangeais ma semoule couscous grain moyen, et là celle que j'ai acheté c'est aussi de la semoule grain moyen, mais pas couscous ; elle est beaucoup plus fine. Je suis pris d'affreux doutes, J'achète aussi un troisième saucisson, un saucisson de sanglier. Le vendeur m'explique bien qu'il est fait avec des sangliers de Norvège, ou de Suède, étant donné qu'il n'y a plus vraiment de sangliers à proprement parler en Corse, et que ceux de là-haut sont trois fois plus gros. Cette affirmation confirme ce que m'avait dit Marie. Le gîte est visible de la gare. Il fait restaurant aussi et nous y prendrons, Heiner et moi en tête à tête, notre dîner. Le dîner est servi à partir de 20 heures, il n'a rien d'exceptionnel, mais est fourni en patates, finalement le principal. Lundi 30 mai 2005, Vizzavona, Capanelle. ---------------------------------------- Le déjeuner est servi à partir de 7 heures, c'est assez tard mais j'en profite ainsi pour varier un peu mon alimentation semoulée. Je laisse ma carte à Heiner et prends la route de Capanelle à 7 heures 30. Je me demande bien si j'ai bien fait avec cette semoule, à mon avis je ne vais pas pouvoir la manger comme ça, il va falloir que je la fasse chauffer, quelle galère. La montée après Vizzavona se fait principalement sur des chemins forestiers large et praticable par des voitures. Je demande à mes parents le résultat du référendum pendant la montée, c'est non. Enfin, presque. Le Monte d'Oro, il y a une variante sur l'arrivée à Vizzavona de la veille pour passer par là-haut. Toutefois hier après-midi le temps s'était couvert et nous aurions été dans le brouillard complet si nous avions choisi de passer par là. C'est plutôt tranquille même si je sais que ce genre de chemin sont un peu mon point faible, je ne suis pas très grand et je ne vais pas très vite au plat. Ces cons d'arbres n'arrêtent pas de se ficher en l'air sur le chemin. Celui-ci me fera perdre un bon quart d'heure en me masquant la suite du chemin. Finalement une dame arrive, me demandant si j'ai vu des cochons. Non je n'ai pas vu de cochons mais je ne viens pas de l'autre côté c'est juste que je trouve pas la suite du GR. Finalement nous nous apercevrons que l'arbre était tombé plus ou moins pile sur un tournant, et qu'il faut repartir dans l'autre sens. L'arbre m'aura valu une nouvelle copine, mais je monte un peu plus vite qu'elle, je la reverrai peut-être à Capanelle. Vue sur la côte Est. Je fais une pause à la première bocca, et la nana me rejoint. C'est une bretonne. Elle a fait le gr 20 nord l'année d'avant ou encore d'avant. Elle semblait être déjà venue toute seule, mais avait rencontré pas mal de gens sur la route et avait semble-t-il apprécié l'ambiance de leur petit groupe providentiel. Le Monte D'Oro, 2389 mètres. Champ de pierres. Après cette première bocca ça redescend tranquillement et nous continuons par un petit sentier plutôt plat. Je repars seul dans un premier temps mais je ne vais pas très vite au plat et elle me rattrape. À moins qu'elle ne se soit dépécher pour ne par rester toute seule. Elle semble avoir une peur bleue des cochons, elle garde d'ailleurs précieusement un bâton au cas où elle tombe sur un troupeau de cochons sanguinaires et affamées. Il y a des bergeries qui traînent un peu partout, mais il n'y a jamais grand monde, peut-être que je passe toujours à l'heure de la sieste. Elle a recouvert son sac d'un truc bleu, sans doute pour empécher les cochons de lui piquer son sac. Elle me racontes diverses légendes affreuses de randonneurs posant leurs sac pour aller remplir leur gourde à une source, et retrouvant leur sac éventré par les cochons, quand celui-ci n'était pas purement et simplement emporté par ces bêtes violentes et sans pitié. Je me demande si cette pierre n'est pas en train de me suivre depuis quelque temps. Elle se cache derrière un fouré. La plupart des maisons par ici son en pierre, ce qui ne m'étonne guère, ils ont de la matière première, ça pousse à une allure. Mais si je ne peux pas manger ma semoule qu'est-ce que je vais faire, il va peut-être falloir que j'en rachète, je pourrais peut-être l'échanger à Capanelle. Le chemin continuant assez droit, je le fais en compagnie de la bretonne, dont j'ignore le nom. Elle parle beaucoup, d'un certain côté ça fait passer le temps. Elle me semble très observatrice, elle voit un max de fleurs, elle a d'ailleurs tenter d'en planter la plupart dans son jardin de Bretagne, certaines ont prises, d'autres pas. Elle commente à peu près tout ce quelle voit, "Oh un arbre mort, encore, il tente quand même encore de pousser il a une branche verte, il a du courage". Oui il a beaucoup de courage. "Oh encore un arbre mort, qu'il est gros ! Il y a des trous ! Il doit y avoir des hiboux !". Clair qu'il doit y avoir des hiboux, mais ils ont pas intérêt à se montrer ou je les défonce. Remarque causer ça fait passer le temps plus vite, à moins que je n'accélère inconsciemment. Nous arrivons en vue de Capanelle, qui est aussi une station de ski. Il y a un grand gîte à Capanelle. Nous pensons de prime abord que le refuge est ce bâtiment au perché, ce qui semble cohérent avec le topo. Mais nous nous trompions, le refuge est juste en dessus le gîte. Le refuge est tout petit, il ne doit pas avoir plus d'une douzaine de place. Je rentre à peine dedans, je m'arrête toutefois pour déjeuner. Je ne suis pas allé trop vite sur cette étape, ce qui ne m'étonne guère vu qu'il y avait pas mal de plat. 5 heures 30 pour 5 heures 15 selon le topo, cela dit le quart d'heure correspond au temps que j'ai perdu au début au niveau de l'arbre tombé, et j'ai aussi fait deux pauses. C'est néanmoins déjà une belle étape, 1017 mètres de montée et 353 mètres de descente. Je m'accorde une pause d'une demi-heure et discute encore un peu avec ma partenaire du matin. Lundi 30 mai 2005, Capanelle, Prati ----------------------------------- J'ai quelques remords à la laisser seule, il ne semble en effet n'y avoir personne au refuge. Enfin, si je suis venu seul c'est aussi pour ne pas m'encombrer, alors on verra pour plus tard la pitié et la compassion. Bref, je repars à 13 heures 30 pour la prochaine étape. Je ne sais pas si je vais pouvoir atteindre Prati, mais si je n'y parviens pas, je pourrais m'arrêter un peu avant, au col de Verde. De toute façon j'ai ma tente au pire je peux bivouaquer en cambrousse. Une dernière vue sur Capanelle, on voit le refuge un peu au dessus du gîte. La route qui arrive à Capanelle. Des arbres secs. Des petits trous, je me demande s'il y a des mini-hiboux dans tous ces trous. Un peu plus loin on trouve de nouveau quelques maisons en pierre. Le topo ne dit pas trop ce que ça peut bien être, en tout cas aucune activité intéressante dans le coin. Je pense que je fais finir ce GR rapidos et que je vais retourner à Paris. Je me demande si le GR a beaucoup changé de tracé depuis sa création. Comme pour les crêtes entre Petra Piana et Onda il y a peut-être plusieurs anciens itinéraires. Ah un moment je marche un peu sur la route. Pour l'instant les passages du GR sur les routes sont vraiment très limités. Un peu au Col du Vergio, un peu à Vizzavona. La quantité de route sur un GR peut-être assez grande, jusqu'à 30 pourcent je crois. Bocca di Verdi, il faut que j'arrive au moins jusque là. Une fleur pas trop trop fleurie. Le chemin est la plupart du temps assez sympathique. Il y a des arbres, le chemin est long, je marche vite, c'est long. Je ne suis pas spécialement en avance par rapport au PAR. Hibou, hibou, hou hou. Je les crève les hiboux ! Ce chemin n'en finira donc jamais ! I can run, I can run, s'il n'y avait pas tous ces arbres tombés sur le chemin peut-être ! Je suis foutu, je vais mourir dans cette forêt. Une passerelle ! Elle est belle. Pour la peine je fais une pause et je mange une barre de céréale. J'ai un peu peur de ne pouvoir arriver à Prati dans les temps. Des cochons ! Arg, je suis fait comme un rat ! Ils bougent, ce sont des vrais ! Une truie me prend en chasse, je cours. Casse-toi ! Sale truie ! Tu n'auras rien de moi ! Arrivée au Col de verde, il est 18 heures 30. Il y a un gîte et un semblant de refuge. Je pourrais m'arrêter là. Il ne me faudra pas moins de deux heures pour arriver à Prati, soit 20 heures 30 sachant que j'ai déjà 11 heures de marche dans les pattes. Je fais une petite pause et mange un bout pour réfléchir. Je me tâte, je vais jeter un oeil au début du chemin. Je croise deux anglais qui descendent de Prati. Je discute un peu avec eux, ils m'expliquent que le refuge de Prati est bien, qu'il comporte de quoi se ravitailler, mais par contre il est assez loin, ils ont mis deux heures pour descendre. Deux heures, mais ils n'avaient pas l'air d'aller très vite. Peut-être que si je force un peu je peux monter en deux heures. Quoique je suis un peu fatigué. 18 heures 45, je décide finalement de tenter d'aller jusqu'à Prati. La première partie de la montée est super cool, c'est raide sévère et je monte grave vite, comme j'aime. Ensuite il y a un plat on se demande bien pourquoi avec des fleurs jaunes. Ces fleurs jaunes sont vraiment une calamité. Col d'Oru, 1840 mètres. Mais mes peines ne sont pas terminées, il me faut encore marcher un bon moment. Je découvre une superbe vue sur la plaine Est de la Corse. Il commence à se faire tard la luminosité baisse et mon appareil montre ses limites à l'horizon. Je crois que le truc d'eau qu'on voit c'est l'étand d'Urbino. C'est étrange il a l'air assez grand pourquoi on appelle pas ça un lac ? Je ne comprends plus rien. Le refuge ! Enfin ! Sur la gauche, il y a des tas de pierres géants. La cuisine du refuge. Il n'y a déjà plus grand monde de debout quand j'arrive, il est 20 heures 30. Je me signale au gardien et m'acquitte des 9 euros 50 de prix de nuitée. Je retrouve néanmoins debout dans la cuisine deux allemands et une française qui prend des notes sur un petit calepin. Moi j'ai un bracelet c'est plus cool. 1 heure 45 pour la montée, je me suis bien débrouillé. 13 heures depuis mon départ de Vizzavona, sans doute aux alentours de 12 heures sans les pauses, c'est pas loin du PAR de 11 heures 25 pour les deux étapes. +2050 -1185, c'est encore plus qu'hier, plus de 3200 mètres de dénivelée total (je crois que dénivelée est masculin ou féminin). Demain je glande. Bon, et bien, moment de vérité, je fais chauffer de l'eau pour me faire de la semoule. Je me fais un demi-paquet de 500 grammes. Ça fait pas mal vu comme ça mais ça se mange bien, surtout avec un peu de sauce tomate en tube et quelques tranches de saucisson. Je finis seul ma semoule, je tente ensuite de me coucher sans faire de bruit, pas de douche ni de lessive aujourd'hui, il est plus de 21 heures trente, et il fait un peu frisquet dehors et mon quota de courage est largement dépassé pour la journée. Il y a un bon paquet de monde qui dort aujourd'hui ! Ça change des jours précédents. J'ai bien sûr le superbe flair de me placer à côté du plus gros ronfleur du coin, heureusement j'ai prévu les boule quiès Mardi 31 mai 2005, Prati, Usciolu. ---------------------------------- C'est la foule se levant qui me réveillent. Je déjeune tranquille et je pars tout doucement vers 7 heures 15. Vision du matin de la côte Est. Hier soir on voyait Ghisonaccia illuminée, mais j'ai eu la flemme de prendre une photo. Les gens que j'ai croisés hier soir partent devant, un peu avant moi. Le refuge de Prati dont on m'a dit tellement de bien, je n'en aurais guère profité. Aujourd'hui je vais y aller tranquillement. Si je les rattrape, je les rattrape, sinon, je ferai mon étape doucement. De toute façon la prochaine étape a été décriée comme très longue par tous les gens venant du sud que j'ai croisés, alors je ne tenterai même pas de la faire directement à la suite de celle-ci, qui est pourtant assez courte, indiquée en 5 heures 45 dans le topo. C'est toujours pareil, on monte, on voit la mer, on voit des pierres. On voit d'autres montagnes où il nous faudra sans doute aller le jour même ou les jours suivants. On se demande combien de personne on déjà pris une photo similaire à celle là. On se dit qu'il faut prendre un max de photo parce que de toute façon il reste trois jours max et comme la batterie de l'ixus est pleine on peut y aller. On se dit que c'est beau, enfin sans doute, mais que finalement ça n'apporte pas vraiment de réponses. Qu'est-ce que je dois faire ? J'ai finalement rattrapé le groupe, et je décide de faire l'étape avec eux, ils ne vont pas très vite. Daniel est basque, de Bayonne, il l'exhibe avec le drapeau basque en haut de son sac, ce qui lui vaut certaines sympathies locales. De la neige, la mer, les montagnes, le ciel, pas dans l'ordre. Il y avait des nuages en bas, dans les vallées. Il y avait aussi des villages. Et puis des pierres, partout ailleurs. Il y avait un peu plus de nuages que d'habitude, mais il faisait quand même beau. Le début d'étape était cependant très venté. Heureusement mon sac crée une bulle énergétique autour de moi qui me protège. Des fois Daniel s'arrête et refait ses lacets. Derrière sa fille Fabienne arrive, ainsi que les deux allemands. Je suis un peu fatigué. Je me demande si d'aller doucement ne me fatigue pas encore plus. C'est nul la vie, on va vite on est fatigué, on va doucement on est fatigué. Le petit groupe des cinq compères avance gaiement au milieu des pierres, ils n'ont peur de rien. La forêt se tapit dans les vallées. C'était assez joli en vrai, ça donne pas des masses sur les photos, c'est mieux dans mon souvenir, l'oeil prend encore de meilleure photo que les appareils. L'oeil doit avoir un correctif de couleur ou de luminosité qui lui permet de voir le ciel bleu même quand il regarde des trucs sombres. Les appareils photos ils n'y arrivent pas trop. Nous faisons une petite pause pour manger un bout et Fabienne passe un coup de fil à son taf. Heureusement qu'il n'y a pas d'accès wifi dans le coin. En fait les femmes sont tellement une ressource rare sur le GR, que quand on en trouve une il ne faut surtout pas la lâcher, même quand elle téléphone vachement longtemps à son taf. Même quand elle court dans des forêts de hêtres nains pour tenter de nous semer. Même quand elle va tellement vite que parfois elle y parvient. Même quand elle met des pierre géante pour nous barrer la route. Ou des arbres. Quand elle déplace des montagnes. Même quand elle déclenche des avalanche de pierres. Le ciel est bleu ! C'est elle ! Elle rend le ciel bleu sur les appareils photos ! J'essaye discrètement de la prendre en photo par le côté. Même quand le parcours sur les crêtes n'est pas si mal, même quand il fait beau. Même quand les montagnes au loin nous rappellent que quoi que nous fassions, nous nous briserons contre elle encore et encore. Même quand on se demande si ça ne vaudrait pas le coup de faire berger dans un de ces villages. Même quand son père, ancien entraîneur de rugby, exhibe son impressionnante musculature, signe qu'il défendra corps et âme sa fille bien-aimée. Même si, bon, il n'est plus tout jeune, mais quand j'ai vue ce que pouvait faire Heiner, je pense que cette génération est plus solide que nous. Même quand, euh... Et même quand elle a un superbe solitaire à l'annulaire gauche... Hum... Peut-être que demain je partirai seul, après tout, c'est bien seul aussi. Le petit groupe de la journée. Vous repèrerez au premier plan ma banane géante avec ma gourde. André le Néerlandais a repéré que je prenais des photos. J'ai pas mal discuté avec lui, sa femme écrit des scénarios pour des trucs à la télé, elle est à Barcelonne pendant qu'il faut le GR 20. Lui a une petite entreprise de nettoyage de vitre à Amsterdam. Cette journée fut très sympathique, leur petit groupe est agréable, ils ne se prennent pas la tête. Certes ils vont un peu doucement pour moi, et dans la dernière descente j'ai un peu accéléré, mais ils ont bien raison. Nous avons fait une bonne pause sur la pierre en haut, j'ai mangé des amandes sur cette terrasse naturelle. Nous avons avancé paisiblement, je suis plutôt resté derrière, pour ne pas casser leur rythme. Mais somme toute nous avons fait l'étape en 6 heures 30 pour 5 heures 45, ce qui reste très honnête. +845 -927, c'est tout de même une bonne étape. Je ne pense pas vu mon état de fatigue que j'aurai pu aligner une étape supplémentaire derrière. Il y a pas mal de monde au refuge d'Usciolu, notamment de gens venant du Sud. Plusieurs groupes arrivent et les deux dortoirs d'une quinzaine de places seront remplis, ainsi que beaucoup d'aire de bivouac. Le refuge en lui même est bien fichu, avec l'habituelle petite maisonnette toilettes, douche, lavabo. Le refuge et les alentours sont bien aménager, un étendage à proximité des lavabos permet de faire sécher son linge. Les gens sont désoeuvrés, le gardien n'est pas là. Mais que va-t-on devenir s'il n'y a pas de gardien ? Est-ce qu'on va mourrir ? Mon Dieu regardez là-haut sur le chemin ! Des trucs à pattes qui bougent ! On va se faire bouffer par des animaux féroces ! En plus Fabienne a un truc jaune, elle va se faire repérer grave. Des chevaux fanatiques kamikazes ! Ils font faire pétér les bonbonnes de gaz qu'ils portent sur leur dos ! Fuyons ! Ah non ! C'est le gardien qui arrivent avec les poneys transportant le ravitaillement ! Hail to the gardien ! Hail ! Hail ! Le gardien nous expliquera par la suite qu'il avait prévu d'arriver vers midi, mais qu'il a renversé deux fois sa carriole, le retardant considérablement. Sa petite épicerie, une baraque 20 mètres derrière le refuge, comporte boîte de conserve, barre de céréales, charcuterie, orange, pain, bière, vin... Je lui achèterais un pain et une tablette de chocolat. En compensation de son retard il nous offrira à tous un digestif de sa préparation, un truc avec des plantes locales. Le monde du refuge me permet de taper la discussion avec plusieurs personnes, venant du Sud ou du Nord. Je m'enquéris un peu de l'étape du lendemain, tous la considèrent comme longue, il me faudra donc partir tôt et ne pas chômer. Daniel avait fait un petit ramassage d'épinards sauvages, il en pousse un peu partout dans le coin. Simplement fondu sur le gaz avec un peu de sel, c'est fameux. J'aimerai aller demain jusqu'à Asinau, et le jour suivant faire les deux étapes restantes dans la journée. Ce sera le dernier jour, je ne suis pas sûr que la descente sur Conca sera passionnante, et puis je pourrai arriver tard là-bas. Mercredi 1 juin 2005, Usciolu, Asinau. -------------------------------------- Je fais un rêve étrange, je suis chez mes parents et je tente d'ouvrir les volets de ma chambre car il fait sombre, mais quand j'ouvre tout est noir dehors, alors que c'est le jour. Pas uniquement sombre comme la nuit, complètement noir, comme s'il n'y avait rien. Est-ce un signe d'Énavila ? Comment interpréter un rêve pareil ? Bah ! Qu'importe, je ne trouverai rien par ici, alors autant en finir au plus vite et rentrer, je n'aurai pas de réponse ici. Lever 5 heures 30 pour un départ à 6 heures 20. Pas de semoule ce matin, uniquement des protéïnes en poudre avec des raisins. Il faut dire que je me suis encore fait 250 grammes de semoule la veille. Petit matin frais, les gens se lèvent progressivement. Je suis un des premiers à partir, mais cette étape de huit heures me fait un peu peur, je ne voudrais pas revivre la même galère qu'entre Ciottulu et Manganu. Après coup je m'apercevrais que j'ai sans doute oublié une paire de chaussette ici, quoi que peut-être qu'on me les a taper ! Sacrebleu ! On voit André près des lavabos. Pour aller aux toilettes la nuit le gardien a installé une allée de lampes solaires qui permettent à tout le monde de s'y rendre la nuit. Il s'est aussi montré très clair qu'il deviendrait un tueur implacable et impitoyablement sans pitié s'il en choper un en train de faire ça derrière le refuge la nuit. En effet le gardien est resté posté toute la nuit avec sa kalachnikov sur un rocher un peu en dessus du refuge. Vous êtes prévenu, si vous allez à Usciolu, il ne faut pas pisser n'importe où. Saviez-vous que kalachnikov est le nom russe le plus prononcé au monde ? D'un autre côté je me demande bien comment on peu affirmer ce genre de truc. Moi je pense que c'est faux, je pense que le nom russe le plus prononcé au monde, ce n'est pas kalachnikov. Au plus j'avance, au plus le refuge est loin. La première partie de l'étape se passe sur des crêtes. Je dois passer au milieu de grosses pierres. C'est quand même bizarre, comment ces grosses pierres ont-elles pu se retrouver là ? Serait-ce la montagne, composé de matériaux plus ou moins friables, qui, sous l'action de la pluie et la neige, n'a plus laisser que les éléments les plus solides ? J'ai peine à le croire. Je pense plutôt que de gens les amène pour rendre le chemin plus difficile. Peut-être même que la nuit la gravité s'inverse et ces grosses pierres remontent la pente. Moi je suis bien près à croire n'importe quoi du moment que c'est crédible. Il y a du brouillard dans la vallée. Je ne sais pas trop à partir de quand on appelle quelque chose 'nuage' et quelque chose 'brouillard'. Il semble que le brouillard soit un nuage, un stratus, en contact avec le sol. La première partie crêteuse de cette étape n'est pas des plus aisée. Si elle n'est pas vraiment difficile techniquement, les grosses pierres empêchent d'aller vite. D'autant qu'il ne faut pas vraiment ni monter ni descendre. Si c'est considéré comme du plat le topo compte 4,5 kilomètres par heure, ce qui est illusoire sur ce terrain. Je crois que certains appareil photo on un correcteur de surexposition automatique désormais. Une forêt de hêtres nains ! Le brouillard s'est dissipé. 8 heures d'étape, normalement je ne devrais croisé personne avant 4 heures, sauf si quelqu'un me rattrape. Après les crêtes une descente nous ramène au niveau de la forêt, nous ne serons plus alors qu'à 1500 mètres. L'objectif de la journée, le Mont Inculine. Traverser les montagnes. Combien encore. Les monts se font néanmoins moins escarpés. Les formes se radoucissent au profit des forêts. Le jour se lève dans la vallée, plusieurs heures après les premiers rayons sur les cimes. La Corse fait un peu plus de 8700 kilomètres carrés pour une altitude moyenne de 568 mètres. Un kilomètres carré fait 100 hectares. Quand on y pense, un hectare c'est pas tant que ça. En Corse il n'y a plus grand monde dans les terres. Le principal de la population se concentre sur le littoral. L'étape d'aujourd'hui est assez longue en distance, et une grande partie du chemin se fait à basse altitude, dans des petites forêts. Le chemin est un peu moins caillouteux qu'à son habitude. Je marche assez vite sur ces terrains, plus vite qu'auparavant, peut-être ce nouveau corps, ou l'habitude de la vie parisienne, qui fait marcher beaucoup, et souvent vite (j'ai souvent tendance à partir au dernier moment). Pour l'instant l'étape se passe bien, je m'arrête peu et je suis un peu en avance sur le PAR indiqué. De temps en temps on trouve des panneaux. C'est toujours très excitant de trouver un panneaux, on se demande toujours qu'est-ce qu'il peut bien y avoir d'écrit dessus, mais somme toute on est souvent déçu. Et on repart l'âme en peine au milieu des arbres cassés. On passe par des sortes de prairies, c'est vrai que si je n'avais pas 25 kilos sur moi je pourrais peut-être courir par ici. Ça monte et ça descend tout de même un petit peu. Voilà de nouveau ma destination, le mont Alculina, 2134 mètres. Malheureusement, pour ce fait, il va me falloir passer au milieu d'un troupeau de vaches un peu plus bas. Heureusement, grâce à ma furtivité légendaire, les vaches ne verront rien. Seul le petit veau, plus alerte, me verra, mais trop tard ! Une fois de plus ma victoire est éclatante. Mais tout n'est pas gagné, il me reste encore à franchir ces champs de pierres. Ce n'est pas très visible sur la photo, mais il y avait des centaines de papillons dans ces petits arbustes, et quand je passais au milieu ils s'envolaient tous, cela donnant du plus bel effet. C'étaient des petits papillons blancs-bleus. Mais ne nous détournons pas de notre chemin, la route est encore longue. Surtout que le topo indique bien que la partie la plus contraignante est la toute dernière descente, après le passage au sommet de l'Alculina. De nouveau une passerelle fort sympathique. Malheureusement gardée par un troupeau de vaches, damned! Comment faire ! Ces détruiseuses de pozzines sont sans pitié. Vais-je devoir m'arrêter là ? Prenant mon courage à deux mains, je tente de nouveau un passage furtif si rapide qu'elles ne me repèrent que bien trop tard, alors que je suis déjà à plusieurs kilomètres dans des champs de pierres (les vaches et les champs de pierres sont mutuellement exclusifs). Les pierres font la queue pour aller au tas (elles sont disciplinées, c'est une de leurs qualités). Assez rapidement après la passerelle le plaisir reprend, ça monte ! De nouveau les montagnes d'où nous venons. Les horizons du coin sont beaucoup moins escarpés que dans le Nord. La montée n'en reste pas moins agréable. Mais ce n'est plus la même histoire que dans le Nord, ici on est nostalgique. Je n'ai encore croisé personne venant de l'autre sens, simplement doublé un couple qui se dirigeait dans la même direction que moi. La destination se rapproche. Je croise le premier groupe ici, après 4 heures 20 de marche. Ils estiment à 2 heures 30 le temps qu'il me reste pour arriver à Asinau. Cela ferait un total de 6 heures 50 pour 8 heures de PAR, je suis bien en avance. Il ne fait pas super beau, semblerait-il, vers le littoral. Cette nouvelle montée est beaucoup plus raide et sympathique que la précédente. Ensuite, malheureusement, ça redevient plat. J'ai dû passer par là au milieu. Nous sommes presque à 2000 mètres, et c'est pourtant beaucoup moins pierreux que dans le Nord. Toujours la mer à l'horizon, mais c'est brumeux. Toutefois dès qu'on s'approche du sommet les pierres reprennent leur droit. C'est je crois la dernière montée digne de ce nom du GR, ensuite les deux étapes consistent principalement à redescendre vers Conca. Quoique si je prends la variante alpine du lendemain par les aiguilles de Bavella, il y aura sans doute encore de la montée, mais je ne crois pas que ça dépasse 1700 mètres. Il y a quand même encore de la caillasse. Le haut de l'Alculina. C'est peuplé. Sans doute des groupes. Déjà la veille à Asinau il y avait deux groupes, c'est le début de la saison, nous sommes désormais en juin. Encore un petit peu de neige. Je me demande si c'est la dernière fois que j'en vois où s'il y en aura encore plus en avant. La pause après leur première montée. Vous inquiétez pas, vous allez en avoir des montées. Une pierre étrange contemple la mer de nuage. Les aiguilles de Bavella ! Demain ! Aujourd'hui ? Non, demain... Après le sommet il y a une première petite descente au milieu de pierres. Je me demande bien comment ces grosses pierres se sont retrouvées rangées comme ça... Elles font peut-être la queue pour monter. La descente. Je ne vois pas le refuge, pourtant il ne doit pas être bien loin. Un dernier regard vers le nord. Allez, un deuxième. On voit la croix, tout là haut, après les pierres étranges. Le refuge ! Les nuages montent. J'arrive au refuge en même temps que les nuages. La descente a été moins pire que ce que je pensais. Vers demain ! Aujourd'hui ? Non, demain, j'aimerai revoir Fabienne, Daniel et leur gais-lurons. Les nuages ont réussi à franchir la barrière montagneuse, ils ne vont pas tarder à nous tomber dessus. J'arrive au refuge à 12 heures 40, 6 heures 20 d'étape pour 8 heures de PAR, j'ai rattrapé mon humiliation de Ciottulu Manganu. +1082 -1281, ça reste une sacré étape, je comprends que les gens venant du sud la trouve difficile pour leur troisième journée André arrive quand quatre jeunes venant du sud repartent. Ils étaient juste venu de Bavella je crois pour une promenade, je suis rester discuter avec eux une heure ou deux, le temps qu'ils pique-nique. Ils étaient sympathiques. Une grosse pierre avec un robinet. Après André, le groupe arrive petit à petit. Fabienne et ses fidèles compagnons. Daniel essaie de se cacher dans les bosquets, mais je l'ai vu ! Elle ressemble à son papa, non ? Comme dans l'autre refuge, le gardien arrive un peu plus tard avec le ravitaillement. Je crois qu'il m'a vu pourtant j'étais caché derrière le mur. Les poneys sont contents. Il y avait un petit chat qui traînait, tout petit, abandonné sans doute par sa mère qui a préféré partir avec un autre. J'ose croire toutefois que la saison commençant, il trouvera quotidiennement dans les randonneurs de passages des âmes charitables pour lui apporter caresses et nourriture. Les chevaux aiment bien boire après une petite marche. Si je suis arrivé le premier et que je suis resté assez longtemps assez seul, hormis les quatre jeunes venant du Sud qui son repartie et une savoyarde botaniste en herbe, aussi de passage, rapidement en fin d'après-midi les groupes venant du Sud se rajoutent aux rares gens venant du nord. Je tenterais d'ailleurs vainement de faire la sieste alors qu'un groupe, en provenance de Paliri, discutait âprement dans les dortoirs de la disparition suspecte d'un paquet de riz : - Martine, c'est toi qui à le quatrième paquet de riz ? - Ah non ! J'ai déjà les pâtes, et puis quoi encore ! - Elle ne te dis pas de le prendre elle te demande si tu l'as. - Non, je ne l'ai pas, c'est par Jean-Luc. - Non, non, Jean-Luc je l'ai déchargé parce qu'il voulait abandonné, alors on ne va pas trop le chargé pour l'instant. - Ah oui mais bon... - C'est Pierre, non ? - Mais non Pierre il a déjà la corde, tu te rends compte ! - En tout cas c'est pas moi, j'ai les pommes. - Mais alors qui a un paquet de riz, déjà ? - Moi j'en ai un. - Moi j'en ai deux. - Personne encore en a un ? Mais il n'a tout de même pas disparu ? - On l'a pas mangé hier soir ? - Mais non on a mangé des pâtes. - Ah oui. Et ben on a qu'a encore mangé des pâtes ? - Mais non, on a assez de riz, mais c'est pour plus tard. - Ah mais... Et le mystère du quatrième paquet de riz restera complet, tout du moins je n'en connaîtrai pas le dénouement, abandonnant toute idée de sieste après trois quart d'heure d'âpres discussions sans avancées notable sur l'endroit où se cacher se satané quatrième paquet de riz. Mon dîner, toujours composé principalement de semoule, sera agrémenté ce soir des restes du repas de trois personnes ayant commandé un repas au gardien du refuge. Repas, qui, pour un prix proche de celui des refuges précédents, se montre démesurément plus copieux, et bien au delà de l'appétit des deux jeunes filles et du vieux monsieur. Je prendrai avec plaisir deux bonnes assiettes des coquillettes au sanglier. Le vieux monsieur avait sur son sac un petit panneau solaire, celui-ci délivre un courant de 12 volts qui permet notamment de recharger téléphone ou piles, et qui peu s'installer sur le dessus du sac. C'est truc la délivre du 5 watts en 12 volts pour environ 100 euros. C'est encore un peu cher mais c'est tout de même pratique, il y a fort à parier que sa démocratisation rendra la chose rapidement plus abordable. Jeudi 2 juin 2005, Asinau, Paliri. ---------------------------------- Cette nuit là, j'avais tellement envie de faire pipi que je me suis levé. Mis-à-part que j'ai dû en réveiller un ou deux, quoique je ne fus pas très bruyant. Je ne regrette toutefois pas cette sortie, le ciel était tout proprement superbe. Pour ce dernier jour, tout du moins je l'espère, je ne pars pas si tôt, vers les 7 heures. J'ai donné la veille mon adresse mail à Daniel, de façon à ce qu'il me demande mes photos une fois rentré. Soleil est déjà en avance sur moi. Ce sera sans doute une longue journée, j'aurais dû partir plus tôt. Hier ! La variante alpine par les aiguilles de Bavella, aujourd'hui ! Après une première petite descente dans le fond de la vallée, le chemin va dans les sous-bois. Ces sous-bois sont certes pierreux mais ma foi assez joli. On n'y trouve des fleurs bleues. Des arbres penchés en contre-jour avec le Soleil levant. D'autres moins penchés mais toujours en contre-jour. Des passages (un peu) en pente. Le GR suis plus ou moins le bord de la vallée jusqu'à la séparation entre la variante alpine et le gr20 standard qui reste dans la vallée. La variante alpine, indiquée par un double trais jaune, devient rapidement assez abrupte. Le lever de Soleil est toujours un moment un peu magique. La variante alpine par les aiguilles de Bavella ne monte pas très haut, mais déjà suffisamment pour avoir une vue au loin. L'Alculina. Un jour peut-être je le referai dans l'autre sens. On ne passe pas vraiment sur les aiguilles, on passe au milieu. Ça sent la fin des montagnes... Le sentier monte à 1700 et reste sur un petit plateau un moment au milieu de pierres assez bizarrement sculptées. C'est normalement mon dernier jour de marche, les aiguilles de bavella sont sans doute la dernière difficulté. Les aiguilles de Bavella tiennent leur nom de ce genre de pic. Le col de Bavella se fait sentir petit à petit. Un passage comporte une partie cablée, assez abrupte, surtout avec un gros sac sur le dos. C'est la seule réelle difficulté de la variante alpine, le reste n'ayant rien de plus périlleux que ce que le GR nous a montré jusqu'à présent. La route du col de Bavella, et la dernière barre rocheuse à franchir avant le refuge de Paliri et la descente vers Conca. Les pierres sont toutes assez bizarrement foutue ici. Dans la descente vers le col de Bavella, je croise de multiples groupes. La descente est assez pierreuse. L'arrivée au col se fait par un chemin assez tranquille. Il y a pas mal de monde au col, mais je n'y mange qu'une barre de céréale et reprend rapidement le chemin vers Paliri. J'avais imprimé quelques horaires de bateaux, je me dis que de Conca, Porto Vecchio est peut-être l'endroit le plus pratique pour repartir. Toutefois il faudrait pour cela que j'y arrive à 18 heures, il n'y a qu'un départ tous les trois jours. Cependant pour l'instant je n'arriverai à Conca que vers 17 heures 30, en considérant que je continue à ce rythme, ce qui me semble bien optimiste étant donné que je double l'étape. Et même si Conca et Porto Vecchio sont proches, une demi-heure pour trouver un moyen de transport, acheter un billet et réussir à prendre le bateau me semble difficile. Je presse le pas sur les chemins faciles, ensuite une montée sympathique me permet d'arriver assez vite en haut de Foce Finosa, à 1206 mètres. Mais la descente de l'autre côté me fait vite déchanter, d'autant que je commence à être un peu fatigué, il me faut manger, et si je veux être tôt à Conca je ne peux pas vraiment me permettre de m'arrêter un moment au refuge d'I Paliri. Le chemin vers I Paliri est assez long et je chérie de plus en plus l'idée de remettre au lendemain mon départ de l'île. Finalement j'arrive en vue de petites maisons qui préfigure le refuge. Le gardien du refuge exerce ses talents de peintures un peu partout autour du refuge, apposant citations ou message de bienvenue. Je le croise en approche du refuge, à la seule source et arrivée d'eau à proximité. Il m'explique que l'endroit est très sec, et que le tarissement de cette source l'été, quand il se produit, entraîne la fermeture du refuge. Finalement je cède et fais une pause d'une demi-heure pour manger un peu au refuge. Bilan ----- Bilan, 13000 mètres de montées et autant de descente, 94 heures et 16 minutes de marche pauses comprise, sans doute dans les 90 heures de marche effective, pour 91 heures 35 selon le topo, je suis dans les rangs. Presque 1200 mètres de montée par jour, idem pour la descente, et de l'ordre de huit heures trente de marche par jour. Dix jours et cinq heures de marche au total. Ce que j'ai foiré c'est l'alimentation, il faut plus manger d'une manière générale, et plus le matin, moins le soir. À refaire je pense qu'arriver en milieu de journée c'est pas mal, ça permet d'aller à Orto dès le premier soir, le lendemain il faut aller jusqu'à Asco, puis Ciottulu di i Mori, Manganu, Onda, Campanelle, Usciolu, Paliri et on finit la dernière matinée par Conca, ce qui fait huit jours. Les étapes faciles sont de Carruzu à Asco, de Tighettu à Ciottulu, de Pietra Piana à Onda, de Vizzavona à Campanelle, de Patri à Usciolu et de Paliri à Conca. En ce qui concerne les réseaux de téléphonie mobile, j'ai trouvé à chaque étape un point où le réseau passait, l'occasion d'envoyer un petit SMS comme quoi tout va bien. Par contre souvent les refuges sont eux isolés. | Date | Départ | Arrivée | Temps | PAR | Positif | Négatif | ------------------------------------------------------------------------ | 23 mai 2005 | Calenzana | Orto di u Piobbu | 5h36 | 6h30 | +1473 | -248 | | 24 mai 2005 | Ordo di u Piobbu | Carrozu | 7h37 | 7h | +833 | -1140 | | 25 mai 2005 | Carrozu | Ascu Stagnu | 4h47 | 6h10 | +875 | -711 | | 26 mai 2005 | Ascu Stagnu | Tighjettu | 6h28 | 6h | +1026 | -769 | | 26 Mai 2005 | Tighjettu | Ciottulu à i Mori | 5h10 | 4h | +724 | -410 | | 26 mai 2005 | Ascu Stagnu | Ciottulu à i Mori | 11h38 | 10h | +1750 | -1179 | | 27 Mai 2005 | Ciottulu à i Mori | Manganu | 11h40 | 8h | +816 | -1203 | | 28 Mai 2005 | Manganu | Petra Piana | 5h54 | 6h10 | +917 | -692 | | 29 mai 2005 | Petra Piana | Onda | 3h | 3h30 | +389 | -761 | | 29 mai 2005 | Onda | Vizzavona | 6h17 | 6h05 | +711 | -1221 | | 29 mai 2005 | Petra Piana | Vizzavona | 9h17 | 9h35 | +1090 | -1981 | | 30 mai 2005 | Vizzavona | Capanelle | 5h26 | 5h15 | +1017 | -353 | | 30 mai 2005 | Capanelle | Prati | 7h00 | 6h10 | +1033 | -832 | | 30 mai 2005 | Vizzavona | Prati | 12h26 | 11h25 | +2050 | -1185 | | 31 mai 2005 | Prati | Usciolu | 6h31 | 5h45 | +845 | -927 | | 1 juin 2005 | Usciolu | Asinau | 6h21 | 8h | +1082 | -1281 | | 2 juin 2005 | Asinau | Paliri | 5h37 | 6h | +794 | -1285 | | 2 juin 2005 | Paliri | Conca | 5h36 | 5h | +420 | -1188 | | 2 juin 2005 | Asinau | Conca | 11h13 | 11h | +1214 | -2473 | | 10 jours 5h | Calenzana | Conca | 93h00 | 91h35 | +13047 | -13020 |